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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2410791

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410791

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET ARCO-LEGAL

Texte intégral

Vu :

- la décision attaquée du 5 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2410083 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 25 septembre 2024, en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. Guillou a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Bultel substituant Me Cassel représentant M. B, présent, qui persiste en tous points dans les termes de sa requête et conclut en outre à enjoindre au SDIS de réexaminer la situation de M. B ;

- les observations de Me El Mouden, substituant Me Fergon représentant le SDIS de Seine-et-Marne qui persiste en tous points dans les termes de son mémoire en défense et ajoute que M. B ne participe plus au renfort de l'astreinte départementale justifiant l'attribution de son logement de fonction.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de

cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " ; et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

Sur l'urgence :

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

3. Il ressort des pièces du dossier que le SDIS a mis fin à l'attribution gratuite d'un logement à M. B dès le 1er août 2024 et non à compter du 1er novembre 2024 dès lors qu'il a sollicité de l'intéressé le versement d'une redevance à compter de cette date ; cette décision par ses effets et ses conséquences sur sa vie familiale, l'intéressé ayant la garde partagée de sa fille et étant obligé de rechercher un logement en location alors qu'il ne dispose pas de bulletin de paie, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, eu égard à ses charges courantes, alors que le SDIS n'était pas sans ignorer qu'à la même date, M. B se trouvait pour trois mois privé de son traitement et de ses indemnités suite à une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de trois mois ; les éléments financiers fournis sont suffisants pour justifier une atteinte certaine et immédiate à ses intérêts financiers ; si en défense, pour justifier l'absence d'urgence, le SDIS fait valoir qu'il n'occupe pas une fonction permettant l'attribution d'un logement par nécessité absolue de service, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait fait l'objet d'un changement d'affectation depuis le 1er septembre 2016 ni qu'il ne serait plus tenu par une décision formalisée en compensation du logement attribué de participer à l'astreinte de renfort départemental conformément à l'article 3 de la décision du

1er septembre 2016 lui attribuant d'un logement de fonction ; dès lors, il ne prive pas un autre agent de ce droit réservé ; si le SDIS fait valoir également qu'il a contribué à l'urgence par son comportement fautif, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait manqué de se conformer aux obligations générales de résident en application des dispositions de l'article 2 de la charte locative en date du 23 juin 2008 ; il résulte de tout ce qui précède que la condition d'urgence au sens figurant au point 2 est remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de décision attaquée :

4. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation en fait, ne respecte pas le contradictoire, constitue une sanction disciplinaire déguisée et est entachée d'une erreur de droit sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

5. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 5 juillet par laquelle le service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne (SDIS) a décidé de mettre fin à compter du 1er novembre 2024 à l'attribution au requérant d'un logement concédé par nécessité absolue de service.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. La suspension implique que l'administration réexamine la situation de M. B au regard de l'attribution d'un logement de fonction à compter du 1er août 2024 et prenne une nouvelle décision en respectant la procédure afférente aux décisions créatrices de droit. Il y a lieu d'enjoindre, au cas d'espèce, au service départemental d'incendie et de secours de

Seine-et-Marne d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

8. Ces dispositions font obstacle aux conclusions du service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne dirigées contre M. B qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante ; il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne, la somme de 1 500 euros en application desdites dispositions.

O R D O N N E

Article 1er : La décision du 5 juillet 2024 par laquelle le service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne a décidé de mettre fin à compter du 1er août 2024 à l'attribution d'un logement de fonction à titre gratuit à M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne de réexaminer la situation de M. B au regard de l'attribution d'un logement de fonction à compter du 1er août 2024 et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne versera une somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : J-R GuillouLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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