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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2413285

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413285

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2413285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantGARCIA & AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2427911 du 24 octobre 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal, sur le fondement des articles R. 922-4 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 221-3 du code de justice administrative, la requête de M. B A enregistrée au greffe de ce tribunal le 18 octobre 2024.

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a assigné à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il méconnaît le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il n'est pas dans l'impossibilité de quitter le territoire français, que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ne constitue pas une perspective raisonnable et que la fin de sa rétention administrative ne peut en constituer le seul fondement ;

- il méconnaît l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas dans l'impossibilité de quitter le territoire français et qu'il n'a pas sollicité l'autorisation de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet constitue une perspective raisonnable ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne justifie pas de garanties de représentation effectives ;

- il méconnaît l'article R. 733-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il ne pouvait être assigné à résidence dans un périmètre au sein duquel se trouve son ancienne adresse, dont il a été expulsé ;

- il méconnaît les articles L. 732-1 et L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son édiction n'a pas été précédée d'une appréciation de ses garanties de représentation ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel est dépourvu de base légale ;

- il porte une atteinte manifestement grave et illégale à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- et les observations de la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Kerkeni ;

- M. A n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 22 décembre 1997 à Tataouine (Tunisie), fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prise par la préfète du Val-de-Marne le 30 juillet 2024. A compter de cette date, il est placé en rétention administrative, prolongée deux fois par le juge des libertés et de la détention, puis une troisième fois par la cour d'appel de Paris, annulant l'ordonnance du juge des libertés et de la détention. La demande de quatrième prolongation est rejetée par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux le 14 octobre pour irrecevabilité, la cour d'appel de Paris confirmant, par une ordonnance du 16 octobre, l'ordonnance et refusant d'accorder à l'appel du parquet un caractère suspensif en raison de l'irrégularité de la procédure d'appel, de sorte qu'il est mis fin à la rétention le 16 octobre. Par arrêté du 29 septembre 2024 notifié le 16 octobre, dont le requérant demande l'annulation la préfète du Val-de-Marne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation du requérant, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. A en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 731-2 du même code : "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai le 30 juillet 2024 et se déclare de nationalité tunisienne, ne dispose pas de passeport ou de document d'identité en cours de validité, de sorte qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français. De plus, l'autorité administrative justifie avoir saisi, dès le 30 juillet 2024, les autorités consulaires tunisiennes en vue de l'identification du requérant et de la délivrance d'un laissez-passer consulaire. L'audition du requérant, initialement prévue le 30 août, s'est déroulée le 6 septembre. Le 23 septembre, les autorités consulaires tunisiennes, relancées par l'autorité administrative, informaient cette dernière être toujours dans l'attente de la réponse des services de l'état civil tunisien concernant l'identification du requérant. Ainsi, à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, le 29 septembre 2024, l'éloignement du requérant demeurait une perspective raisonnable, étant par ailleurs relevé que la cour d'appel de Paris, se fondant sur les diligences accomplies par l'autorité administrative, a considéré, le 1er octobre 2024, que l'éloignement du requérant demeurait une perspective raisonnable et accordé une troisième prolongation de la rétention administrative de M. A, annulant l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux qui l'avait refusée. De plus, contrairement à ce qui est allégué, il ressort des termes de la décision contestée, prise le 29 septembre 2024, qu'elle est fondée sur les conditions prévues par l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur la fin de la rétention du requérant, intervenue le 16 octobre suivant. Enfin, si M. A soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une assignation à résidence dès lors qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes, ne disposant ni d'un document de voyage ou d'identité en cours de validité, ni d'une adresse, la circonstance qu'il ne disposerait pas de garanties de représentation effectives est sans incidence sur le bien-fondé de la décision d'assignation à résidence dans la mesure où l'existence de ces garanties ne constitue pas une des conditions propres à justifier une telle mesure en vertu des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, l'arrêté en litige étant fondé sur l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 731-3 du même code, qui n'en constitue pas la base légale. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

8. Si le requérant soutient qu'il ne pouvait être assigné dans un périmètre déterminé par référence à son ancienne adresse, de laquelle il a été expulsé, il ne produit aucune pièce permettant d'établir la réalité et la date de cette expulsion, alors qu'il ressort des pièces du dossier et des déclarations à l'audience du conseil de la préfète du Val-de-Marne qu'il a toujours déclaré comme adresse celle mentionnée par l'arrêté contesté. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En sixième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

10. L'arrêté contesté ayant été pris sur le fondement de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A peut utilement exciper de son illégalité. Toutefois, cet article, pris non pour la seule application de l'article L. 731-2 mais aussi pour celles des articles L. 731-1 et L. 731-3 à L. 731-5, lesquels prévoient les différents cas dans lesquels un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement régie par le livre VI peut être assigné à résidence, a ce faisant vocation à préciser les conditions dans lesquelles l'autorité administrative fixe les modalités de la décision d'assignation à résidence. Et le requérant n'établit pas en quoi les dispositions de cet article seraient contraires aux dispositions législatives pour l'application desquelles il a été édicté, la seule circonstance qu'il prévoie des modalités d'assignation à résidence restrictives de la liberté d'aller et venir ne suffisant pas à établir son illégalité dès lors que de telles restrictions sont précisément l'objet d'une décision d'assignation à résidence. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En septième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel régit les assignations à résidence prises en vue de l'exécution d'une décision de transfert et non celles prises, comme en l'espèce, en vue de l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En huitième et dernier lieu, le requérant se borne à soutenir qu'une décision d'assignation à résidence porte, par principe et quelles que soient ses modalités, une atteinte grave et illégale à la liberté d'aller et venir. Ce faisant, il n'établit pas le caractère disproportionné de la décision contestée. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2413285

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