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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2413689

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413689

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2413689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET LANDOT & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution des permis de construire délivrés par le maire de Saint-Maur-des-Fossés à M. H et Mme B. Les requérants, voisins immédiats, contestaient la légalité des autorisations en invoquant notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de recours à un architecte, une fraude et une méconnaissance du plan local d'urbanisme intercommunal. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les travaux ayant débuté mais ne présentant pas un caractère d'urgence justifiant la suspension, et qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées. La requête a été rejetée, et les requérants ont été condamnés à verser 1 500 euros à la commune au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 et 19 novembre 2024, M. G et Mme D C, représentés par Me Bollani, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le maire de Saint-Maur-des-Fossés a accordé un permis de construire à M. H et Mme B, ainsi que de l'arrêté de la même autorité en date du 10 juin 2024 portant permis de construire rectificatif et de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Maur-des-Fossés la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête en annulation des actes en litige est recevable, dès lors que, d'une part, ils y ont joint leur titre de propriété du bien cadastré section EN n° 115, situé 6 rue Chevalier à Saint-Maur-des-Fossés, d'autre part, ils ont intérêt à agir contre ces actes en leur qualité de voisins immédiats et en raison de l'existence d'une vue directe depuis leur bien sur le projet de construction des pétitionnaires, de la proximité avec leur bien de ce projet, de l'importance des travaux de démolition et de construction que celui-ci implique et des nuisances sonores et visuelles qui en résulteront ;

- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : l'urgence est présumée en cas de demande de suspension de l'exécution d'une autorisation d'urbanisme ; en outre, d'une part, les travaux projetés présentent un caractère difficilement réversible et ont débuté ; d'autre part, le projet en litige porte une atteinte grave et immédiate à leurs intérêts de voisins immédiats, en ce qu'il implique des nuisances sonores et visuelles ainsi que d'importants travaux de démolition-reconstruction ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des actes en litige pour les raisons suivantes :

* l'arrêté du 5 juin 2024 a été signé par une autorité incompétente, faute pour celle-ci d'avoir reçu à cet effet une délégation du maire de Saint-Maur-des-Fossés devenue exécutoire ;

* l'obligation de recourir à un architecte dit A prévue aux articles L. 431-1 et suivants et R. 431-2 du code de l'urbanisme pour les projets de plus de 150 m² de surface de plancher après travaux n'a pas été respectée, dès lors que le projet architectural des pétitionnaires, qui conduit à une surface de plancher après travaux de 185,44 m², a été établi par un architecte non habilité à établir des projets architecturaux pour des demandes de permis de construire ;

* le permis de construire en litige a été obtenu par fraude, dès lors que les pétitionnaires ont présenté leur projet comme portant sur l'extension et la surélévation d'une construction existante, alors qu'il porte en réalité sur une opération de démolition/reconstruction au sens du 3 des dispositions applicables à Saint-Maur-des-Fossés de l'article UP.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, dans le seul but d'échapper à l'application des dispositions relatives aux constructions nouvelles ;

* le projet en litige, qui doit s'analyser comme portant non pas sur l'extension et la surélévation d'une construction existante mais sur une construction nouvelle, à la fois parce que la surface de plancher qu'il crée est supérieure à la surface de plancher existante et parce qu'il constitue, en raison des démolitions qu'il implique et qui ont déjà été réalisées, une opération de démolition/reconstruction, n'est pas conforme aux prescriptions du 3 des dispositions applicables à l'ensemble de la zone UP à Saint-Maur-des-Fossés de l'article UP.6 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, dès lors qu'il prévoit l'exécution de travaux au-delà de la bande de constructibilité définie par ces prescriptions et qu'il ne relève d'aucune des exceptions au principe d'inconstructibilité au-delà de cette bande ; cette non-conformité ne saurait être régularisée par un permis de construire modificatif ;

* à supposer que le projet en litige puisse être regardé comme portant sur l'extension et la surélévation d'une construction existante, il ne serait alors pas conforme, en premier lieu, aux dispositions applicables à Saint-Maur-des-Fossés de l'article UP.6 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, dès lors que, premièrement, la construction existante est intégralement située au-delà de la bande de constructibilité d'une profondeur de 20 m comptés depuis l'alignement avec l'emprise publique et pour partie seulement dans la bande de 25 m de profondeur comptés perpendiculairement à l'alignement, deuxièmement, la fermeture du balcon filant situé au premier étage de la construction existante entraîne une extension d'une surface de plancher de 41 m² au-delà de la bande de 25 m de profondeur comptés perpendiculairement à l'alignement, enfin, cette extension comporte plus d'un niveau, en second lieu, aux prescriptions du 1 du V des dispositions particulières applicables à Saint-Maur-des-Fossés de l'article UP.7 du même règlement, dès lors que l'extension au sol qu'il prévoit n'est pas réalisée dans le prolongement des murs existants et réduit le retrait de l'angle sud-est de la construction existante par rapport à la limite séparative de 3,84 m à 3m.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2024, la commune de Saint-Maur-des-Fossés, représentée par la SELARL Landot et Associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. et Mme C de la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que ses auteurs n'ont pas intérêt à agir ;

- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

- aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des actes en litige.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre, M. E H et Mme F B, représentés par Me Deffairi, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. et Mme C de la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;

- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

- aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des actes en litige.

