lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411768 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ELEOM MONTPELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024, la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames ", représentée par Me Smallwood, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :
1°) de suspendre la décision du président du conseil départemental de Seine-et-Marne en date du 19 juillet 2024 portant retrait de l'habilitation de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " La Maison des Artistes " à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale à l'hébergement ;
2°) de mettre à la charge du conseil départemental de Seine-et-Marne une somme de
3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle indique qu'elle a été reconnue d'utilité publique en 1948, gère un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes à Couilly-Pont-aux-Dames (Seine-et-Marne) d'une capacité de 60 lits, qu'elle a connu de nombreuses difficultés financières en raison de conflits récurrents avec les autorités de tarification sanitaire et sociale et le conseil départemental de
Seine-et-Marne, qu'elle a subi un contrôle administratif inopiné en mai 2020, qui a donné lieu à des injonctions par un courrier du 11 octobre 2021, auxquelles elle a répondu le 5 janvier 2022, qu'elle a été informée le 1er février 2022 de l'intention du département d'engager le retrait de son habilitation à l'aide sociale de son établissement, qu'elle a présenté d'autres documents financiers pour expliquer sa situation et que, par une décision du 19 juillet 2024, le président du conseil départemental a décidé le retrait de son habilitation sur le fondement de l'article L. 313-9 du code de l'aide sociale et des familles.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite même si la décision ne doit être mise en œuvre que dans six mois, compte tenu de la durée du règlement du litige au fond, car la décision en cause va nécessairement affecter son équilibre financier et sa capacité à accueillir son public, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause a été prise par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation dans ses motifs tant en ce qui concerne la disproportion alléguée entre son coût de fonctionnement de son établissement et les services rendus, qui n'est pas différente de celle des autres établissements comparables, qu'elle est entachée aussi d'un détournement de pouvoir pour la sanctionner des différents contentieux qu'elle a été obligée d'engager, que la charge considérée excessive de l'habilitation à l'aide sociale pour le département.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 octobre 2024, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024 sous le n° 2411781, la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames " a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 8 octobre 2024, tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Pech de Laclause, représentant la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames ", qui rappelle qu'est en cause un retrait d'habilitation à l'aide sociale pour un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes et l'aide versée par le département pour l'hébergement, qu'elle est un établissement à but non lucratif, qu'elle a dû engager de nombreux contentieux devant les tribunaux de la tarification sociale, qu'elle a fait l'objet d'un contrôle à la suite de ces contentieux, qu'elle a apporté des réponses à la suite de la remise du rapport de contrôle, que le retrait de l'habilitation prendra effet dans six mois et que le jugement au fond ne sera pas rendu d'ici là, que la condition d'urgence est donc satisfaite, et sur le fond, que les conditions de l'article L. 314-9 du code de l'action sociale et des familles ne sont pas réunies, que la disproportion de son coût avec les autres établissements n'est pas établie, que les comparaisons effectuées par le département ne sont pas pertinentes car l'augmentation des coûts est générale dans ce secteur, que la décision en cause lui imposerait de modifier son positionnement sur ce marché et que le département ne lui propose aucun régime de transition ;
- les observations de M. B, représentant le département de Seine-et-Marne, qui rappelle que toutes les décisions du tribunal de tarification ont été exécutées, que l'établissement a des relations compliquées avec le département depuis 2013, qu'il a l'habitude de produire les documents requis plusieurs années après la demande, qu'il n'a produit aucune explication sur le montage financier entre la mutuelle et l'établissement, que son habilitation n'est retirée que pour les nouveaux résidents, que le déficit est causé principalement par un taux d'occupation trop bas, que son tarif est le 2ème plus onéreux du département, que la prise en charge n'est pas parfaite selon les rapports de contrôle, que le budget présenté pour 2024 indique une hause du taux double de celle des autres établissements, et qu'il manque des éclaircissements sur l'équilibre des comptes.
- et les observations complémentaires de Me Pech de Laclause, représentant la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames ", qui indique que l'absence de bail est motivé par la mise à disposition des bâtiments par la Mutuelle, que le maintien de l'aide pour les résidents va toujours pénaliser les nouveaux entrants et que c'est le taux d'occupation qui a des conséquences sur le coût de l'hébergement.
Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par une lettre du 19 juillet 2024, le président du conseil départemental de
Seine-et-Marne a informé le président de la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames " de sa décision de procéder, au terme d'un délai de six mois à compter de la notification de la décision, au retrait de l'habilitation à l'aide sociale dont bénéficie l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes géré par cet organisme à Couilly-Pont-aux-Dames, en application de l'article L. 313-9 du code de l'action sociale et des familles. Cette décision faisait suite à
deux précédents courriers des 1er février 2022 et 6 janvier 2023 qui envisageaient déjà la possibilité de ce retrait, eu égard aux coûts de fonctionnement constatés de cet établissement et à son faible taux d'occupation. Ce même courrier mentionnait les retards récurrents, et importants, observés par l'établissement pour communiquer ses documents financiers, et le caractère inutilisable de ces derniers, lorsqu'ils ont été déposés sur le plateforme de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie. Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024, la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames " a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour la suspension de son exécution.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette plus d'invoquer utilement - ni sérieusement - la notion d'urgence.
