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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2413743

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413743

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2413743
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal administratif de Melun rejette la requête en référé liberté (article L. 521-2 du code de justice administrative) de Mme A B, ressortissante colombienne, qui demandait à se voir délivrer un titre de séjour ou un récépissé. La requérante invoquait une atteinte grave à ses libertés et à l'intérêt supérieur de son enfant français en raison du non-renouvellement de son récépissé par la préfecture du Val-de-Marne. Le juge des référés estime que la condition d'urgence n'est pas caractérisée, faute pour la requérante d'avoir précisé sa situation administrative depuis son entrée en France. Il rappelle que le silence de l'administration vaut décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, conformément aux articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2024, Mme C A B, représentée par Me Carrillo Cruz, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfecture territorialement compétente de lui attribuer un

rendez-vous afin de lui délivrer son titre de séjour, ou à défaut un récépissé, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'acceptation d'une demande de titre de séjour par l'administration préfectorale implique la reconnaissance par cette dernière du droit de la personne à résider sur le territoire français, éliminant toute possibilité de refus implicite de cette demande de titre ;

- l'inertie de la préfecture du Val-de-Marne la place dans une situation de grande précarité et porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de son enfant et à sa dignité humaine, dès lors qu'elle la prive des allocations familiales et ne lui permet pas davantage de percevoir la pension alimentaire distribuée par la caisse d'allocations familiales pour le compte de son fils, de nationalité française ;

- elle porte également atteinte à ses libertés d'aller et venir et de travailler, alors que le récépissé arrivé à expiration sans renouvellement l'autorisait à travailler ;

- le silence des services préfectoraux est contraire à son droit de voir sa demande examinée dans un délai raisonnable ;

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'en conséquence du

non-renouvellement de son récépissé, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a cessé de lui verser les allocations familiales et la pension alimentaire versée par le père de son fils, tandis qu'elle ne perçoit également plus l'aide alimentaire dont elle a bénéficié de la part du département du Val-de-Marne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des

étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

4. Mme A B, ressortissante colombienne née le 30 août 1991 à Pereira (Colombie), entrée en France le 9 juin 2016, a obtenu le 24 mai 2023 un rendez-vous pour le dépôt d'une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de mère d'un enfant français. Le récépissé dont la requérante a été mise en possession à cette occasion est arrivé à expiration le 23 novembre 2023, sans avoir été renouvelé. Mme A B demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de lui délivrer sans délai son titre de séjour ou un nouveau récépissé.

5. Toutefois, alors que Mme A B n'apporte aucune précision sur sa situation administrative et son parcours depuis son entrée en France le 9 juin 2016, la requérante ne saurait valablement se prévaloir de l'impossibilité dans laquelle la préfète du Val-de-Marne se trouverait de rejeter sa demande de titre de séjour, alors qu'à l'inverse, il ressort des termes des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que cette demande, enregistrée le

24 mai 2023, doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, née du silence gardé par l'autorité préfectorale pendant quatre mois et révélée par le non-renouvellement du récépissé délivré à Mme A B. Une telle décision implicite est susceptible, le cas échéant, d'une requête fondée sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans de telles conditions, l'absence de renouvellement du récépissé délivré à Mme A B ne saurait s'analyser comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A B sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme. C A B.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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