mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2412190 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 2, 4 et 5 octobre 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me de Maillard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de prendre attache avec les services consulaires français d'Alger et de lui délivrer une autorisation pour la délivrance d'un visa retour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les services de la préfecture du Val-de-Marne sont saisis depuis deux mois et demi d'une consultation par le consulat de France à Alger, alors que le défaut de sa réponse fait obstacle à la délivrance du visa retour sollicité, ce qui porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'aller et venir ;
- la situation porte également atteinte à son droit de mener une vie familiale normale sur le sol français, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle reste coupée de son conjoint et de leurs deux enfants ;
- le silence des services préfectoraux porte également atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, les deux aînés étant rentrés en France avec leur père tandis que leur fille reste en Algérie avec elle ;
- le service des casiers judiciaires de Nantes gère exclusivement les bulletins n° 3, qui peuvent être obtenus en quelques minutes sur internet, alors que le mémoire en défense précise que les services de la préfecture seraient en attente du bulletin n° 2 ;
- la préfecture du Val-de-Marne n'apporte toujours aucune précision sur le délai de traitement prévisible de sa demande de visa retour.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 octobre 2024, la préfète du
Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Elle fait valoir que ses services ont sollicité la délivrance du B2 auprès du service des casiers judiciaires de Nantes, dont la production est indispensable à la délivrance du visa demandé, et le consulat sera informé dès le retour de ce service.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 4 octobre 2024 à 14h00, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- les observations de Me de Maillard, représentant Mme B épouse C, absente, qui soutient en outre que les conditions de délivrance d'un visa de retour ne font l'objet d'aucune disposition législative ou réglementaire, qu'en pratique les consulats demandent l'avis de la préfecture de rattachement de la personne dans le but de vérifier la régularité de son séjour en France, qu'en conséquence rien ne justifie la nécessité de demander la délivrance d'un bulletin n° 2, alors que sa carte de résident est valable jusqu'en 2032, que le consulat de France lui confirme régulièrement depuis le 27 septembre être en attente de l'avis de la préfecture du Val-de-Marne, alors en outre que l'obtention du bulletin n° 1 devant les tribunaux judiciaires s'effectue en quelques heures, et qu'en conséquence de l'ensemble de ces circonstances, elle assortit ses conclusions à fin d'injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
- et les observations de Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui fait valoir en outre que Mme B épouse C s'est elle-même placée dans la situation dont elle se prévaut et qu'il a été justifié des échanges de la préfecture avec le service consulaire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou de l'article L. 121-1, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : 1° Un visa de long séjour, d'une durée maximale d'un an () ". Selon l'article L. 312-5 de ce code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour () sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage ". Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions l'étranger qui, bien qu'ayant égaré son titre de séjour, produit des pièces établissant la validité de ce titre. En ce cas, le consul ne dispose pas du pouvoir de refuser, quel que soit le motif invoqué pour justifier sa décision, l'octroi d'un visa d'entrée en France à l'étranger.
4. Mme B épouse C, ressortissante algérienne née le
30 décembre 1987, titulaire d'un certificat de résidence délivré le 20 avril 2022 par la préfecture du Val-de-Marne pour une durée de dix ans, s'est rendue le 7 juillet 2024 en Algérie avec sa famille. Le 14 juillet suivant, la requérante a déclaré la perte de son titre de séjour, et le 21 juillet, Mme B épouse C a sollicité la délivrance d'un visa de retour auprès du consulat de France à Alger. Depuis le 2 septembre, la requérante se renseigne régulièrement sur l'état d'avancement de sa demande, le consulat l'informant être en attente de la validation de la préfecture du Val-de-Marne. Mme B épouse C demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de prendre attache avec les services consulaires français d'Alger et de lui délivrer une autorisation pour la délivrance d'un visa retour.
5. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que la validation de la consultation de ses services par le consulat est en attente de la communication du bulletin de casier judiciaire n°2 de Mme B épouse C. Toutefois, d'une part, la production d'un unique courriel d'attente adressé au consulat, non daté, ne peut sérieusement étayer une telle affirmation. D'autre part, alors que la préfète ne précise pas la base légale ou réglementaire justifiant qu'il soit procédé à la consultation du bulletin n° 2 de la requérante avant de donner son accord à la demande de visa de retour, il ressort des termes précités de l'article L. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans l'hypothèse d'une demande présentée par une ressortissante étrangère titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, la délivrance d'un tel visa ne peut pas être refusée. Dans un tel contexte, il résulte de l'instruction que, si Mme B épouse C est à l'origine de la perte de son certificat de résidence, elle a entamé les démarches nécessaires à la délivrance d'un visa de retour dans les meilleurs délais. Ainsi, les services de la préfecture du Val-de-Marne, sollicités depuis au moins le 2 septembre 2024 par le consulat de France à Alger, contribuent à freiner une mise en œuvre rapide des modalités appropriées permettant d'assurer un retour effectif de Mme B épouse C et de sa fille mineure, restée en sa compagnie en Algérie tandis que le conjoint de la requérante et leur fils sont rentrés en France le 31 août 2024. Ils portent ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de ces dernières, qui comporte le droit de se déplacer hors du territoire français pour les ressortissants étrangers titulaires d'un titre de séjour en cours de validité, ainsi qu'à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, lesquels sont des libertés fondamentales au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède, en l'absence d'obstacle objectif empêchant la délivrance rapide d'un avis sur la demande de visa de retour en litige, qu'il est enjoint aux services de la préfecture du Val-de-Marne de faire connaître au consulat de France d'Alger son avis sur la demande de visa de retour de Mme B épouse C, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée en dernier lieu par la requérante.
Sur les frais de justice :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, Mme B épouse C ne justifie pas des dépens dont elle demande le remboursement. En conséquence, de telles conclusions doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint aux services de la préfecture du Val-de-Marne de faire connaître au consulat de France d'Alger leur avis sur la demande de visa de retour présentée par Mme B épouse C, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B épouse C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés, La greffière,
Signé : C. Letort Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026