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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2411285

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411285

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMOULA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2024 sous le numéro 2411285, M. D, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet des Yvelines, révélée par les démarches entreprises auprès des autorités consulaires algériennes en vue de l'obtention d'un

laisser-passer, fixant l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de quatre ans dont il fait l'objet ;

2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire tel qu'il est garanti par les stipulations du paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît la liberté de circulation et de séjour garantie par l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet des Yvelines, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête .

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a produit des pièces, enregistrées le 17 septembre 2024.

Par un courrier du 23 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête en raison de l'absence de décision administrative susceptible de recours.

II) Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024 sous le numéro 2411506, M. D, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de quatre ans dont il fait l'objet ;

2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire tel qu'il est garanti par les stipulations du paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît la liberté de circulation et de séjour garantie par l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet des Yvelines, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a produit des pièces, enregistrées le 17 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- les observations de Me Moula, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle conclut en outre à ce qu'il soit enjoint au préfet des Yvelines de réexaminer la situation de M. C ; elle reprend les moyens soulevés dans les écritures, qu'elle développe, et soutient en outre, en réponse au moyen d'ordre public, qu'une décision implicite fixant l'Algérie comme pays de destination est née des démarches entreprises auprès des autorités consulaires algériennes, de sorte que la requête n° 2411285 est recevable ;

- les observations de M. C, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du tribunal ;

- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 29 février 2000 à Alger (Algérie), déclare être entré en France en 2020. Par un jugement du 21 juillet 2022, le tribunal correctionnel de Marseille a prononcé à son encontre une peine complémentaire d'interdiction du territoire français d'une durée de quatre ans. Revenu en France en mai 2024, il a été interpellé et placé en garde à vue, le 5 août 2024, pour tentative d'homicide. Par un arrêté du 6 août 2024, le préfet des Yvelines l'a placé en rétention administrative pour une durée de quatre jours, prolongée d'une durée de 26 jours à compter du 10 août puis de nouveau d'une durée de 26 jours à compter du 5 septembre par des ordonnances du JLD du tribunal judiciaire de Meaux des 11 août et

5 septembre 2024. Par la requête n° 2411285, M. C demande l'annulation de la décision du préfet des Yvelines fixant l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement, révélée par les démarches entreprises auprès des autorités consulaires algériennes en vue de l'obtention d'un laisser-passer. Par la requête n° 2411506, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2411285 et 2411506, qui concernent les mêmes parties, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

Sur la recevabilité :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de

recours. / () ".

4. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier que le préfet des Yvelines a engagé des démarches auprès des autorités consulaires algériennes en vue de l'obtention d'un laisser-passer avant le 9 septembre 2024, il n'avait néanmoins pris à cette date aucune décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement dont fait l'objet le requérant. D'autre part, le requérant n'établit nullement avoir formulé une demande tendant à la fixation du pays de destination de ladite mesure d'éloignement, de sorte qu'aucune décision implicite n'était née le 9 septembre 2024, date d'enregistrement de la requête n° 2411285. Par suite, cette requête, qui n'est dirigée contre aucune décision, est irrecevable et ne peut qu'être rejetée.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

5. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. C détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même article : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, invité par courrier du 13 septembre 2024 à formuler ses observations sur la perspective de son éloignement vers l'Algérie, a indiqué à cette occasion qu'il ne pouvait être éloigné vers l'Algérie dès lors qu'il était demandeur d'asile en Italie. Il ressort également des pièces du dossier que l'autorité administrative était informée de ce que M. C a demandé en rétention, le 13 août 2024, à faire l'objet d'un relevé d'empreintes décadactylaires dans la base Eurodac et lui a notifié le lendemain la réponse à sa demande. Toutefois, et en dépit de la mesure d'instruction en ce sens diligentée par le tribunal, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines, avant de prendre l'arrêté en litige, aurait saisi les autorités italiennes afin de vérifier si ces dernières étaient saisies d'une demande d'asile présentée par le requérant et, dans l'affirmative, si elles avaient statué sur cette demande. Si le préfet des Yvelines fait valoir dans ses écritures en défense que l'arrêté en litige ne fait pas obstacle à l'éloignement du requérant vers un pays autre que l'Algérie dans lequel il établirait être admissible, il résulte néanmoins des termes mêmes dudit arrêté qu'il fixe uniquement l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement, et non tout autre pays vers lequel M. C établirait être admissible. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français dont fait l'objet M. C doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif qui en constitue le fondement, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que la situation de M. C soit réexaminée. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines ou à tout autre préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de quatre ans prononcée à l'encontre de M. C par jugement du tribunal correctionnel de Marseille du 21 juillet 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. C.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet des Yvelines.

Lu en audience publique le 23 septembre 2024.

Le magistrat,

T. BOURGAULa greffière,

C. MAHIEU

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2411285

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