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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2410559

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410559

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre Reconduite à la frontière 12
Avocat requérantPELLIET-RIBEYRE MURIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 août et 9 septembre 2024,

M. A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Sangare, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par le cabinet Centaure avocats, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées les 29 août et 3 septembre 2024.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a produit des pièces, enregistrées le 6 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- les observations de Me Sangare, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il reprend les moyens soulevés dans les écritures, qu'il développe ; il soutient en outre, d'une part, que l'arrêté contesté est entaché d'erreur d'appréciation et méconnaît la présomption d'innocence dès lors que la présence en France de M. B ne représente pas une menace pour l'ordre public et, d'autre part, que ledit arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 611-3 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de M. B, assisté de M. D, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du tribunal ;

- et les observations du préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Me Dussault.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 24 mai 1986 à Larba Nath Irathen (Algérie), demande l'annulation de l'arrêté du 25 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. B détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 3 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E C, cheffe du bureau de l'asile et signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation du requérant, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. B en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

6. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 25 août 2024, M. B a été entendu, avant l'édiction des décisions contestées, sur l'irrégularité de sa situation administrative et la perspective de son éloignement. De plus, il ne ressort des pièces du dossier ni que le requérant aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Enfin, il n'est ni établi ni même allégué que M. B aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. B d'être entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre les décisions attaquées. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

10. Alors même que l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur, ne prévoit plus que l'état de santé de l'étranger puisse faire obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, il résulte néanmoins de la combinaison des dispositions précitées que l'administration, lorsqu'elle a connaissance d'éléments suffisamment précis sur l'état de santé du requérant, est tenue de recueillir l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et d'examiner son droit au séjour à ce titre avant de prendre une mesure d'éloignement.

11. En l'espèce, M. B, âgé de trente-huit ans, produit les comptes-rendus opératoire et d'hospitalisation établis en 1989 attestant qu'il a subi en France, à l'âge de trois ans, une intervention chirurgicale suivie d'une hospitalisation d'un mois en raison d'une cardiopathie congénitale. Il produit également des certificats médicaux attestant qu'il a fait l'objet, en 2003, d'un suivi médical par des cardiologues en France ainsi qu'un certificat d'un cardiologue algérien de 2009 indiquant que cette cardiopathie a pour conséquence une dyspnée d'effort invalidante lui causant un taux d'incapacité permanente partielle de 85%. Toutefois, le requérant, entré en France sous couvert d'un visa touristique le 19 mars 2024 et n'ayant engagé aucune démarche de demande de titre de séjour en raison de son état de santé, n'établit ni même n'allègue avoir communiqué ces pièces à l'administration. Placé en garde à vue le 24 août 2024 pour des faits d'exhibition sexuelle sur mineur, il a été examiné dans ce cadre et à sa demande par un médecin du service de l'unité médico-judiciaire d'Argenteuil qui a conclu à la compatibilité de son état de santé avec sa garde à vue, le requérant n'ayant à cette occasion formulé aucune observation sur son état de santé. De plus, lors de son audition par les services de police sur sa situation personnelle le 25 août 2024, il s'est borné, dans des termes généraux, à mentionner ses antécédents cardiaques en 2003 et à indiquer être venu en France pour se faire suivre pour son cœur et ses bras, sans faire état d'informations ou de documents précis et récents relatifs à son état de santé. Enfin, s'il a été conduit, le 26 août, après la fin de sa garde à vue et durant son placement en rétention, aux urgences en raison de douleurs thoraciques, ni la radiographie thoracique ni l'examen médical pratiqué par un médecin urgentiste, au demeurant postérieurs à l'arrêté attaqué, n'ont révélé une pathologie de nature à justifier son admission aux urgences. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis ne peut être regardé comme ayant disposé d'éléments suffisamment précis relatifs à l'état de santé du requérant de nature à justifier la saisine du collège des médecins de l'OFII et l'examen de son droit au séjour en raison de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 613-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En sixième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être entré en France le 19 mars 2024 sous couvert d'un visa touristique, est célibataire et sans enfants à charge. De plus, il ne justifie en France d'aucuns liens privés ou familiaux d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité ni d'une quelconque intégration professionnelle. Enfin, il n'établit ni être dépourvu de liens dans son pays d'origine ni être dans l'impossibilité de s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, les décisions attaquées n'ont pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée par rapport aux objectifs pour lesquels elles ont été prises. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre

public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; /

2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / ()

8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce

qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ". Aux termes de l'article L. 612-6 dudit code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Et aux termes de son article

L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

16. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'enquête après identification établi par les services de police le 25 août 2024, que le requérant, placé en garde à vue le 24 août pour des faits d'exhibition sexuelle sur mineur, a été libéré le lendemain en raison du classement de l'affaire par le procureur de la République pour absence d'infraction. De plus, il n'est ni établi ni même allégué que le requérant aurait fait l'objet de condamnations pénales ou serait connu des services de police pour d'autres faits. Dès lors, le préfet ne pouvait légalement se fonder sur la menace à l'ordre public que constitue la présence en France du requérant pour prendre les décisions attaquées. Toutefois, s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué qu'elle est fondée sur le 1°) et non sur le 5°) de l'article L. 611-1, de sorte que le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public. S'agissant ensuite de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, cette dernière est fondée sur le double motif de la menace à l'ordre public et du risque que le requérant se soustraie à exécution de la décision d'éloignement en raison, d'une part, de son entrée irrégulière sur le territoire français et de l'absence de démarche en vue de l'obtention d'un titre de séjour et, d'autre part, de l'absence de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local à usage d'habitation. Si, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le préfet ne pouvait se fonder sur la menace à l'ordre public, il aurait néanmoins pris la même décision en se fondant uniquement sur le risque de fuite du requérant. S'agissant enfin de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, d'une part, le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle décision. D'autre part, pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour, le préfet s'est fondé sur le caractère récent du séjour en France du requérant, sur son absence de vie privée et familiale en France et sur la menace à l'ordre public que constitue sa présence en France. Si, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le préfet ne pouvait se fonder sur la menace à l'ordre public, il aurait néanmoins pris la même décision en se fondant uniquement sur la faible durée du séjour du requérant et sur son absence de vie privée et familiale en France. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance de la présomption d'innocence et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

16. En neuvième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le

bien-fondé.

17. En dixième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 14, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions contestées sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 9 septembre 2024.

Le magistrat,

T. BourgauLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2410559

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