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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2411161

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411161

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411161
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHAMPION AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, l'association Les P'tits Pieds du 77, représentée par Me Champion, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 août 2024 par lequel le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a prononcé la fermeture provisoire de la micro-crèche " Les P'tites Frimousse " à Bernay-Vilbert ;

2°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : la fermeture provisoire de la micro-crèche " Les P'tites Frimousse " pour une durée d'un mois incluant la rentrée de septembre a pour effet de priver d'un établissement d'accueil douze enfants dont les familles n'ont pu être prévenues que quelques jours avant et ne disposent d'aucune autre solution de garde ; cette mesure, qui la prive de recettes et entraîne une aggravation, compte tenu de ses charges fixes et contraintes et de l'insuffisance de sa trésorerie, du déficit lié au fonctionnement de la micro-crèche " Les P'tites Frimousse ", plombe durablement l'équilibre financier de l'exploitation de cette micro-crèche ainsi que, plus généralement, son propre équilibre financier et met dès lors en péril sa survie à court terme et le maintien des emplois de ses salariés ; elle crée en outre un risque fort de départ de l'équipe qui structure la mini-crèche " Les P'tites Frimousse ", compte tenu de la situation tendue en matière de recrutement de personnel qualifié en cette période de rentrée ; elle porte enfin atteinte à sa réputation du fait des interrogations légitimes qu'elle suscite de la part des parents qui cherchent une solution de garde fiable pour leurs enfants ;

-il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue la liberté du commerce et de l'industrie, pour les raisons suivantes :

*l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

*cet arrêté est entaché d'un vice de procédure substantiel et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 2324-3 du code de la santé publique, en l'absence, d'une part, de contrôle des injonctions qui lui ont été adressées le 24 juillet 2024 à l'expiration du délai fixé pour y satisfaire, d'autre part, de constatation préalable du non-respect de ces injonctions dans ce délai ;

*il est entaché d'un autre vice de procédure en raison du non-respect de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

*il méconnaît les dispositions de l'article L. 2124-3 du code de la santé publique, dès lors que ne sont établis ni l'existence de manquements susceptibles de compromettre ou de menacer la santé physique ou mentale ou l'éducation des enfants accueillis au sein de la micro-crèche " Les P'tites Frimousse ", ni l'urgence à fermer immédiatement celle-ci à titre provisoire ;

*il présente un caractère disproportionné par rapport aux objectifs poursuivis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le département de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-aucune atteinte grave et manifestement illégale n'a été portée à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de la santé publique ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 13 septembre 2024 à 10 h 00 en présence de Mme Sistac, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-les observations de Me Fowdar, substituant Me Champion, représentant l'association Les P'tits Pieds du 77, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en ajoutant ou en précisant que : en ce qui concerne l'urgence : il ne peut être utilement reproché à la requérante d'avoir tardé à introduire l'instance après la notification de l'arrêté en litige alors qu'elle a légitimement cru que la mesure en litige serait levée avant la rentrée et que la saisine du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est enfermée dans aucun délai ; les critères jurisprudentiels d'appréciation du respect de la condition d'urgence particulière prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont trop stricts et doivent être assouplis en matière de fermeture temporaire d'un établissement car ils sont " inaudibles " et limitent l'accès au juge pour le justiciable qui attend qu'il soit statué sur sa demande, sans pouvoir espérer que son préjudice soit intégralement réparé dans le cadre d'un recours indemnitaire, lequel n'a au demeurant aucun sens, économiquement et " sociétalement ", en cas de liquidation judiciaire, et peut, à l'instar de la requérante en l'espèce, ne pas être en mesure, pour des raisons financières ou pour des raisons tenant à la période d'intervention dans l'année de son expert-comptable, de produire des documents comptables à l'appui de ses allégations sur sa situation financière ; en l'espèce, la requérante établit, par la production de relevés dont il ressort que le solde de son compte bancaire s'élève à 8 500 euros au 31 août 2024, qu'elle se trouve dans l'incapacité de payer ses charges ; en ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale : les plaintes de parents mentionnées dans l'arrêté en litige n'ont pas été produites ; le compte rendu du contrôle inopiné du 8 juillet 2024 et les injonctions qui lui ont été adressées le 24 juillet 2024 ne comportent aucun élément de nature à justifier l'urgence à prononcer une mesure de fermeture immédiate à titre provisoire en application de l'article L. 2324-3 du code de la santé publique ; la référente technique qui serait à l'origine de dysfonctionnements a été affectée au sein d'un autre établissement ;

