vendredi 23 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2412597 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | R |
| Formation | 12ème chambre, éloignement (Collégiale) |
| Avocat requérant | LA CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 octobre, 23 octobre et 4 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Mahoukou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît le principe du contradictoire ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un défaut de base légale dès lors qu'il devait se voir délivrer un titre de séjour en exécution du jugement n° 2200110 du 22 avril 2023 du tribunal administratif de Melun ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être substitué au 3° du même article comme base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, rapporteur ;
- et les observations de Me Mahoukou, représentant M. B, absent ;
- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 10 octobre 2024, dont M. A B, ressortissant congolais né en 1965 demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que si M. B déclare sans l'établir être entré en France le 12 février 2007, sa présence en France peut néanmoins être regardée comme établie à compter du 13 février 2008, date à laquelle il a signé son premier contrat de travail. Après avoir été mis en possession, le 29 janvier 2009, d'un récépissé de demande de titre de séjour renouvelé jusqu'au 26 août 2011, il s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de salarié le 28 juillet 2011, régulièrement renouvelé jusqu'au 3 janvier 2017, puis une carte de séjour pluriannuelle en qualité de salarié, valable du 21 août 2017 au 20 août 2021, dont il a demandé le renouvellement le 5 août 2021. Par un jugement du 26 avril 2023, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel la préfète du
Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé et enjoint à l'autorité administrative de délivrer à l'intéressé une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de sa notification. Toutefois, faute de délivrance de ce titre de séjour, le requérant a saisi, le 18 septembre 2024, le tribunal administratif de Melun en vue d'obtenir l'exécution du jugement du 26 avril 2023.
4. Par ailleurs, il démontre vivre en concubinage avec une compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2033, produisant notamment à ce titre, outre une attestation de cette dernière, ses bulletins de salaire d'octobre 2018 à février 2022, ses avis d'imposition sur les revenus pour 2018, 2020, 2021 et 2022 ainsi que ses factures de téléphone portable de 2024 et 2025, sur lesquels figure une adresse identique à celle mentionnée sur les factures d'électricité de 2023 à 2025 établies au nom de sa concubine. Au demeurant, il ressort du procès-verbal du 8 octobre 2024 que le requérant a été interpellé à cette même adresse, mentionnée comme étant son domicile.
5. En outre, M. B produit les copies des cartes nationales d'identité de ses deux filles, ressortissantes françaises nées d'une précédente relation en 2008 et 2011, sur lesquelles il exerce l'autorité parentale en application du jugement rendu par le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Chartres du 5 novembre 2012, une attestation de leur mère datée du 7 janvier 2022 indiquant qu'il reçoit ses filles une semaine pendant les petites vacances et un mois durant les grandes vacances et qu'il lui verse une pension alimentaire ainsi que la preuve de onze virements bancaires effectués à ce titre entre avril 2019 et novembre 2020. Il en résulte que le requérant établit entretenir des liens anciens, stables et intenses avec ses filles mineures, l'intéressé soutenant également sans être contredit que sa fille aînée née en 2004, de nationalité congolaise, séjourne régulièrement en France.
6. Enfin, M. B justifie de son insertion professionnelle par l'exercice, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps plein, d'une activité d'agent polyvalent de station-service de février 2008 à février 2022 et soutient sans être contredit exercer depuis le 1ermars 2024 une activité d'agent d'entretien, étant néanmoins relevé que cette dernière est exercée sous une fausse identité en raison du défaut de renouvellement de son titre de séjour dans les conditions précédemment rappelées.
7. Si le préfet de Seine-et-Marne fait valoir que la présence du requérant en France constitue une menace pour l'ordre public en raison de son interpellation pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d'un étranger, de faux et de faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, il ne justifie toutefois pas des suites pénales qui auraient, le cas échéant, été données à l'issue de la garde à vue de l'intéressé, alors qu'il ressort du procès-verbal de son audition par les services de police que l'exploitation de son téléphone portable, de son ordinateur et d'une clé USB n'ont pas permis de découvrir d'éléments permettant de l'incriminer pour des faits autre que l'usurpation d'identité de son voisin, mis en cause pour les mêmes faits, afin de pouvoir travailler.
8. Ainsi, au vu de l'ancienneté démontrée de seize années du séjour en France de M. B ainsi que de l'intensité des attaches personnelles de l'intéressé qui y réside avec sa compagne au moins depuis 2018 et subvient aux besoins matériels et éducatifs de ses enfants français, l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant par rapport aux objectifs pour lesquels il a été pris. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté contesté doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ".
11. Eu égard au motif qui en constitue le fondement, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais de l'instance :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de cinq ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Combes, président,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Binet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2025.
Le rapporteur,
Signé : T. BOURGAULe président,
Signé : R. COMBES
La greffière,
Signé : C. MAHIEU
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2412597
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026