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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2412991

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412991

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412991
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par une ressortissante russe, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle expirée, qui n'avait pas reçu de récépissé de renouvellement malgré le dépôt d'un dossier complet le 2 septembre 2024, entraînant la suspension de son contrat de travail. Le juge a constaté une situation d'urgence et a estimé que l'absence de délivrance du récépissé, en méconnaissance de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit au travail de la requérante. En conséquence, il a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de convoquer l'intéressée et de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de trois jours.

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 22 octobre 2024, tenue en présence de Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Navarro représentant Madame B, requérante, présente, qui rappelle qu'il lui a été demandé de présenter son dossier par voie postale en préfecture, qu'elle a reçu une relance de son employeur pour qu'elle présente un titre de séjour et qui demande qu'une astreinte soit prononcée à l'encontre de la préfecture du Val-de-Marne pour la délivrance de son récépissé

La préfète du Val-de-Marne, dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A B, ressortissante russe né le 23 septembre 1986 à Moscou, a été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans, délivrée par la préfète du Val-de-Marne et valable jusqu'au 19 octobre 2024. Ayant conclu à Paris (75018), le 25 septembre 2020, un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français avec qui elle a eu deux enfants nés en décembre 2021 et octobre 2023, elle a transmis, par un courrier reçu par le service le 2 septembre 2024, à la préfète du Val-de-Marne (sous-préfecture de Nogent-sur-Marne) son dossier de renouvellement de son titre de séjour. Elle n'a eu aucune réponse avant la date d'expiration de celui-ci, de sorte que son contrat de travail auprès de la société " JC Decaux Airport Paris ", en qualité de responsable projets évènementiels, a été suspendu à compter du 20 octobre 2024. Par une requête enregistrée le 21 octobre 2024, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 de ce code et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.

Sur l'urgence

4. En l'espèce, Madame B, résidente régulière en France depuis septembre 2017, et titulaire en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans en qualité de partenaire d'un ressortissant français, a vu son contrat de travail suspendu en raison de l'absence de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour à l'échéance de son précédent titre. La condition d'urgence particulière de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est donc satisfaite.

Sur l'atteinte grave à une liberté fondamentale

5. Aux termes d'une part de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ".

6. Aux termes d'autre part de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet " ; et de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

7. En l'espèce, il n'est pas contesté par la préfète du Val-de-Marne, qui n'a présenté aucun mémoire en défense et n'était pas représentée à l'audience, que le dossier de renouvellement de son titre de séjour pluriannuel déposée par la requérante le 2 septembre 2024 était complet et qu'elle avait donc droit à la remise d'un récépissé de demande de renouvellement de ce titre valable le temps de l'instruction de sa demande et que l'absence de délivrance de ce document a entraîné la suspension de son contrat de travail et de la rémunération qui y est attachée.

8. Dans ces conditions, Madame B étant fondée à soutenir que l'absence de délivrance du récépissé, auquel elle a droit en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au travail, et il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne (sous-préfecture de Nogent-sur-Marne) de la convoquer et de lui remettre, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présent ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai de trois jours, un récépissé de demande de renouvellement d'un titre de séjour portant autorisation de travail, qui devra être valable au moins jusqu'au 2 janvier 2025, date d'expiration du délai de quatre mois mentionné à l'article R. 432-2 du même code et au terme duquel nait une décision implicite de rejet.

Sur les frais irrépétibles :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de L'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1.500 euros à verser à Madame B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne (sous-préfecture de Nogent-sur-Marne) de convoquer Madame A B et de lui remettre, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai de trois jours, un récépissé de demande de renouvellement d'un titre de séjour portant autorisation de travail.

Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1.500 euros à Madame B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2412991

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