-les observations de M. Gniewek, président de l'association requérante, qui a déclaré que : il regrettait de ne pas avoir introduit l'instance plus tôt, compte tenu du double discours tenu par les services de la protection maternelle et infantile ; il a financé l'intervention de l'avocat de la requérante avec ses deniers personnels ; des mesures ont été prises à la suite des injonctions du 24 juillet 2024, l'équipe ayant notamment été changée ; la réputation de la mini-crèche " Les P'tites Frimousse " est mise en cause ;

-les observations de M. A, représentant le département de Seine-et-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

2. Par un arrêté du 16 août 2024, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a prononcé, en application de l'article L. 2324-3 du code de la santé publique, la fermeture provisoire, à compter du 26 août 2024 et, au plus tard, jusqu'au 27 septembre 2024, de la micro-crèche " Les P'tites Frimousses " située 12 route de Vilbert à Bernay-Vilbert et gérée par l'association Les P'tits Pieds du 77. La requête de celle-ci tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de cet arrêté sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

3. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient de ces dispositions est notamment subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale dans les quarante-huit heures.

4. Si la mesure de fermeture provisoire prononcée par l'arrêté en litige a pour effet de la priver durant la période d'application de cette mesure, soit un mois, des recettes normalement liées à l'exploitation de la micro-crèche " Les P'tites Frimousse ", l'association Les P'tits Pieds du 77 n'établit toutefois pas, en se bornant à cet égard à produire un tableau récapitulatif de ressources et de charges élaboré par elle-même, trois relevés d'un compte bancaire couvrant la période de juin à août 2024 et faisant tous apparaître un solde créditeur, un justificatif de souscription d'un prêt garanti par l'État, des quittances de loyer pour les mois de juin, juillet et août 2024, une facture d'électricité, des bulletins de salaire et, enfin, un projet de grand livre général arrêté au 9 septembre 2024 pour la période du 1er juin au 31 août 2024, l'ensemble de ces documents se rapportant seulement, en effet, à ses ressources et/ou à ses charges et étant par conséquent insuffisants, alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle gère deux autres établissements d'accueil d'enfants de moins de six ans, pour apprécier de manière complète la réalité de sa situation financière actuelle, que son équilibre financier serait menacé à très brève échéance et que la continuité de son activité et le maintien des emplois de ses salariés seraient mis en péril. La circonstance, à la supposer établie, que des familles n'auraient été prévenues que quelques jours avant la rentrée de la fermeture provisoire de la micro-crèche " Les P'tites Frimousse " et qu'elles seraient dépourvues de solution alternative de garde pour leurs enfants n'est par ailleurs pas de nature à caractériser la nécessité de suspendre l'exécution de l'arrêté en litige dans un délai de quarante-huit heures. Il en va de même de la double circonstance, à la supposer établie elle aussi, qu'il existerait un risque de démission des salariés travaillant au sein de la micro-crèche " Les P'tites Frimousse " et qu'il serait porté atteinte à la réputation de celle-ci. Par suite, la condition d'urgence posée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie en l'état de l'instruction.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que la requête de l'association Les P'tits Pieds du 77 doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de l'association Les P'tits Pieds du 77 est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à l'association Les P'tits Pieds du 77 et au président du conseil départemental de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

P. ZANELLALa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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