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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2411181

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411181

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411181
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par M. B, un étranger malade, afin d'obtenir la délivrance d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour. Le requérant invoquait une atteinte grave à son droit à la vie et à la santé en raison du risque d'interruption de son suivi médical. La préfète du Val-de-Marne a fait valoir que le récépissé serait délivré prochainement, la réception du certificat médical étant concomitante à l'introduction de la requête. Le tribunal a admis provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle et a rejeté le surplus des conclusions, considérant que l'administration s'était engagée à régulariser la situation, faisant ainsi disparaître l'urgence et l'atteinte grave et manifestement illégale alléguée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 10 septembre et le

13 septembre 2024 à 12h16, M. A B, représenté par Me Joory, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de le convoquer afin de lui remettre un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence de sa demande est justifiée par la nécessité de maintenir le suivi médical régulier dont il bénéficie, alors que son interruption l'expose à un risque de décès dans un délai de trois à cinq jours ;

- sa demande de renouvellement de titre a été présentée 61 jours avant l'expiration de ce dernier, dans le respect des délais légaux, alors en outre que l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permet le dépôt d'une telle demande jusqu'à six mois après l'expiration du titre ;

- l'absence de justificatif de la régularité de son séjour l'expose au risque d'un éloignement et d'une suspension prochaine des prestations sociales qui lui permettent de survivre ;

- cette situation porte atteinte à son droit à la vie et la protection de sa santé, alors qu'il souffre d'une maladie incurable dont le traitement médical ne peut pas être interrompu ;

- elle porte également atteinte à son droit à la dignité et à sa liberté d'aller et venir ;

- il ressort de l'argumentaire de la préfète du Val-de-Marne que toutes les conditions sont remplies pour la délivrance d'un récépissé sur le fondement de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de la réception effective de son dossier médical par l'OFII le 11 septembre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024 à 9h39, la préfète du

Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'urgence n'est pas démontrée, alors que le requérant a présenté sa demande de renouvellement à la limite des délais prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par conséquent la situation actuelle trouve son origine dans l'inaction de M. B ;

- il ressort des dispositions de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le récépissé de la demande de renouvellement d'un titre de séjour fondé sur l'état de santé est délivré dès la réception, par le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, du certificat médical nécessaire à l'instruction de cette demande, par conséquent il appartient au requérant d'apporter la preuve de la réception de ce document.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 septembre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- les observations de Me Joory, représentant M. B, absent, qui soutient en outre que la gravité de son état de santé justifie qu'il ait été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, que sa condition médicale l'a empêché de se présenter au rendez-vous initialement fixé à cause de la forte chaleur, que l'introduction de sa requête aurait dû suffire à la communication du récépissé sollicité alors qu'il a respecté les formalités applicables, et que le risque vital auquel il est exposé ne lui permet pas de connaître une interruption de sa prise en charge au titre du régime de l'affection longue durée ;

- et les observations de Me Jacquard, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui fait valoir en outre que la gravité de la condition de M. B n'est pas contestée, que la réception de son certificat médical est concomitante à l'enregistrement de sa requête et qu'en conséquence le récépissé sollicité sera délivré très prochainement.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de

quarante-huit heures ".

3. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Selon l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Enfin, l'article R. 425-12 du même code dispose que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article (). / Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès la réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa () ".

5. Enfin, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article

R. 431-2 ( ) ". Selon l'article R. 431-15-1 de ce code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise () ".

6. M. B, ressortissant djiboutien né le 24 septembre 1998, titulaire en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " délivrée pour raisons de santé, a saisi les services de la préfecture du Val-de-Marne le 5 juillet 2024 d'une demande de renouvellement de ce titre. Le 30 juillet suivant, le requérant a été convoqué pour le relevé de ses empreintes digitales, rendez-vous qu'il affirme ne pas avoir pu honorer. M. B demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de le convoquer afin de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre.

7. Il résulte de l'instruction qu'après avoir présenté sa demande de renouvellement de carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF) le 5 juillet 2024, soit dans le délai prescrit par les dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B s'est vu remettre le 24 juillet suivant le kit médical nécessaire à l'établissement du certificat médical prévu par les dispositions de l'article R. 425-12 du même code. Enfin, ce certificat médical a été adressé le

6 septembre 2024 à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), reçu le

10 septembre suivant par ce dernier, selon l'avis de réception produit en dernier lieu. Si la défense fait valoir à l'audience qu'en conséquence de ces dernières circonstances, un récépissé sera prochainement délivré, l'absence de mise à disposition immédiate d'une attestation de prolongation d'instruction sur le compte ANEF personnel de M. B est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au regard des risques particuliers auquel M. B est exposé en cas d'interruption de son suivi médical.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de mettre à la disposition du requérant une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requête.

Sur les frais de justice :

9. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Joory, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Joory de la somme de 1 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de mettre à la disposition de

M. B une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Joory, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. LetortLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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