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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2411988

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411988

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Reconduite à la frontière 12
Avocat requérantHENRY-WEISSGERBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, M. A C, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée d'un an dont il fait l'objet ;

2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire tel qu'il est garanti par les stipulations du paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît la liberté de circulation et de séjour garantie par l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a produit des pièces, enregistrées le 28 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- les observations de Me Henry-Weissberger, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient en outre que l'arrêté produit par le préfet de Seine-et-Marne à l'appui de son mémoire en défense est un faux dès lors qu'il est daté alors que la copie en possession du requérant ne comporte aucune date et que cet arrêté a été pris avant que l'ordonnance d'homologation de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français, qui n'est pas assortie de l'exécution provisoire, ne soit devenue définitive ;

- et les observations de M. C, assisté de Mme E, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du tribunal ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 30 juillet 1997 à Alger (Algérie), a été condamné par une ordonnance d'homologation du 23 septembre 2023 du tribunal judiciaire de Meaux à une peine principale d'interdiction du territoire français d'une durée d'un an, assortie de l'exécution provisoire. Placé en rétention administrative pour une durée de 48 heures en application de l'article L. 741-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa rétention a été prolongée par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 28 septembre 2024 pour une durée de vingt-six jours. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. C détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il est constant que l'arrêté produit par le préfet à l'appui de son mémoire en défense comporte la date du 27 septembre 2024, dans une typographie différente des autres mentions de l'arrêté, alors que la copie de l'arrêté notifiée au requérant, produite par le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, ne comporte pas de date. S'il peut raisonnablement s'en déduire que la date a été ajoutée par les services de la préfecture postérieurement à la notification de l'arrêté en litige au requérant, cette seule circonstance, alors que l'ensemble des autres mentions de l'arrêté sont identiques et que l'original comme la copie notifiée comportent la mention manuscrite d'une notification le 27 septembre 2024, ne suffit pas à considérer que la décision produite par le préfet est un faux.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 495-11 du code de procédure pénale : " L'ordonnance a les effets d'un jugement de condamnation. Elle est immédiatement exécutoire. Lorsque la peine homologuée est une peine d'emprisonnement ferme, la personne est, selon les distinctions prévues au deuxième alinéa de l'article 495-8, soit immédiatement incarcérée en maison d'arrêt, soit convoquée devant le juge de l'application des peines, à qui l'ordonnance est alors transmise sans délai. / Dans tous les cas, elle peut faire l'objet d'un appel de la part du condamné, conformément aux dispositions des articles 498, 500, 502 et 505. Le ministère public peut faire appel à titre incident dans les mêmes conditions. A défaut, elle a les effets d'un jugement passé en force de chose jugée. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, placé en rétention administrative du 10 au 24 juillet 2024 et faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, a omis de présenter à l'autorité administrative les documents de voyage ou de lui communiquer les informations permettant l'exécution de cette mesure d'éloignement Dans le cadre d'une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, le juge délégué au tribunal judiciaire de Meaux a pris, le 23 septembre 2024, une ordonnance d'homologation de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée d'un an. Contrairement à ce qui est soutenu à l'audience, il résulte des dispositions précitées que l'ordonnance d'homologation est immédiatement exécutoire, de sorte qu'il n'est pas nécessaire qu'elle soit assortie de l'exécution provisoire. De plus aucune disposition n'impose à l'autorité administrative d'attendre que ladite ordonnance soit devenue définitive, après expiration du délai d'appel, pour prendre une décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, alors au demeurant qu'il ressort des observations à l'audience que le requérant n'a pas fait appel de cette ordonnance. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, par un arrêté du 24 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 25 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme D B, cheffe du bureau de l'éloignement et signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

7. En quatrième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle du requérant, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement M. C en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

9. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été invité, par courrier du 23 septembre 2024, à formuler ses observations sur la perspective de son éloignement vers l'Algérie, ce qu'il a fait le lendemain en indiquant qu'il était malade et souhaitait se faire soigner aux Pays-Bas. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

11. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. En septième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En huitième lieu, le requérant, ressortissant algérien, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de la liberté de circulation et de séjour garantie par l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne aux citoyens de l'Union.

14. En neuvième lieu, le requérant, qui conteste la décision fixant le pays de destination d'une mesure d'éloignement précédemment édictée à son encontre, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que seule la mesure d'éloignement est de nature, le cas échéant, à porter atteinte à la vie privée et familiale de l'intéressé en France. Au demeurant, il ressort des déclarations du requérant à l'audience, qui ne sont toutefois étayées par aucune pièce du dossier, que sa femme et sa fille résident aux Pays-Bas, pays dans lequel il désire retourner, et qu'il ne souhaite pas se maintenir en France. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

15. En dixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. Il ressort des écritures du requérant, complétées par ses déclarations à l'audience, que ce dernier aurait été victime aux Pays-Bas d'une bavure policière, lors de laquelle il aurait été touché par sept tirs, qu'il y aurait été soigné et y aurait ensuite bénéficié d'un suivi médical, qu'il y attend une audience judiciaire en qualité de victime afin d'obtenir réparation de son préjudice et que son état de santé s'est détérioré durant sa rétention administrative sans qu'il puisse être vu par un médecin. M. C indique également n'être venu en France que pour visiter sa tante, laquelle aurait promis de lui remettre une somme d'argent liquide afin de l'aider durant la grossesse de sa femme. Il indique enfin avoir fui l'Algérie car il y aurait été approché par un groupe islamiste afin de partir en Syrie soutenir les combattants de l'Etat islamique, que les membres de ce groupe l'auraient menacé et auraient tué son oncle et son frère. Toutefois, le requérant ne produit aucune pièce médicale relative aux pathologies dont il dit souffrir ni au traitement médical rendu nécessaire par son état de santé. De plus, ses seules allégations, peu circonstanciées, sur les motifs l'ayant conduit à quitter l'Algérie ne suffisent pas à établir l'existence d'un risque réel et personnel d'y être soumis, en cas de retour, à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, alors au demeurant que la décision contestée fixe comme pays de renvoi l'Algérie ou tout autre pays qui lui a délivré un titre de voyage ou dans lequel il établirait être légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. En onzième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 14 et 16, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Lu en audience publique le 3 octobre 2024.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : MD. ADELON

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. ADELON

No 2411988

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