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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2411927

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411927

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSAOUDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Saoudi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation afin qu'il puisse prétendre à une admission exceptionnelle au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie être en possession d'un document d'identité en cours de validité, d'un logement stable et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- elle a des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle ;

- il a fui des conditions de vie précaires et difficiles dans son pays d'origine.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation pour les mêmes motifs que ceux développés s'agissant de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Prissette.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien, est entré sur le territoire français en février 2021 selon ses déclarations. Par un arrêté du 3 septembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

3. La décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, après avoir rappelé que M. C était entré irrégulièrement en France il y a trois ans et qu'il s'y maintenait depuis cette date sans être en possession des documents et visas exigés par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne a mentionné les éléments relatifs à sa vie privée et familiale avant d'indiquer qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée, telle que rappelée au point précédent, laquelle fait état des principaux éléments caractérisant la situation personnelle et administrative de M. C, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en 2021 et qu'il justifie exercer un emploi depuis le 18 avril 2023. Toutefois, tant son séjour sur le territoire français que son intégration professionnelle étaient récents à la date de la décision attaquée. Si l'intéressé soutient qu'il vit en couple, il ne l'établit par aucune pièce, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait par ailleurs d'autres attaches en France. Dans ces conditions, eu égard à la durée de son séjour et aux conditions de celui-ci, M. C se maintenant irrégulièrement sur le territoire depuis son entrée en France, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ; 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. Il ressort des motifs de la décision attaquée que pour refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-et-Marne s'est fondé d'une part, au visa de l'article L.612-2 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur la circonstance qu'il avait été interpellé le 3 septembre 2024 par les services de police pour l'infraction de conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule considéré et en faisant usage d'un faux permis de conduire. Si M. C soutient qu'il est convoqué devant le tribunal judiciaire de Meaux en janvier 2025 et qu'il est présumé innocent tant qu'il n'a pas été reconnu coupable, il ne conteste pas sérieusement l'infraction qui lui est reprochée alors qu'il ressort des pièces du dossier que cette convocation lui a été adressée en vue de la notification d'une ordonnance pénale. Le préfet pouvait donc légalement se fonder sur l'article L. 612-2 1° pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

10. D'autre part, la décision de refus de départ volontaire se fondait aussi, au visa de l'article L. 612-2 3° du même code, sur la circonstance qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet. Si M. C produit une copie de son passeport en cours de validité et un contrat de location d'un logement conclu à son nom le 16 octobre 2023, de sorte qu'il justifiait de garanties suffisantes au sens du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auquel renvoie l'article L. 612-2, il ne contredit pas les énonciations de la décision attaquée selon lesquelles il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Or, dès lors qu'il ne fait état d'aucune circonstance particulière, le préfet de Seine-et-Marne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire en se fondant sur le seul 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, en se bornant à soutenir que " cette décision prise en considération du refus de délai de départ est disproportionnée et ne peut qu'être annulée au regard de [sa] situation personnelle ", le requérant n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En second lieu, s'il soutient qu'il a fui la pauvreté de son pays d'origine et des conditions de vie plus précaires et difficiles, le requérant n'établit pas, à supposer qu'il ait entendu soulever un moyen en ce sens, qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

16. Si M. C démontre exercer un emploi depuis le 18 avril 2023 et louer un logement depuis le 16 octobre 2023, cette situation professionnelle est récente et il ne justifie pas pour autant de circonstances humanitaires particulières qui auraient justifié que l'autorité préfectorale ne prononce pas d'interdiction de retour à son encontre, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'il n'établit pas qu'il aurait des attaches sur le territoire français, où il est entré récemment et où il s'est toujours maintenu irrégulièrement sans chercher à régulariser sa situation administrative. En outre, il ne conteste pas sérieusement les faits pour lesquels il a été interpellé par les services de police le 3 septembre 2024 et qui lui ont valu une convocation devant le tribunal judiciaire de Meaux en vue de lui notifier une ordonnance pénale. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C présentées à fin d'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

19. L'instance n'ayant pas généré de dépens, les conclusions présentées par M. C en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Prissette, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,1

N° 210199940

1

N° 230232121

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