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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2412684

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412684

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPUZZANGARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, Mme B C, représentée par Me Puzzangara, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) de suspendre l'exécution de la décision de classement sans suite de la préfète du

Val-de-Marne du 10 juillet 2024, portant refus de renouvellement de son titre de séjour, ou portant refus d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de procéder au réexamen de sa situation personnelle et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ; ou à titre subsidiaire, d'enregistrement sa demande de renouvellement de titre de séjour par tout moyen, et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de sa demande l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, au titre de l'application combinée de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à défaut, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée de verser directement à cette dernière la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que, de nationalité marocaine, elle est entrée régulièrement en France le

24 avril 2018, qu'elle a bénéficié d'une ordonnance de protection par le juge des affaires familiales le 10 mai 2022 en raison de violences conjugales, qu'elle a obtenu une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 11 mai 2024, que son divorce a été prononcé, il a été reconnu bénéficiaire de la protection subsidiaire par une décision du 29 janvier 2024, qu'elle a tenté de déposer une demande de renouvellement de sa carte de séjour sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France dès le mois de janvier 2024, que cela s'est révélé impossible, qu'elle a été renvoyée vers les services de la préfecture du Val-de-Marne, ce qu'elle a fait, mais que sa demande a été classée sans suite au motif qu'elle devait la déposer sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, qu'une nouvelle tentative le 10 juillet 2024 a eu la même réponse, qu'elle a demandé une solution de substitution à la préfète du Val-de-Marne, sans succès et qu'il lui a donc été opposé une décision de refus d'enregistrement de sa demande et donc de refus de renouvellement de sa carte de séjour.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle a demandé le renouvellement de sa carte de séjour et, sur le doute sérieux, que la décision en cause n'est pas motivée, qu'elle est entachée d'une erreur de fait car sa demande relève de la compétence de la préfecture, ainsi que d'une défaut d'examen réel et sérieux de sa demande, qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 § 1 de la Convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, l'intéressée étant convoquée le

21 octobre 2024 pour le dépôt de sa demande de titre de séjour et la remise d'un récépissé.

Par un mémoire en réplique enregistré le 21 octobre 2024, Mme C, représentée par Me Puzzangara, conclut aux mêmes fins.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret

n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024 sous le n° 2412567, Mme C a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 22 octobre 2024, tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Puzzangara, représentant Mme C, absente, qui rappelle que la préfecture a fait une confusion sur sa demande de titre de séjour, qu'elle n'a pas pu renouveler son titre de séjour, qu'elle a perdu le bénéfice des allocations familiales, qu'elle a été convoquée à 10 heures le 21 octobre 2024 mais qu'elle a eu un refus de guichet, qu'elle a dû revenir à 15 heures, que seul un récépissé de six mois lui a été remis, que le classement sans suite est erroné, que le renvoi sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France est sans fondement, qu'elle fait toujours l'objet d'une décision de refus de titre de séjour, qu'elle ne peut pas récupérer ses droits sociaux et qui demande le maintien de ses frais irrépétibles car la remise du récépissé n'est que la conséquence de la saisine du tribunal et qu'elle n'a eu aucune information sur la nature de la carte de séjour qui sera instruite ;

- et les observations de Me Kao, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions tendant au non-lieu et demande le rejet de la demande de frais irrépétibles.

Considérant ce qui suit :

1 Mme C, ressortissante marocaine née le 28 mai 1984 à Oued Essafa (Région de Souss-Massa-Draâ), entrée en France le 24 avril 2018 munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises à Agadir, a bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " délivrée par la préfète du Val-de-Marne et valable jusqu'au

11 mai 2024, en qualité de victime de violences conjugales. Elle était en effet entrée en France accompagnée de ses deux enfants nés en décembre 2010 et novembre 2017 au Maroc, et venait rejoindre son conjoint, résident régulier, épousé le 21 juillet 2008 dans ce pays. Le 9 mai 2022, elle a obtenu du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Créteil (Val-de-Marne) une ordonnance de protection des victimes de violences au sein des couples, interdisant à son conjoint d'entrer en contact avec elle et lui confiant l'exercice exclusif de l'autorité parentale sur ses enfants. Elle est hébergée avec ces derniers depuis le 22 septembre 2022 dans le cadre d'un hébergement d'urgence à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). Elle a divorcé de son époux au Maroc le

24 janvier 2024. A compter de ce même mois, elle a tenté à plusieurs reprises de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour mais ni la préfecture du Val-de-Marne ni la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France n'ont accepté d'enregistrer sa demande, chacune s'estimant incompétente pour instruire la demande et classant sans suite les dossiers déposés par Mme C. Considérant donc s'être vu opposer une décision de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour et donc de renouvellement, elle en a demandé l'annulation par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, ainsi que la suspension de l'exécution par une requête du même jour. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne a convoqué Mme C le 21 octobre 2024 et lui a remis à cette occasion un récépissé de demande de titre de séjour valable six mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3 Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4 Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

6 Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a convoqué

Mme C le 21 octobre 2024 à 15 heures " afin d'obtenir un récépissé de demande de titre de séjour " et lui a effectivement remis ce récépissé, valable six mois. Dans ces conditions, et dans la mesure où le juge des référés ne peut statuer que par des mesures qui " présentent un caractère provisoire " en application de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais irrépétibles :

7 Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8 Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à

celle-ci () ".

9 Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Puzzangara, conseil de

Mme C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 500 euros à Me Puzzangara, conseil de Mme C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à Me Puzzangara et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera communiqué à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

A : M. AymardA : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2412684

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