jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2412132 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BAZE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, Mme B C
veuve A, représentée par Me Zarouri et Me Berton, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la commune de Villeneuve-Saint-Georges de prononcer la mainlevée de l'arrêté du 1er décembre 2023, dans un délai de huit jours à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Saint-Georges la somme de
2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- exploitante de l'Hôtel Restaurant des Lilas depuis plus de cinquante ans, qui constitue son unique source de revenus, elle a investi 58 500 euros pour mettre son établissement en conformité dès l'édiction de l'interdiction d'exploitation prise par le maire, frais auxquels s'ajoutent les travaux accomplis avant la fermeture pour la somme de
30 000 euros ;
- elle a été contrainte d'utiliser l'ensemble de ses économies pour le financement de ces travaux, en espérant pouvoir reprendre l'exploitation de son établissement afin d'amortir ces lourdes dépenses, alors que l'arrêté reste en vigueur depuis près de dix mois ;
- son unique source de revenus est la somme de 265,23 euros tirée de la retraite de son défunt mari, ce qui la place au bord de la rupture financière, alors qu'elle doit rémunérer son salarié ;
- si elle n'a pas contesté la nécessité de réaliser les mises en conformité demandées, elle a immédiatement engagé les travaux nécessaires, qui se sont achevés début 2024 ;
- dans un tel contexte, le maintien de l'arrêté en litige porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté de commerce et d'industrie, alors que l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation prévoit que l'arrêté doit définir un délai dans lequel les mesures jugées indispensables doivent être réalisées, au-delà duquel un arrêté de mainlevée est pris ou la commune fait exécuter les travaux aux frais du propriétaire ;
- au cas d'espèce, l'arrêté a simplement été édicté " jusqu'à nouvel ordre ", ce qui a pour conséquence de faire peser sur elle une mesure affectant une liberté fondamentale pour une durée indéterminée ;
- bien que la société Socotec confirme la conformité de l'hôtel aux réglementations des établissements recevant du public, la commune a décidé de maintenir son arrêté par un courrier du 18 juillet 2024 l'invitant à réaliser les travaux nécessaires pour la mise en conformité de son établissement.
La requête a été communiquée le 2 octobre 2024 à la commune de
Villeneuve-Saint-Georges, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 4 octobre 2024 à 14h00, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- et les observations de Me Berton, représentant Mme C veuve A, absente, qui soutient en outre qu'en conséquence de l'arrêté en litige elle se trouve placée en situation de détresse financière alors qu'elle a été de bonne foi dès le début de la procédure, que le contrôleur technique a conclu à la conformité désormais totale de son établissement, que l'arrêté litigieux est illégal dès l'origine, à défaut d'avoir fixé un délai au-delà duquel les travaux de sécurisation de l'hôtel devaient être effectués, la commune s'étant désintéressée de ce dossier tandis qu'elle continue de payer les frais de relogement des occupants de son hôtel, et que le courrier de la commune du 18 juillet porte sur une question d'urbanisme et rappelle incidemment l'obligation de réaliser des travaux, déjà effectués en pratique dès
décembre 2023.
La commune de Villeneuve-Saint-Georges n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de
quarante-huit heures ".
2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'État ". Selon l'article L. 511-2 de ce code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes: 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants ou des tiers ; 2° Le fonctionnement défectueux ou le défaut d'entretien des équipements communs d'un immeuble collectif à usage principal d'habitation, lorsqu'il est de nature à créer des risques sérieux pour la sécurité des occupants ou des tiers ou à compromettre gravement leurs conditions d'habitation ou d'utilisation () ". L'article
L. 511-4 du même code dispose que : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est: 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2 () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe () ". Selon l'article
L. 511-20 de ce code : " Dans le cas où les mesures prescrites en application de l'article
L. 511-19 n'ont pas été exécutées dans le délai imparti, l'autorité compétente les fait exécuter d'office dans les conditions prévues par l'article L. 511-16 () ". L'article L. 511-21 du même code dispose que : " Si les mesures ont mis fin durablement au danger, l'autorité compétente prend acte de leur réalisation et de leur date d'achèvement. Elle prend un arrêté de mainlevée conformément à l'article L. 511-14. / Si elles n'ont pas mis fin durablement au danger, l'autorité compétente poursuit la procédure dans les conditions prévues par la
section 2 ". Enfin, l'article L. 511-14 de ce code précise que : " L'autorité compétente constate la réalisation des mesures prescrites ainsi que leur date d'achèvement et prononce la mainlevée de l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité et, le cas échéant, de l'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux () ".
5. Il résulte de l'instruction que le 1er décembre 2023, des agents du service communal d'hygiène et de santé de Villeneuve-Saint-Georges ont effectué une visite de l'établissement " Hôtel des Lilas ", sis 43 avenue de Choisy sur le territoire de cette commune, dont Mme C veuve A est propriétaire et assure la gestion depuis le
28 juin 1967. Par un arrêté du même jour, le maire de la commune de Villeneuve-Saint-Georges a constaté l'existence d'un danger grave et imminent, justifiant que l'occupation de cet hôtel soit provisoirement interdite " jusqu'à nouvel ordre ". Il ressort des termes de cet arrêté qu'il se fonde sur l'existence de dangers graves et imminents caractérisés par la présence d'un réseau anarchique de fils électriques suspendus dans la cour, de fils électriques dénudés passant sur des évacuations pluviales non raccordées, et d'une toiture des chambres côté cour non étanche avec désolidarisation des tuiles. Mme C veuve A affirme, sans être contestée par la commune de Villeneuve-Saint-Georges qui n'a pas produit de mémoire en défense et n'était pas représentée à l'audience, avoir procédé à la mise en conformité de son établissement dès le mois de janvier 2024. Dans ces conditions, en prenant un arrêté de mise en sécurité du bâtiment litigieux sur le fondement de l'article L. 511-19 du code la construction et de l'habitation, sans définir la nature exacte des mesures à mettre en œuvre pour assurer la conformité de l'établissement, ni la date à l'issue de laquelle de tels travaux devaient être réalisés, la commune de Villeneuve-Saint-Georges a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de commerce de Mme C veuve A, qui est une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, et dont l'activité économique est mise en péril par l'interdiction durable d'exploiter son hôtel, tout en maintenant à sa charge les frais de relogement des occupants de son établissement.
6. Si les factures et le rapport de vérification établi par l'agence Socotec, produits à l'appui de la requête, ne permettent pas de conclure au respect des exigences posées par l'arrêté en litige, en revanche, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Villeneuve-Saint-Georges de se prononcer sur la pertinence des travaux réalisés par Mme C épouse A, dans le délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de tirer les conséquences de ses nouveaux constats, soit en prononçant la mainlevée de l'arrêté litigieux, soit en maintenant l'interdiction posée par l'arrêté du 1er décembre 2023 et en précisant la nature des travaux ainsi que l'échéance à respecter pour leur réalisation.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Saint-Georges une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la commune de Villeneuve-Saint-Georges de se prononcer sur la pertinence des travaux réalisés par Mme C épouse A, dans le délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de tirer les conséquences de ses nouveaux constats, soit en prononçant la mainlevée de l'arrêté litigieux, soit en maintenant l'interdiction posée par l'arrêté du 1er décembre 2023 et en précisant la nature des travaux ainsi que l'échéance à respecter pour leur réalisation.
Article 2 : La commune de Villeneuve-Saint-Georges versera à Mme C veuve A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C veuve A et à la commune de Villeneuve-Saint-Georges.
La juge des référés,La greffière,
Signé : C. LetortSigné : S. Aubret
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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