4. Aux termes de l'article L. 313-9 du code de l'action sociale et des familles : " L'habilitation à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale peut être retirée pour des motifs fondés sur : 1° L'évolution des objectifs et des besoins sociaux et médico-sociaux fixés par le schéma régional de santé ou le schéma applicable en vertu de l'article L. 312-4 ; 1° bis L'évolution des objectifs et des besoins des personnes prises en charge par le dispositif d'accueil, d'hébergement et d'accompagnement vers l'insertion et le logement fixés par le plan applicable en vertu de l'article
L. 312-5-3 ; 2° La méconnaissance d'une disposition substantielle de l'habilitation ou de la convention ; 3° La disproportion entre le coût de fonctionnement et les services rendus ; 4° La charge excessive, au sens des dispositions de l'article L. 313-8, qu'elle représente pour la collectivité publique ou les organismes assurant le financement ; Dans les cas prévus aux 1° et 1° bis, l'autorité qui a délivré l'habilitation doit, dans le délai d'un an à compter de la publication du schéma ou du plan applicable et préalablement à toute décision, demander à l'établissement ou au service de modifier sa capacité ou de transformer son activité en fonction de l'évolution des objectifs et des besoins et lui proposer à cette fin la conclusion d'un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens. Dans les cas prévus aux 2° à 4°, l'autorité doit demander à l'établissement ou au service de prendre les mesures nécessaires pour respecter l'habilitation ou la convention ou réduire les coûts ou charges au niveau moyen. La demande, notifiée à l'intéressé, est motivée. Elle précise le délai dans lequel l'établissement ou le service est tenu de prendre les dispositions requises. Ce délai ne peut être inférieur à un an dans les cas prévus aux 1° et 1° bis, ou à six mois dans les autres cas. A l'expiration du délai, l'habilitation peut être retirée à l'établissement ou au service en tout ou partie. Cette décision prend effet au terme d'un délai de six mois. Il est tenu compte des conséquences financières de cette décision dans la fixation des moyens alloués à l'établissement ou au service. L'autorisation de dispenser des soins remboursables aux assurés sociaux ou d'autres prestations prises en charge par l'Etat ou les organismes de sécurité sociale peut être retirée pour les mêmes motifs que ceux énumérés aux 1°, 1° bis, 3° et 4° et selon les mêmes modalités ".
5. Pour justifier de la condition d'urgence, la Mutuelle Nationale des Artistes
" Pont-aux-Dames " soutient que la décision contestée prendra effet au 25 janvier 2025, que la requête en annulation ne sera pas jugée dans ce délai mais dans un temps beaucoup plus long, qu'un tel délai impliquerait une modification significative de la situation juridique de son établissement et porterait atteinte à sa mission d'intérêt général, et que son équilibre financier serait dans ces conditions fortement affecté.
6. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le département de Seine-et-Marne a alerté la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames " depuis janvier 2022, soit depuis plus de
deux ans et demi, de sa volonté de mettre fin à l'habilitation à l'aide sociale de son établissement si des corrections n'étaient pas apportées à la fois dans son fonctionnement et dans ses rapports avec l'autorité de tarification, que la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames " a ainsi disposé du temps nécessaire pour ce faire, qu'il est constant qu'elle a continué, malgré ces alertes, à communiquer avec des retards importants ses documents financiers, certains étant même incomplets ou inexploitables, et qu'elle n'a jamais produit de plan pluriannuel d'investissement malgré les demandes réitérées du département.
7. Par suite, elle ne saurait se prévaloir d'une situation d'urgence qui résulte de son propre comportement et de sa volonté de ne pas tenir compte depuis plus de deux ans de ces alertes et des demandes, dont elle ne soutient pas qu'elles auraient été excessives ou irrégulières, de l'autorité de tarification.
8. Au surplus, la décision en cause, qui ne concernera que les nouveaux pensionnaires accueillis après cette date et n'affectera donc pas ceux déjà hébergés, ne doit entrer en vigueur que le 25 janvier 2025, soit dans plus de trois mois à la date de la présente ordonnance, délai suffisant pour la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames " pour présenter une demande de nouvelle habilitation à l'aide sociale de son établissement auprès du département de Seine-et-Marne, respectant les dispositions des articles L. 313-1 à L. 313-4 du code de l'action sociale et des familles.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames " ne pourra qu'être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la Mutuelle Nationale des Artistes " Pont-aux-Dames " est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la Mutuelle Nationale des Artistes
" Pont-aux-Dames " et conseil départemental de Seine-et-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : S. Aubret
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2411768
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026