Vu :

- la requête n° 2413480 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 20 novembre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de M. Zanella ;

- les observations de Me Lovera, substituant Me Bollani, représentant M. et Mme C, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en ajoutant ou en précisant que :

* en ce qui concerne l'intérêt à agir : le projet en litige est important par sa hauteur ; il prévoit par ailleurs la création d'une piscine ; le commissaire de justice mandaté par les requérants n'a dû monter sur un escabeau que pour constater la présence d'outils sur le terrain d'assiette du projet en litige ; les dernières prises de vues produites ont été réalisées sans avoir besoin d'utiliser un escabeau ; la présence d'une végétation peu dense, composée de quelques arbres, ne remet pas en cause l'existence d'une vue directe ;

* en ce qui concerne l'urgence : les travaux continuent ; les pétitionnaires peuvent se loger autrement ;

* en ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité des actes en litige : la surface de plancher de l'annexe doit être prise en compte dans le calcul de la surface de plancher créée, dès lors que cette annexe est attenante à l'extension projetée et en fait donc partie ; les photographies produites montrent que les murs existants ne sont pas renforcés mais démolis, de sorte qu'il ne peut y avoir d'extension ou de surélévation de la construction existante dans leur prolongement ;

- les observations de Me Poiré, agissant pour la SELARL Landot et Associés, représentant la commune de Saint-Maur-des-Fossés, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs, en ajoutant ou en précisant que :

* l'annexe projetée étant implantée en fond de parcelle de façon non contiguë à la construction principale, sa surface de plancher, égale à 15 m², n'a pas à être prise en compte dans le calcul de la surface de plancher créée par l'extension ;

* le 3 des dispositions applicables à Saint-Maur-des-Fossés de l'article UP.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois n'impose que la conservation des murs porteurs ;

* les photographies produites sont insuffisamment précises ;

- et les observations de Me Deffairi, représentant M. H et Mme B, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, en ajoutant ou en précisant que :

* en ce qui concerne l'intérêt à agir : le projet en litige permet l'embellissement d'une construction existant en second rang par rapport à la voie ;

* en ce qui concerne l'urgence : les requérants s'acharnent à s'opposer au projet en litige ;

* en ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité des actes en litige : les photographies produites n'ont pas été prises de façon contradictoire ;

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Par un arrêté du 5 juin 2024, le maire de Saint-Maur-des-Fossés a accordé un permis de construire à M. H et Mme B pour l'exécution de travaux de surélévation et d'extension d'une maison individuelle existante, ainsi que de construction d'une piscine et d'une annexe, sur le terrain cadastré section EN n° 149, situé 4 rue Chevalier, en zone UP du plan local d'urbanisme intercommunal de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois. La requête de M. et Mme C tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de cet arrêté, ainsi que de l'arrêté portant permis de construire rectificatif en date du 10 juin 2024, qui en a rectifié les mentions relatives à l'identité et au lieu de résidence des pétitionnaires, et de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par les intéressés le 29 juillet 2024.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il n'est pas contesté en défense que M. et Mme C, qui, depuis 2010, sont propriétaires, au 6 rue Chevalier à Saint-Maur-des-Fossés, d'un bien supportant leur maison d'habitation et jouxtant le terrain d'assiette du projet en litige, ont, en l'espèce, la qualité de voisins immédiats. Toutefois, pour justifier de leur intérêt à agir contre le permis de construire délivré le 5 juin 2024 à M. H et Mme B, les requérants font état, outre cette qualité, de la proximité de la maison existante à étendre et à surélever, située à moins de 20 m de leur propre maison, de la hauteur de la construction projetée, de l'existence d'une vue directe sur cette construction, de l'importance des travaux de démolition et de construction à réaliser, des nuisances sonores et visuelles résultant du projet en litige et de la circonstance que celui-ci comprend la création d'une piscine. Or, il résulte de l'instruction que la surface de plancher existante de la maison individuelle à étendre et surélever est de 86,75 m² et qu'elle sera accrue, après travaux, de seulement 83,79 m². Il en résulte également que, quelles que soient la hauteur de la construction projetée et l'ampleur des travaux qu'implique sa réalisation, les requérants n'ont de vue directe sur cette construction ni depuis leur maison, eu égard à la configuration des lieux, ni depuis leur jardin, en raison de la clôture qui borde celui-ci, les photographies versées au dossier n'ayant d'ailleurs pu être prises qu'en utilisant un escabeau. Enfin, les seules nuisances sonores ou visuelles auxquelles les requérants font référence sont liées aux travaux nécessaires à la réalisation de la construction projetée, et non à cette construction elle-même. Dans ces conditions, M. et Mme C ne peuvent être regardés, en l'état de l'instruction, comme faisant état d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet en litige suffisants pour que leur soit reconnu un intérêt à agir contre le permis de construire qu'ils attaquent. Par suite, leur requête est, ainsi que le soutiennent la commune de Saint-Maur-des-Fossés et M. H et Mme B, irrecevable.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme C doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants deux sommes de 1 000 euros à verser, l'une, à la commune de Saint-Maur-des-Fossés, l'autre, à M. H et Mme B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront une somme de 1 000 euros à la commune de Saint-Maur-des-Fossés au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. et Mme C verseront une somme de 1 000 euros à M. H et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G et Mme D C, à la commune de Saint-Maur-des-Fossés et à M. E H et Mme F B.

Fait à Melun, le 16 décembre 2024.

Le juge des référés,

P. ZANELLALa greffière

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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