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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2414533

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414533

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantMOULA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2024, M. E G C, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Bouchoucha, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire et a fixé le pays à des destination duquel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois ;

3°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;

Il soutient que la décision :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- méconnaît l'article 41-1 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- méconnaît l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de police, représenté par Me Zerad, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 27 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binet, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la tardiveté de la requête relative à l'arrêté du 23 octobre 2023 ;

- et les observations de Me Bouchoucha, représentant M. C assisté de M. B, interprète assermenté en langue arabe, qui précise la requête ne comprend aucune demande d'annulation de l'arrêté du 23 octobre 2023 ; et maintient le moyen relatif à l'incompétence du signataire de l'acte, celui relatif à l'erreur de droit en l'absence de menace à l'ordre public, celui relatif à l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- M. C assisté de M. B, interprète assermenté en langue arabe, qui indique qu'il travaille en France et qu'il souhaite présenter une demande de titre de séjour ;

- et Me Zerad, représentant le préfet de police, absent, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

La clôture d'instruction a été prononcée dans les conditions prévues à l'article R.922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, a fait l'objet d'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire et a fixé le pays à des destination duquel il pourrait être éloigné d'office. Par un arrêté du 20 novembre 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

2. Aux termes de l'article L.922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. C détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, compte-tenu des demandes formulées à l'audience, il n'y a plus de lieu à statuer sur la demande d'annulation de l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire et a fixé le pays à des destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

4. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2024-00924 du 8 juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné à Mme A D délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des actes attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

6. La décision attaquée indique que M. C déclare être sur le territoire depuis trois ans, qu'il est célibataire et sans enfant, qu'il s'est soustrait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 23 octobre 2023. En outre, la décision retient que l'intéressé représente une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été signalé pour des faits de vol dans un lieu d'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs qu'il ne conteste pas. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. C soutient que sa vie privée et familiale est établie en France dès lors qu'il y travaille depuis son arrivée, il ne conteste pas être célibataire et sans enfant à charge. La seule attestation d'hébergement qu'il produit ne permet de considérer qu'il dispose d'une vie personnelle et familiale établie en France. Par suite, alors qu'il ne justifie pas que des circonstances humanitaires, au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faisaient obstacle à l'édiction à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les stipulations citées au point précédent ou aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. Si le requérant soutient qu'il encourt des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Ainsi, le moyen tiré de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

14. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet de police.

Le magistrat désigné,

Signé : D. BINET

La greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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