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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2412595

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412595

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPONTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11, 16 et 18 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Ponté, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que le principe du contradictoire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré régulièrement en France sous couvert d'un visa de circulation Schengen le dispensant de présenter d'autres documents et l'autorisant à séjourner en France ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2 a produit des pièces, enregistrées les 15 et 16 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- les observations de Me Ponté, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il reprend les moyens soulevés dans ses écritures, qu'il développe ;

- les observations de M. A, assisté par Mme C, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du tribunal ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 4 juin 1989 à Lakhdaria (Algérie), est entré pour la dernière fois en France le 4 octobre 2024. Par un arrêté du 9 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a placé en rétention administrative pour une durée de quatre jours, prolongée de vingt-six jours à compter du 13 octobre 2024 par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 14 octobre 2024. Par un arrêté du 9 octobre 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. A détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".

4. De plus, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une. ". Aux termes de l'article R. 313-14 du même code : " Sont dispensés de présenter les documents prévus aux articles () R. 313-1 à R. 313-4 et R. 313-6 à R. 313-8 : / () 3° L'étranger titulaire d'un visa de circulation défini par la convention d'application de l'accord de Schengen, valable pour plusieurs entrées et d'une durée de validité au moins égale à un an et délivré par une autorité consulaire française ou par celle d'un Etat mettant en vigueur cette convention et agissant en représentation de la France ; / () ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points précédents qu'un ressortissant de pays tiers titulaire d'un visa de circulation à entrées multiples défini par la convention d'application de l'accord de Schengen peut régulièrement entrer en France sous couvert de ce seul visa, sous réserve par ailleurs de se conformer, le cas échéant, à l'obligation de déclarer son entrée sur le territoire français dans les conditions prévues par les articles L. 621-3 et R. 6214 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans avoir à justifier des documents relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour, à ses moyens d'existence, à la prise en charge de ses dépenses médicales et hospitalières et à ses garanties de rapatriement qu'à la double condition, d'une part, que son visa ait une durée de validité au moins égale à un an et, d'autre part, qu'il ait été délivré par une autorité consulaire française ou par celle d'un Etat mettant en vigueur cette convention et agissant en représentation de la France.

6. Enfin, aux termes de l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants : / i) sa durée de validité est supérieure d'au moins trois mois à la date à laquelle le demandeur a prévu de quitter le territoire des États membres. Toutefois, en cas d'urgence dûment justifiée, il peut être dérogé à cette obligation ; / ii) il a été délivré depuis moins de dix ans ; / b) être en possession d'un visa en cours de validité si celui-ci est requis en vertu du règlement (CE) no 539/2001 du Conseil, sauf s'ils sont titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa de long séjour en cours de validité ; / () ". Et l'Algérie figure parmi les Etats dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa en application de l'annexe I du règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation, qui a abrogé le règlement (CE) n° 539/2001.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a déclaré lors de son audition par les services de police être venu en France dans le cadre de son activité professionnelle, est titulaire d'un visa de circulation à entrées multiples délivré par les autorités espagnoles et valable du 20 décembre 2023 au 18 décembre 2024, soit pour une durée inférieure à un an. Ainsi, il était tenu de présenter les documents relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour, à ses moyens d'existence, à la prise en charge de ses dépenses médicales et hospitalières et à ses garanties de rapatriement ainsi que, le cas échéant, de déclarer son entrée sur le territoire français. Dès lors qu'il ne justifie pas avoir présenté ces documents, il ne peut, contrairement à ce qu'il allègue, se prévaloir d'une entrée régulière en France. Toutefois, il ressort des cachets figurant sur les passeports du requérant, conservés par les services de police après son interpellation le 8 octobre 2024 et dont l'autorité administrative avait dès lors connaissance à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, que M. A est entré pour la dernière fois en France le 4 octobre 2024 et qu'il n'a séjourné en France durant la précédente période de 180 jours, soit depuis le 7 avril 2024, que durant 41 jours. Dès lors, M. A pouvait régulièrement séjourner en France du 4 au 9 octobre 2024 sous couvert de son visa de court séjour sans avoir à solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que l'autorité administrative, en considérant que les conditions cumulatives d'irrégularité de son entrée et de son séjour en France étaient remplies pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français, a méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les frais de l'instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 900 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a fait obligation à M. B A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 900 euros sur le fondement de l'article L. 7611 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Lu en audience publique le 18 octobre 2024.

Le magistrat,

T. BOURGAULa greffière,

C. MAHIEU

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2412595

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