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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2412435

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412435

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKADIMA KANDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2024 au greffe du tribunal administratif de Montreuil et renvoyée par une ordonnance du magistrat désigné du 4 octobre 2024 au tribunal administratif de Melun, enregistrée au greffe du tribunal le 8 octobre 2024, M. C D, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, et représenté par la

SCP Dagneau-Bachimont et Duquesne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de procéder sans délai et sous astreinte, à la délivrance d'une attestation de demande d'asile jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile et de lui accorder le bénéfice des droits prévus par la directive 2013/33/UE du

26 juin 2013, un lieu susceptible de l'accueillir et une allocation journalière.

M. D soutient que la décision attaquée est :

- entachée d'incompétence ;

- insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- intervenue sur une procédure dépourvue de caractère contradictoire, en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- intervenue sans qu'il ait bénéficié de l'information sur la procédure de demande d'asile applicable prévue à l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- contraire au droit à un recours juridictionnel effectif dès lors que le recours devant la cour nationale du droit d'asile introduit en rétention n'a pas d'effet suspensif ;

- contraire à l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, ainsi que l'ordonnance de la Cour de justice de l'Union européenne du 3 juin 2021 (C-186/21 PPU) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision du Conseil d'Etat 6 mai 2019 (n° 416088) et la décision du Conseil constitutionnel n° 2019-807 QPC du

4 octobre 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Pottier, président, en application de l'article

L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Duquesnes, désigné d'office, représentant M. D, assisté de M. A, interprète en langue peulh, qui soutient qu'il n'a fait l'objet d'aucunes poursuites malgré la gravité des faits qui lui sont reprochés ; qu'il a eu des difficultés dans sa formation ; que les membres de sa famille (parents et sœur) sont décédés ; qu'il a fait une demande d'asile qui a été rejetée le 10 octobre 2024 ;

- et les observations de M. D, qui déclare avoir quitté son pays en raison d'une mésentente avec ses parents.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément à l'article R. 922-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant malien né le 31 décembre 2005 à Melga Toucouleur, entré en France en février 2021 selon ses déclarations, ayant été confié à l'aide sociale avant ses seize ans, a présenté le 21 septembre 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a été rejetée par un arrêté du 19 mars 2024, notifié le 25 mars, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a en outre obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit d'y retourner pendant un an. M. D a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Après avoir été placé en garde à vue le 26 septembre 2024 pour des faits de menaces de mort réitérées, violence avec usage ou menace d'une arme blanche suivie d'incapacité totale de travail supérieure à huit jours et viol, M. D a été placé en rétention administrative par un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 27 septembre. Ayant présenté une demande d'asile le 2 octobre suivant, il demande l'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet des

Hauts-de-Seine a décidé son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile.

Sur le régime de la décision de maintien en rétention au titre de l'asile :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui assure la transposition du point d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE : " () si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ ".

3. Au nombre des " critères objectifs " qui peuvent être pris en considération sans erreur de droit par l'autorité administrative figurent notamment les conditions d'entrée de l'intéressé sur le territoire français, le caractère tardif de sa demande d'asile ainsi que l'absence initiale de tout élément fourni par l'intéressé lors de son interpellation et de son audition par les services de police de nature à révéler que sa situation serait susceptible de relever du droit d'asile. Toutefois, il appartient à l'autorité administrative compétente de se livrer à une appréciation de l'ensemble de la situation personnelle de chaque demandeur.

4. D'autre part, le deuxième alinéa de l'article L. 754-3 précise que " La décision de maintien en rétention est écrite et motivée ". L'article L. 754-4 prévoit en outre que " L'étranger peut, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2, demander l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement ".

Sur la légalité externe :

5. En premier lieu, par arrêté du 20 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° spécial SGAD du 23 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Mme E B à l'effet de signer la décision attaquée. Le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'incompétence est par conséquent infondé.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a été entendu le

26 septembre 2024, lors de ses auditions en garde-à-vue, sur sa situation administrative, son pays d'origine, sa famille, sa situation en France et sur sa disposition à exécuter une mesure d'éloignement, et qu'il a été spécialement informé, le 27 septembre 2024, par le truchement d'un interprète en langue peulh, que le préfet des Hauts-de-Seine envisageait de mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 19 mars 2024, et mis à même de présenter des observations. M. D a en outre été informé dès son arrivée au centre de rétention, le 27 septembre à 12 heures 25, par le truchement d'un interprète, de ses droits en centre de rétention, et à nouveau informé, le 28 septembre, de l'ensemble de ses droits, et notamment de son droit général à demander une assistance juridique et linguistique pour déposer une demande d'asile, ainsi que des conditions de dépôt d'une demande d'asile en rétention, conformément à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le droit d'être entendu n'implique pas que l'administration mette l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision de le maintenir en rétention administrative pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet de celle-ci, dans l'attente de son départ. Il résulte de l'ensemble des éléments qui précèdent que le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu est en tout état de cause infondé.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que M. D a été informé de l'ensemble de ses droits en matière de demande d'asile, conformément aux L. 744-6 et R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par M. D a été rejetée après avoir été examinée au fond par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait reçu " aucune information " sur la procédure de demande d'asile, contrairement à l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit ainsi, en tout état de cause, être écarté.

8. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué énonce l'ensemble des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé. Il ressort en outre de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine s'est livré à un examen complet de la situation de M. D.

Sur la légalité interne :

9. Il ressort des pièces du dossier qu'entré en France en février 2021, M. D n'a, jusqu'à son placement en rétention, engagé aucune démarche pour demander l'asile, ni évoqué des craintes en cas de renvoi dans son pays d'origine, alors qu'une obligation de quitter le territoire a été prise à son encontre il y a plus de six mois, à la suite du refus qui a été opposé à la demande d'admission au séjour qu'il avait présentée sur un autre fondement que l'asile. Il ressort en particulier de la fiche de renseignement qu'il a établie en septembre 2023 au soutien de cette demande, versée au dossier par le préfet des Hauts-de-Seine, qu'il est " venu en France pour aller à l'école et travailler ", alors que l'intéressé n'a évoqué à l'audience, pour tout autre motif de départ de son pays d'origine, qu'une mésentente avec ses parents, qui sont depuis lors décédés. Ainsi, eu égard aux conditions d'entrée de l'intéressé sur le territoire français, au caractère tardif de sa demande d'asile ainsi que à l'absence initiale de tout élément fourni par l'intéressé lors de son interpellation et de son audition par les services de police de nature à révéler que sa situation serait susceptible de relever du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas livré à une inexacte application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que sa demande d'asile a été présentée en rétention dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement.

10. Enfin, l'absence d'effet suspensif du recours qu'il est en droit de former devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision du 10 octobre par laquelle l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : X. POTTIERLa greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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