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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2412115

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412115

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412115
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à Mme A, ressortissante centrafricaine. La requérante, dont le titre de séjour avait expiré, se trouvait dans une situation d'urgence particulière, son contrat de travail étant suspendu faute de justificatif de séjour régulier. Le tribunal a estimé que l'absence de délivrance du récépissé, en méconnaissance des articles R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portait une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés d'aller et venir et du travail. L'injonction a été prononcée sans astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, Mme B A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de vingt-quatre heures, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 4 octobre 2024 à 14h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-et les observations de Mme A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Mme A, qui, de nationalité centrafricaine, était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " valable du

28 septembre 2023 au 27 septembre 2024, a, par une lettre reçue le 19 août 2024 à la

sous-préfecture de L'Haÿ-les-Roses, demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Sa requête tend à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer un récépissé de cette demande.

3. D'une part, l'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale dans les quarante-huit heures.

4. Il résulte de l'instruction et n'est au demeurant pas contesté, la préfète du

Val-de-Marne s'étant abstenue de produire un mémoire en défense et de se faire représenter à l'audience publique, que, faute de pouvoir justifier, en l'absence de remise, malgré ses demandes en ce sens, d'un récépissé de sa demande titre de séjour, de la régularité de son séjour depuis l'expiration de son dernier titre de séjour, Mme A a vu son contrat de travail à durée indéterminée suspendu par son employeur et se trouve ainsi privée de sa seule source de revenus. La condition d'urgence particulière prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit, par suite, être regardée comme remplie dans les circonstances de l'espèce.

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise []. ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1 et la carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " prévue à l'article L. 421-3, dès lors que son titulaire satisfait aux conditions mentionnées à l'article L. 5221-1 du code du travail []. ".

6. Il ne résulte pas de l'instruction que la demande de titre de séjour mentionnée au

point 2 serait incomplète. Par suite, en s'abstenant, en méconnaissance des dispositions citées au point précédent, de délivrer à la requérante un récépissé de cette demande, la préfète du

Val-de-Marne a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent la liberté d'aller et venir et la liberté du travail.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de

quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme A sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 4 octobre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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