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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2411575

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411575

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Reconduite à la frontière 12
Avocat requérantBOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, M. A D, détenu au centre pénitentiaire de Meaux, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder à l'effacement de son signalement au fichier système d'information Schengen (SIS).

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des douanes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Bousquet, représentant M. D, absent, qui conclut aux fins que la requête ; il reprend les moyens soulevés dans les écritures, qu'il développe ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant congolais né le 13 janvier 1983 à Kinshasa (République Démocratique du Congo), est entré irrégulièrement en France le 18 octobre 2002. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 5 novembre 2003, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 25 janvier 2005. Par un arrêté du 4 septembre 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a ait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

2. En premier lieu, par un arrêté du 24 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 25 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme C B, cheffe du bureau de l'éloignement et signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle du requérant, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement M. D en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de prendre l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de doit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement en France le 18 octobre 2002. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 5 novembre 2003 puis par la CNDA le 25 janvier 2005. Il a ensuite été mis en possession d'un titre de séjour valable du 2 mai 2012 au 1er mai 2013, dont le renouvellement lui a été refusé le 18 mai 2015. Il a fait l'objet d'une décision du préfet de police de Paris portant obligation de quitter le territoire français le 2 juillet 2018, qu'il n'a pas exécutée. Placé sous mandat de dépôt le 6 mai 2023, il a été condamné pour des faits d'acquisition, détention, transport, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, délit puni d'une peine de dix ans d'emprisonnement et de 7 500 000 euros d'amende par l'article 222-37 du code pénal et des faits d'importation en contrebande de marchandises dangereuses pour la santé publique, délit puni d'une peine de dix ans d'emprisonnement et d'une amende pouvant aller jusqu'à dix fois la valeur de l'objet de la fraude par l'article 414 du code des douanes, à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis par un jugement du tribunal correctionnel de Paris du 13 juin 2023. Incarcéré au centre pénitentiaire de Paris jusqu'au 30 janvier 2024, puis au centre pénitentiaire de Meaux, il a bénéficié de deux remises de peines de cinq mois et dix jours puis de soixante-dix jours et a été libéré le 16 septembre 2024. M. D se prévaut d'une relation avec une compatriote, qui s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par la CNDA le 19 mars 2019 et est titulaire d'une carte de résident valable du 30 janvier 2020 au 29 janvier 2030, dont sont nées deux filles le 6 mars 2020 et le 16 août 2022, qu'il a toutes deux reconnues de manière anticipée, l'aînée s'étant par ailleurs vue reconnaître la qualité de réfugié par l'OFPRA le 30 mars 2023. Toutefois, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait reçu des visites ou des appels téléphoniques de la mère de ses enfants et de ses filles durant son incarcération, le requérant ne produit ni attestations, ni photographies établissant une vie commune avec la mère de ses enfants ainsi que l'existence de liens avec cette dernière et ses deux filles. Si le requérant déclare avoir ses deux filles à charge, justifie avoir envoyé de l'argent à la mère de ses enfants durant son incarcération de novembre 2023 à juillet 2024 et produit également une facture de l'école dans laquelle est scolarisée son aînée ainsi qu'une facture de la crèche accueillant sa cadette, toutes deux datées du mois de mai 2024, établies à son nom et à celui de la mère des enfants et envoyées à une adresse à Bagneux, ces seuls éléments sont insuffisants pour établir l'existence de liens familiaux anciens, stables et intenses avec la mère de ses enfants et ses deux filles, alors au demeurant qu'il ressort tant de la déclaration de revenus du requérant établie au titre de l'impôt sur le revenu de 2021 que de sa fiche pénale qu'il est domicilié à Paris et se déclare célibataire. De plus, en dépit de la durée de sa présence en France, il n'établit pas davantage y avoir noué des relations privées d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité. En outre, M. D ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle en France. Enfin, bien qu'il ait quitté la République Démocratique du Congo depuis plus de vingt ans, M. D n'établit ni être isolé en cas de retour dans son pays d'origine, ni être dans l'impossibilité de s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux objectifs pour lesquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. Ainsi, qu'il a été dit au point 7, M. D ne produit aucune pièce de nature à établir l'existence de liens avec ses enfants. De plus, à supposer qu'il contribue à leur entretien, ce qui n'est pas davantage établi, l'arrêté contesté ne fait pas obstacle à la poursuite d'une telle contribution. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. En septième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté en litige sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2411575

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