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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2413713

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413713

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2413713
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, concerne la demande de Mme A, ressortissante malgache, visant à obtenir un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction suite au renouvellement de sa carte de séjour "étudiant". Le juge des référés a reconnu l'urgence, car l'absence de ce document a entraîné la suspension de son contrat d'apprentissage et de ses droits sociaux, portant une atteinte grave à sa liberté fondamentale de travailler et de mener une vie privée. En application des articles R. 431-15-1 et R. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Mme A une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de quarante-huit heures.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Vasram, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer, dans un délai de quarante-huit heures à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction lui permettant de justifier de la régularité de son séjour dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 7 novembre 2024 à 10h00 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-les observations de Me Vasram, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

2. Mme A, qui, de nationalité malgache, était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 29 octobre 2023 au 28 octobre 2024, a déposé une demande de renouvellement de cette carte le 27 août 2024 au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dénommé " ANEF ". Sa requête tend, à titre principal, à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation de l'instruction de cette demande.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. D'une part, l'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale dans les quarante-huit heures.

4. Mme A, qui est inscrite, au titre de l'année scolaire 2024-2025, à une formation en alternance conduisant au diplôme supérieur de comptabilité et de gestion, fait notamment valoir, sans être contredite, la préfète du Val-de-Marne s'étant abstenue de produire un mémoire en défense et/ou de se faire représenter à l'audience, qu'à défaut d'avoir été mise en possession, après l'expiration de son dernier titre de séjour, d'un document provisoire de séjour lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et d'exercer une activité professionnelle durant l'instruction de sa demande de renouvellement de ce titre, son contrat d'apprentissage est suspendu depuis le 28 octobre 2024 et qu'elle se trouve ainsi privée de la seule source de revenus lui permettant de subvenir à ses besoins, alors que ses droits aux prestations sociales ont eux aussi été suspendus par la caisse d'allocations familiales du fait de l'irrégularité actuelle de son séjour en France. Elle doit par suite être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme justifiant de l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. D'autre part, aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise []. " Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-15-2 du même code : " L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur. "

6. La demande de renouvellement de titre de séjour mentionnée au point 2, qui porte sur une carte de séjour temporaire ouvrant droit, en vertu des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle, a été déposée entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour précédant l'expiration du titre en cause, soit dans le délai prévu au 1° de l'article R. 431-5 du même code, et il n'est pas établi en défense, ni même allégué, qu'elle serait incomplète. Dans ces conditions, si la préfète du Val-de-Marne n'était pas tenue de remettre à Mme A un récépissé de cette demande, dès lors qu'il résulte de la combinaison de l'ensemble des dispositions de la section 5 du chapitre I du titre III de la partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un tel document provisoire n'est susceptible d'être remis qu'à la suite d'une demande présentée sans recourir au téléservice ANEF, elle était revanche tenue, par les dispositions de l'article R. 431-15-1 du même code citées au point précédent, de mettre à la disposition de l'intéressée, via ce téléservice et à compter du 29 octobre 2024, une attestation de prolongation de l'instruction de ladite demande. Il s'ensuit qu'en s'abstenant de le faire et en faisant ainsi obstacle à la poursuite de l'activité professionnelle qu'implique nécessairement la formation en alternance suivie par la requérante, elle a porté une atteinte grave et manifestement illégale à l'une des deux libertés fondamentales dont celle-ci se prévaut en l'espèce, à savoir la liberté du travail.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Mme A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, et ce, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

9. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er :Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Mme A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions de la requête de Mme A sont rejetées pour le surplus.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 7 novembre 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. ZanellaLa greffière,

Signé : S. AubretLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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