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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2412611

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412611

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412611
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Melun, rendue dans le cadre d’un référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de M. B, ressortissant ivoirien et parent d’un enfant réfugié, qui demandait la délivrance d’un récépissé de demande de renouvellement de sa carte de résident. Le juge des référés constate que le silence gardé par la préfète du Val-de-Marne pendant quatre mois a fait naître une décision implicite de rejet, conformément aux articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il en déduit que la demande de M. B, qui tend à obtenir une mesure provisoire en présence d’une décision administrative explicite ou implicite, ne relève pas de la procédure de l’article L. 521-3, mais d’un recours en annulation ou d’un référé suspension sur le fondement de l’article L. 521-1. Par conséquent, la requête est rejetée comme manifestement mal fondée, sans qu’il soit besoin de statuer sur l’urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2024, M. A B, représenté par

Me Millot, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour sous astreinte de 200 euros par jour de retard après la notification de l'ordonnance ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de se prononcer sur sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1 500 euros au titre des frais engagés pour la présente instance et non compris dans les dépens, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que, de nationalité ivoirienne, il est entré en France le 10 août 2008, que sa fille, née en janvier 2014, a été reconnue réfugiée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'il a eu une première carte de résident valable jusqu'au

9 juillet 2024, qu'il en a demandé le renouvellement et ne s'est vu délivré aucune attestation de prolongation d'instruction, que, le 9 septembre 2024, le service instructeur de la préfecture du Val-de-Marne lui a demandé de produire un visa, ce qui n'est pas une pièce nécessaire à l'instruction d'une demande en qualité de patent d'enfant réfugié, qu'il ne peut plus justifier de son séjour depuis le 9 octobre 2024, que la condition d'urgence est donc satisfaite car sa fille a été reconnue réfugiée, et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1 Par une décision du 28 janvier 2014, la fille de M. B, née le 12 juillet 2013, a été reconnue réfugiée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. M. B s'est donc vu délivrer, par le préfet du Val-de-Marne, le 10 juillet 2014 une carte de résident en sa qualité de parent de réfugié. Il en a demandé le renouvellement sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France le 6 mai 2024. Le

17 septembre 2024, le service instructeur de la préfecture du Val-de-Marne lui a demandé de produire un visa de type C ou D, ainsi qu'un timbre fiscal de 50 euros. A l'échéance de la période de trois mois, prévue à l'article L. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune attestation de prolongation d'instruction ne lui a été délivrée. Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du

Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et de se prononcer sur sa demande de titre de séjour.

2 Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3 Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4 Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de

quatre mois. () ".

5 Aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et

L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". Il résulte par ailleurs du point 39 de l'annexe 10 de ce code que, pour obtenir une carte de résident en qualité de membre de la famille s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié, les demandeurs doivent produire, notamment un " visa de long séjour (si vous êtes entré en France au titre de la réunification familiale) ".

6 Ainsi, en lui demandant, le 17 septembre 2024, pour l'instruction de son dossier, de produire un tel visa, alors qu'il est constant que M. B est entré en France avant la naissance de sa fille et non pas au titre de la réunification familiale et qu'il ne peut donc le produire, la préfète du Val-de-Marne doit être réputée comme ayant opposé à la demande de renouvellement de sa carte de résident présentée le 6 mai 2024, nonobstant son caractère " de plein droit ", une décision implicite de rejet à la date du 9 octobre 2024, date d'échéance de la période de trois mois de prolongation de la validité d'une carte de résident résultant de l'article L. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7 Eu égard à l'intervention de cette décision implicite de rejet, et dans la mesure également où, ainsi qu'il l'a été dit au point 3, le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, faire obstacle à une décision administrative, la demande formée par M. B sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne revêt plus aucun caractère d'utilité.

8 Dans ces conditions, la requête de M. B ne pourra qu'être rejetée selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, l'intéressé demeurant fondé, s'il l'estime utile, de contester la légalité de cette décision implicite par un recours en excès de pouvoir devant le présent tribunal, assorti le cas échéant d'une demande en référé-suspension.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la préfète du

Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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