vendredi 8 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2413256 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 12ème chambre, éloignement |
| Avocat requérant | SCP DAGNEAU-BACHIMONT & DUQUESNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Dagneau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de renvoi ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;
Il fait valoir que, né en Côte d'Ivoire, il est arrivé en France à l'âge de 15 ans ; ses deux parents sont décédés ; mineur, il a été pris en charge par un foyer à Montreuil ; il a ses attaches affectives et familiales en France ; il est père d'une fille de nationalité française âgée de 13 ans ; il a fait l'objet de 13 placements en rétention administrative mais la Côte d'Ivoire, comme la Mauritanie, la Guinée, le Mali et le Sénégal ont refusé de le reconnaître comme un de leurs ressortissants.
Il soutient que :
- la décision entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît le caractère contradictoire de la procédure préalable garantie par le paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête ;
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
- la délégation de signature est produite ;
- la décision est motivée en fait et en droit ;
- l'intéressé ayant été condamné à une interdiction judiciaire du territoire de 10 ans, n'ayant donné aucune précision quant à sa situation familiale, les moyens tirés du défaut d'examen, de l'erreur d'appréciation et de la violation de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants ;
- la procédure contradictoire a été respectée : il a fait part de ses observations ;
- concernant l'article 3 de la convention, il n'a pas produit d'éléments probants sur la nature des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ; il n'a jamais sollicité l'asile ;
- étant citoyen ivoirien, il ne peut se prévaloir de l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
Vu :
- l'arrêté du 24 octobre 2024 du préfet de Seine-et-Marne ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, inscrit sur la liste prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les recours dont le présent tribunal est saisi en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 8 novembre 2024 en présence de Mme Adelon, greffière d'audience :
- le rapport de M. Guillou, magistrat désigné ;
- les observations de Me Dagneau en présence de M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête mais abandonne les moyens relatifs à l'incompétence, au principe du contradictoire et à l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ; elle soutient en outre qu'il est en France depuis 26 ans ; il a une sœur en France ; il a une fille ; s'il est séparé de la mère de l'enfant, il voit sa fille tous les jours ; elle est scolarisée à Montreuil où il réside avec sa nouvelle compagne ; il a des problèmes de santé qui ont été occultés par la préfecture ; il a des besoins de kinésithérapie ; en cas d'éloignement, il ne connaît personne en Côte d'Ivoire et n'a aucun moyen ; le médecin du CRA aurait saisi l'OFII par deux courriers.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 1er janvier 1983 à Abidjan (Côte d'Ivoire), est entré en France selon ses déclarations en 1999 et se maintient depuis cette date sur le territoire ; Il a fait l'objet d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire par le Tribunal correctionnel de Meaux le 21 octobre 2024. Par arrêté du 24 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 24 octobre 2024.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
2. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. A détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
3. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : /1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; /2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; /3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du
4 novembre 1950 ".
4. L'arrêté du 24 octobre 2024 du préfet de Seine-et-Marne mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et notamment cite la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. A et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de ladite convention : cette décision est par suite suffisamment motivée.
5. Pour les mêmes raisons, il ne ressort pas de cette décision que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant.
6. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. M. A fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il y vit depuis 26 ans, qu'il y possède le centre de ses intérêts privés et familiaux, qu'il a notamment une fille de nationalité française dont il contribue à l'éducation ; mais il ne produit à l'appui de sa requête aucun document sur la continuité de son séjour ; s'il se prévaut de la naissance de sa fille et joint un acte d'état-civil, il n'établit pas qu'il serait en relation avec elle ni qu'il en aurait la garde partagée ou disposerait d'un droit de visite ; il est muet sur ses activités professionnelles. Ainsi le requérant ne justifie pas avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'en fixant la Côte d'Ivoire comme pays de renvoi, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, son état de santé ne l'empêchant pas de voyager.
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. M. A ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de menaces personnelles auxquelles il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Lu en audience publique le 8 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : J-R GuillouLa greffière,
Signé : MD. Adelon
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
MD. Adelon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026