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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2413137

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413137

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2413137
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantVAN ELSLANDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Genies, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté n° 2024-484 du 18 octobre 2024 par lequel le maire de la commune de Dammarie-lès-Lys a mis en demeure de quitter les lieux les occupants illégalement installés sur le terrain situé au 951 quai Voltaire à Dammarie-lès-Lys ;

2°) de suspendre la décision du 22 octobre 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a octroyé le concours de la force publique pour l'éviction des occupants illégalement installés

951 quai Voltaire à Dammarie-lès-Lys ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dammarie-lès-Lys la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est remplie dès lors que les occupants du terrain sont sommés de quitter les lieux dans un délai de 48 heures alors qu'aucune solution de relogement ou d'hébergement ne leur a été proposée ;

- cette mesure porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont le droit de mener une vie familiale normale, protégé par l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, le droit de ne pas subir une discrimination liée à son appartenance vraie ou supposée à une communauté, protégé par les articles 3 et 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et les droits de la défense.

Par un mémoire en défense, enregistré 25 octobre 2024, la commune de

Dammarie-lès-Lys, représentée par Me Van Elslande, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 3 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant dès lors qu'il ne justifie pas être occupant de la parcelle située 951 quai Voltaire à Dammarie-lès-Lys ;

- la condition relative à l'urgence n'est pas remplie, le requérant ne justifiant pas de la nécessité qu'une mesure soit prise dans un délai de quarante-huit heures ;

- l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte grave et illégale au droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- il est fondé sur la nécessité de préserver l'ordre, la sécurité et la santé publics dès lors que le terrain concerné a accueilli des activités industrielles qui ont engendré une accumulation de scories de fonderie sur le site ainsi qu'une pollution saline, nécessitant la surveillance des eaux souterraines ; des travaux de réhabilitation doivent être réalisés ;

- le campement actuel, qui accueille 150 personnes, présente un risque pour la santé, la sécurité et la salubrité publiques dès lors qu'ont été constatés des branchements électriques sauvages, l'absence de commodités, de sanitaires et de dispositifs d'évacuation des eaux usées, l'accumulation de déchets et de bouteilles de gaz et un risque de présence de rongeurs ;

- si le requérant soutient que la mesure contestée est discriminatoire, cette affirmation n'est pas étayée ;

- l'arrêté attaqué ne constituant pas une décision individuelle, il n'avait pas à être motivé et la procédure contradictoire préalable n'était pas applicable.

Par un mémoire en défense enregistré 25 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence n'est pas remplie, dès lors qu'aucune obligation de reloger les intéressés n'incombe à la commune et que des places sont disponibles sur les aires d'accueil du département ;

- le requérant ne démontre pas l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ;

- le délai de 48 heures qui a été accordé n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le maire était compétent pour prendre l'arrêté attaqué en vertu de son pouvoir de police générale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jean, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Jean ;

- les observations de Me Genies, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il soutient, en outre, que le requérant justifie d'un intérêt à agir et fait plus particulièrement valoir que l'urgence est caractérisée compte tenu du délai de

48 heures impartis aux occupants pour évacuer lieux et du fait que le préfet a d'ors et déjà accordé le concours de la force publique ; il est porté une atteinte grave et manifestement illégale aux droits de la défense dès lors que la procédure spécifique prévue par la loi du 5 juillet 2000 n'a pas été mise en œuvre ; le préfet admet que l'EPCI n'est plus en conformité avec le schéma départemental d'accueil des gens du voyage depuis le 21 juillet 2024 ; les places disponibles sur les aires d'accueil du département sont dispersées et ne peuvent accueillir l'intégralité des caravanes ; aucune solution de relogement n'a été proposée ; une grande partie du site a déjà été remise en état ; le camp est propre et les poubelles ont été enlevées le matin même ; le préfet n'a pas défendu s'agissant de la décision octroyant le concours de la force publique ;

- et les observations de Me Van Elslande, représentant de la commune de

Dammarie-lès-Lys, qui reprend les moyens du mémoire en défense et fait plus particulièrement valoir que l'arrêté du 18 octobre 2024 ne porte atteinte à aucune liberté fondamentale dès lors notamment qu'il n'existe pas d'obligation de relogement applicable gens du voyage et qu'il n'y a pas d'atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant ; l'arrêté litigieux est fondé non sur la loi du 5 juillet 2000 mais sur le pouvoir général de police administrative du maire ; le terrain a accueilli des activités industrielles qui ont engendré une pollution justifiant un contrôle régulier de la part de la part de plusieurs administrations et en particulier la surveillance des eaux souterraines ; des travaux de réhabilitation doivent être réalisés à compter de janvier 2025 ; la présence des occupants rend impossibles le contrôle des eaux souterraines et les travaux de réhabilitation ; le maire n'avait d'autres alternatives : la mesure est proportionnée.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 octobre 2024, le maire de Dammarie-lès-Lys a mis en demeure les occupants d'un terrain situé 951 quai Voltaire sur le territoire de la commune, d'évacuer les lieux dans un délai de 48 heures. Par décision du 22 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne a octroyé le concours de la force publique pour l'éviction des occupants illégalement installés

