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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2411179

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411179

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411179
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, ressortissant marocain, qui demandait la délivrance sous astreinte d'une autorisation provisoire de séjour pour poursuivre sa scolarité en alternance. Le juge a estimé que l'intéressé, qui sollicitait en réalité l'exécution d'une précédente ordonnance, ne démontrait pas une urgence particulière ni une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, dès lors qu'un rendez-vous pour la délivrance d'un récépissé était fixé au 25 septembre 2024. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a été accordée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Rouvet Orue Carreras, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence de sa demande est justifiée par l'impossibilité de poursuivre sa scolarité en BTS Electrotechnique, dont la rentrée avait lieu le 2 septembre, alors qu'il a signé un contrat en alternance avec la société Insmatel et que le juge des référés a enjoint à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;

- l'absence de justificatif de la régularité de son séjour porte atteinte à son droit au travail et à sa liberté d'aller et venir, alors qu'il a toujours fait preuve de sérieux et d'assiduité dans ses études ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il séjourne en France avec sa mère et ses sœurs, en situation régulière, et qu'il entretient une relation amoureuse avec une ressortissante française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024 à 12h43, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prononcer les mesures destinées à assurer l'exécution de celles qu'il a déjà ordonnées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 septembre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- les observations de Me Rouvet Orue Carreras, représentant M. A, présent, qui soutient en outre que la convocation reçue en dernier lieu est fixée au 25 septembre pour le dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour alors que sa demande est déjà déposée et que l'injonction de délivrance d'un récépissé date d'un mois, par conséquent il maintient l'ensemble de ses conclusions, qu'il conserve encore la possibilité de s'inscrire au BTS mais dans un délai rapide, au risque de voir sa place attribuée à une personne sur liste d'attente et que la société qui l'a accepté en apprentissage attend également le justificatif de sa situation administrative, et que le rendez-vous du 3 octobre, fixé dans le cadre du précédent recours, avait été estimé inutile par le juge des référés, raison pour laquelle une injonction de délivrance immédiate avait été prononcée ;

- et les observations de Me Jacquard, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui fait valoir en outre que le rendez-vous initialement fixé au 3 octobre a été avancé au

25 septembre, qu'il a bien pour objet la délivrance d'un récépissé, et que l'on peut s'interroger sur l'existence d'une urgence extrême ainsi que la possibilité de rattacher la formation en apprentissage de M. A à la liberté de travail.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. Si l'inexécution totale ou partielle d'une décision rendue par une juridiction administrative est régie normalement par les procédures définies respectivement par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de ces procédures ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que la partie intéressée présente au juge des référés une demande tendant à ce qu'il ordonne une mesure d'urgence sur le fondement de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative, pour autant qu'il est satisfait à l'intégralité des conditions posées par ce texte pour sa mise en œuvre.

4. M. A, ressortissant marocain né le 7 juillet 2004 à Oujda (Maroc), entré en France le 18 janvier 2019 avec sa famille, a saisi les services de la préfecture du

Val-de-Marne le 7 mars 2023 d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par une ordonnance n° 2409972 du 23 août 2024, le juge des référés de ce tribunal a prononcé la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande, et a enjoint au réexamen de cette dernière dans le délai d'un mois, ainsi qu'à la délivrance immédiate d'une autorisation provisoire de séjour. M. A demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer cette autorisation provisoire de séjour dans le délai de 48 heures.

5. Il résulte de l'instruction qu'en conséquence de l'absence de tout document attestant de la régularité de sa situation administrative, malgré l'injonction prononcée par l'ordonnance du juge des référés de ce tribunal le 23 août dernier, M. A se trouve dans l'impossibilité d'entamer des études de Brevet Technicien Supérieur Electronique pour lequel son dossier d'inscription au sein du lycée Jean Macé de Vitry-sur-Seine est en attente de complément, ni de débuter le contrat en apprentissage que la société Insmatel a déclaré vouloir signer avec le requérant, à condition que l'ensemble des démarches administratives aient été réalisées. Si la préfète du Val-de-Marne fait valoir qu'il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'assurer l'exécution des mesures qu'il prononce, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 2, une telle inexécution est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la défense n'allègue pas avoir mis en œuvre l'injonction de délivrance immédiate d'une autorisation provisoire de séjour, prononcée le 23 août 2024. Enfin, au regard de l'ancienneté de l'injonction restée sans suite, et de la nécessité de compléter dans les meilleurs délais l'inscription du requérant au sein du BTS Electronique, alors que cette place pourrait être finalement attribuée à une personne figurant sur la liste d'attente du lycée, le rendez-vous fixé à M. A en dernier lieu au

25 octobre 2024 ne répond pas à l'urgence de la situation. Dès lors, au regard des circonstances particulières de l'espèce, une telle situation porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de M. A de travailler, dans le cadre d'un contrat en alternance, ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais de justice :

7. M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rouvet Orue Carreras, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à

Me Rouvet Orue Carreras de la somme de 1 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Rouvet Orue Carreras, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. LetortLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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