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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2414700

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414700

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414700
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A, ressortissante libanaise, qui demandait qu'il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour. La requérante soutenait que l'absence de ce document portait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'aller et venir. Le tribunal a considéré que la convocation de Mme A par la préfecture pour le relevé de ses empreintes digitales, préalable à la délivrance du récépissé, faisait obstacle à ce que la condition d'urgence soit regardée comme remplie. La solution retenue est fondée sur les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2024, Mme B A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le comportement de la préfecture du Val-de-Marne, qu'elle a alertée à de nombreuses reprises, a des conséquences extrêmement graves sur sa vie, alors que la délivrance d'un récépissé est prévue par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'absence de justificatif de la régularité de son séjour porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'aller et venir, protégé par les stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 2 du Protocole additionnel n° 4 à cette convention ;

- la préfecture du Val-de-Marne méconnaît les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit qu'un ressortissant étranger sollicitant l'obtention d'un titre de séjour a le droit d'obtenir un récépissé assorti d'une autorisation de travail ;

- elle est bloquée dans l'ensemble de ses démarches administratives et se trouve dans l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle, ce qui la place dans une situation de grande précarité administrative et financière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet du

Val-de-Marne, représenté par Me Termeau, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête, et à titre subsidiaire à son rejet.

Il fait valoir que Mme A a été convoquée le 9 décembre 2024 à 11h pour le relevé de ses empreintes digitales, afin de finaliser l'instruction de son dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 29 novembre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- les observations de Mme A, qui soutient en outre qu'elle reste sans document justificatif de la régularité de son séjour depuis la fin du mois de septembre alors qu'elle a présenté sa demande de titre dans les délais ;

- et les observations de Me Kao, représentant le préfet du Val-de-Marne, qui fait valoir en outre que Mme A est convoquée pour le relevé de ses données biométriques et qu'un récépissé lui sera délivré à cette occasion.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante libanaise née le 24 janvier 1999, entrée en France au cours de l'année 2017, a bénéficié en dernier lieu d'une carte de séjour temporaire mention " étudiant " délivrée le 20 septembre 2023. Le 28 juillet 2024, la requérante a saisi les services de la préfecture du Val-de-Marne d'une demande de renouvellement de ce titre de séjour avec changement de statut vers celui de " recherche d'emploi - création d'entreprise ". Mme A demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de cette demande de titre.

Sur le cadre juridique du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : () 3o Une carte de séjour temporaire () ". Selon l'article R. 431-2 du même code : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Selon l'article R. 431-3 de ce code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture () ". Il ressort des listes fixées par les arrêtés pris pour l'application de ce dernier article que les demandes de titre de séjour mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ", présentées sur le fondement des articles L. 422-8 ou L. 422-10 du même code, doivent être effectuées à la préfecture territorialement compétente.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article

R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ".

4. Enfin, aux termes de l'article R. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

5. Si le préfet du Val-de-Marne fait valoir que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, Mme A a été convoquée pour se présenter le 9 décembre 2024 à 11h00 auprès de ses services afin de réaliser un relevé de ses empreintes digitales, une telle circonstance n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions de la requête dès lors qu'à la date de notification de la présente ordonnance, Mme A demeure dépourvue de justificatif de la régularité de son séjour en France. Il s'ensuit qu'une telle exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion

d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave

et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de

quarante-huit heures ".

7. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.

8. Il résulte de l'instruction que la demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " présentée par Mme A le 28 juillet 2024 a été enregistrée dans le délai de deux mois précédant l'expiration de la carte de séjour temporaire mention " étudiant " dont la requérante bénéficiait jusqu'au

19 septembre 2024. Il s'ensuit qu'en application des dispositions combinées des articles

R. 431-5 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les services de la préfecture du Val-de-Marne étaient tenus de rendre Mme A destinataire d'un récépissé alors que Mme A affirme, sans être contestée en défense, avoir reçu une simple attestation de dépôt de sa demande. Si le préfet du Val-de-Marne fait valoir en dernier lieu que la requérante est convoquée le 9 décembre 2024 pour le relevé de ses empreintes digitales, à la date de la présente ordonnance, Mme A reste dépourvue de tout justificatif de la régularité de son séjour, alors qu'elle démontre avoir réservé des billets d'avion pour se rendre le 16 décembre 2024 à Kigali auprès de son père. Par conséquent, en ne rendant pas la requérante destinataire d'un récépissé, les services de la préfecture du Val-de-Marne portent une atteinte grave et manifestement illégale au droit de Mme A d'aller et venir, constitutif d'une liberté fondamentale.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de faire remettre à Mme A un récépissé ou tout autre justificatif de régularité de séjour autorisant son retour en France, à l'occasion du rendez-vous fixé le 9 décembre 2024.

Sur les frais de justice :

10. Mme A ne justifie pas des frais qu'elle aurait engagés dans le cadre de la présente instance. Il s'ensuit que doivent être rejetées les conclusions de la requérante tendant à ce qu'il soit mis la somme de 500 euros à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne de faire remettre à Mme A un récépissé ou tout autre justificatif de régularité de séjour autorisant son retour en France, à l'occasion du rendez-vous fixé auprès de ses services le 9 décembre 2024.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. LetortLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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