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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2412501

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412501

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412501
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Melun rejette la requête en référé liberté de Mme A, ressortissante ivoirienne et mère d’une enfant réfugiée, qui demandait la délivrance provisoire d’une carte de résident ou le renouvellement de son récépissé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Le juge des référés estime que la condition d’urgence n’est pas caractérisée, le seul fait de se voir opposer un refus de renouvellement de titre de séjour ne constituant pas une circonstance particulière justifiant une intervention à très bref délai. Il relève également que la requérante n’établit pas d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la perte de droits sociaux invoquée ne suffisant pas à démontrer une telle atteinte. La décision est fondée sur les articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que sur les articles L. 424-1 et L. 424-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, Mme B A, représentée par

Me Djemaoun, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de résident portant la mention " parent d'enfant réfugié " dans un délai de 15 jours ou, à défaut, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou de la convoquer en vue du renouvellement de son récépissé afin qu'elle puisse justifier de la régularité de son séjour, sans délai ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, de nationalité ivoirienne, elle est entrée en France en juin 2018, que sa fille, née en France en mai 2021, a été reconnue réfugiée le 26 août 2022, qu'elle a déposé une demande de carte de résident en qualité de parent d'enfant réfugié sur le plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France le 28 février 2023, qu'elle n'a été convoquée en préfecture que le 29 février 2024 et s'est vue remettre un récépissé de demande de carte de résident valable jusqu'au 28 août 2024, qu'elle en a demandé le renouvellement et qu'elle n'a reçu aucune réponse.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car sa fille a été reconnue réfugiée et elle a perdu tous ses droits sociaux, et qu'il est porté atteinte à son droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 26 août 2022, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu la qualité de réfugiée à la fille de Mme A, ressortissante ivoirienne née le 15 juillet 1995 à Sandala (Région du Worodougou). Celle-ci, le 28 février 2023, a déposé sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France une demande de carte de résident en qualité de parent d'enfant réfugié. Elle n'a reçu aucune réponse de la préfète du Val-de-Marne avant le 29 février 2024, date à laquelle lui a été remis un récépissé de demande de carte de séjour valable six mois, soit jusqu'au 28 août 2024. Ce récépissé n'a pas été renouvelé malgré plusieurs demandes en ce sens et Mme A a perdu l'ensemble de ses droits sociaux. Par une requérante enregistrée le 9 octobre 2024, elle sollicite du juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer, à titre provisoire, une carte de résident portant la mention " parent d'enfant réfugié " ou, à défaut, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou de la convoquer en vue du renouvellement de son récépissé.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Ne constitue pas une telle circonstance particulière le seul fait que l'étranger se soit vu opposer un refus de renouvellement de son titre de séjour, alors même qu'une présomption d'urgence serait en principe constatée si le juge des référés était saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du même code.

4. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger "

5. Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article

R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié d'un récépissé de demande de titre de séjour qui n'a pas été renouvelé à son échéance le 28 août 2024. Le défaut de renouvellement de ce document à son échéance, qui excède le délai de quatre mois mentionné à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut que révéler l'existence, à cette date, d'une décision implicite de rejet qui a été opposée par la préfète du Val-de-Marne à la demande présentée par Mme A le 28 février 2023.

7. Par suite, comme il l'a été précisé au point 3, une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ne portant pas, par elle-même, et quand bien même cette délivrance serait de plein droit, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la requête de Mme A ne pourra qu'être rejetée selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la préfète du

Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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