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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2412538

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412538

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412538
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal administratif de Melun rejette la requête en référé suspension de Mme A, ressortissante burkinabé, qui contestait le refus implicite de la préfète du Val-de-Marne d’enregistrer sa demande de titre de séjour. Le juge des référés estime que la condition d’urgence n’est pas établie, la requérante ne démontrant pas que la situation de son enfant handicapé ou sa propre situation administrative se soient dégradées de manière imminente depuis le dépôt de sa demande d’annulation en septembre 2024. En conséquence, l’ordonnance rejette la demande de suspension sans examiner les moyens soulevés, sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Yao, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision en date du 21 juin 2024 par laquelle la préfète du

Val-de-Marne (sous-préfecture de Nogent-sur-Marne) a refusé d'instruire sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance, de lui délivrer une convocation dans les

15 jours afin de lui remettre un récépissé de dépôt de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de procéder à un réexamen approfondi de sa situation aux fins de délivrance d'un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " ou une autorisation de séjour pour étranger parent d'un enfant malade ;

4°) de condamner l'Etat (préfète du Val-de-Marne) à lui verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que, de nationalité burkinabé, elle est entrée en France en 2017, avec ses trois enfants, pour rejoindre son mari, en situation régulière, qu'ils ont eu trois autres enfants, qu'un de leurs enfants est en situation de handicap et fait l'objet d'une prise en charge médicale, qu'elle avait sollicité en juin 2020 de la préfète du Val-de-Marne (sous-préfecture de

Nogent-sur-Marne) une autorisation provisoire de séjour comme accompagnant d'enfant malade, qu'elle n'a eu aucune réponse, qu'elle a alors déposé un dossier d'admission exceptionnelle au séjour le 27 mars 2024, que ce dossier lui a été renvoyé en lui demandant de le renvoyer avec les pièces complémentaires, sans toutefois les indiquer, qu'elle a renvoyé un dossier le 19 juin 2024 qui lui a été retourné le 21 juin avec la même mention, que son dossier était toutefois complet.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle est maintenue en situation irrégulière alors que son mari est en situation régulière et elle ne peut travailler, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause n'est pas motivée, qu'elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Mme A a présenté une requête, enregistrée le 2 septembre 2024 sous le n° 2410761, demandant l'annulation de la décision attaquée.

La présidente du Tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante burkinabé née en 1990 à Dirbé, est entrée en France le 21 août 2017 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises à Ouagadougou. Son conjoint réside en France et est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle. Le couple a six enfants, nés en juillet 2008, septembre 2011 et novembre 2014 au Burkina Faso, et juillet 2018, mars 2021 et avril 2023 en France, tous scolarisés. Leur troisième enfant est suivi en France en hôpital de jour pour une paralysie cérébrale avec atteinte motrice et cognitive et troubles de la parole. En juin 2020, elle indique avoir sollicité du préfet du Val-de-Marne

(sous-préfecture de Nogent-sur-Marne) son admission au séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade. Il n'a jamais été répondu à sa demande. En décembre 2023, mars 2024 et

juin 2024, elle indique avoir transmis à la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale, sans indication des pièces manquantes en lui demandant de les communiquer à compter du

28 octobre 2024. Considérant ces retours comme un refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour, Mme A a demandé au présent tribunal, par sa requête enregistrée le

2 septembre 2024 l'annulation de cette décision implicite de refus d'enregistrement et demande également, par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, la suspension de son exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de

l'affaire. () ".

3. Aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire ". L'article

R. 431-10 du même code dispose que : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". Selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour. L'article R. 431-12 du même code dispose que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ". Ainsi que le précise l'article L. 431-3 de ce code, la délivrance d'un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour.

4. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de

quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. / Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26 ".

5. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

6. En l'espèce, l'intéressée n'établit pas, par les pièces jointes à sa requête, que le dossier transmis à la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne comprenait effectivement les pièces exigées par ce service pour l'examen d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale.

7. Au surplus, s'il est constant que le document accompagnant le retour du dossier de Mme A enregistré en sous-préfecture le 22 mars 2024 ne comportait aucune mention des pièces manquantes, la mettant ainsi dans l'impossibilité de le compléter, il ressort des mentions portées sur le document retourné par ce service à l'intéressée le 24 juin 2024 qu'il lui était demandé de les transmettre " à compter du 28/10/2024 ".

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A ne pourra qu'être rejetée selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la préfète du

Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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