951 quai Voltaire à Dammarie-lès-Lys. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de ces deux décisions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure () ". Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. / Il informe d'urgence le représentant de l'Etat dans le département et lui fait connaître les mesures qu'il a prescrites ". Le maire peut, sur le fondement de ces dispositions, mettre en demeure les habitants d'un terrain situé dans la commune de le quitter lorsque cette mesure est nécessitée par le danger grave ou imminent que cette occupation fait peser sur eux-mêmes ou sur des tiers.

4. Il résulte du rapport de constatation, établi par les services de la police municipale de Dammarie-lès-Lys le 29 septembre 2024, que soixante-cinq caravanes et quatre-vingt-douze véhicules appartenant à la communauté des gens du voyage se sont installés sur le site de l'entreprise Rio Tinto, quai Voltaire à Dammarie-lès-Lys, les occupants ayant déclaré être arrivés le jour même. Par un arrêté du 18 octobre 2024, édicté sur le fondement des articles L. 2212-1, L. 2212-2 et suivants du code général des collectivités territoriales, le maire de Dammarie-lès-Lys a mis en demeure les occupants sans titre de ce terrain d'évacuer les lieux dans un délai de 48 heures, au motif que leur présence non autorisée présentait un risque grave et caractérisé pour la santé, la sécurité et la salubrité publiques.

5. Il résulte de l'instruction que le terrain situé 951 quai Voltaire sur le territoire de la commune de Dammarie-lès-Lys et dont est propriétaire la société Pechiney Bâtiment, a été le siège d'activités industrielles polluantes, telles que l'exploitation d'une fonderie de lingots d'aluminium, le broyage de câbles électriques gainés, le regroupement et le stockage de déchets métalliques. Par arrêté préfectoral du 8 octobre 1991, l'exploitant du site a été autorisé à créer une alvéole de stockage, destinée à recevoir des scories de fonderie. L'étanchéité de cette installation et les eaux souterraines sont périodiquement contrôlées afin notamment d'éviter toute pollution du réseau hydrogéologique. Le site fait ainsi l'objet d'une surveillance régulière de la part de l'autorité préfectorale, de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie et au titre de la réglementation sur les installations classées. La commune a également précisé à l'audience que, si le site a déjà été partiellement réhabilité, des travaux de réhabilitation de l'alvéole de stockage des scories salines, laquelle présente un défaut d'étanchéité, doivent débuter au début de l'année 2025, conformément à l'arrêté préfectoral n° 2024-41/DCSE/BPE/IC du 22 octobre 2024 portant prescriptions complémentaires relatives à la réhabilitation du site de la société Pechiney Bâtiment sis à Dammarie-lès-Lys. Par conséquent, la libération du terrain litigieux est indispensable, tant pour y effectuer les contrôles périodiques relatifs à la qualité des eaux souterraines, que pour la mise en œuvre des travaux de réhabilitation.

6. Le requérant soutient que la décision contestée est de nature à porter atteinte à sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle révèle une discrimination liée à l'appartenance du requérant et de son groupe à la communauté des gens du voyage et méconnaît les droits de la défense en l'absence de toute procédure contradictoire préalable. Toutefois, il est constant, d'une part, que la décision contestée a été prise en raison des risques importants de pollution des sols et des eaux souterraines menaçant santé et la sécurité des occupants du site et des riverains et, d'autre part, que les occupants ne sont installés sur les lieux que depuis le 29 septembre 2024 et que des places sont disponibles en nombre suffisant sur les aires d'accueil du département pour accueillir toutes les résidences mobiles installées sur le site.

7. Ainsi, compte tenu de la gravité des risques encourus, auxquels il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, que des mesures autres qu'une évacuation des lieux puissent mettre fin, la mesure en cause apparaît proportionnée aux dangers qu'elle entend prévenir. Dans ces conditions, l'arrêté du 18 octobre 2024, qui n'avait pas à être précédé d'une procédure contradictoire et qui ne révèle par ailleurs aucune discrimination à l'égard du requérant ou de son groupe, et alors même qu'il implique le départ des occupants du terrain litigieux, ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à la vie privée et familiale du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir invoquée par la commune, que les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'arrêté 18 octobre 2024 et de la décision du 22 octobre 2024 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Dammarie-lès-Lys, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de M. A la somme de 800 euros à verser à la commune de Dammarie-lès-Lys au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Dammarie-lès-Lys la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la commune de Dammarie-lès-Lys et au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 28 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé : A. JEANLa greffière,

Signé : O. DUSAUTOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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