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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2414812

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414812

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414812
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Melun, rendue dans le cadre d’un référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme A. Celle-ci demandait qu’il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Le juge estime que la condition d’urgence n’est pas remplie, faute pour la requérante de justifier de circonstances particulières, alors qu’elle a attendu onze ans après son entrée en France pour entamer ses démarches et n’a effectué qu’une seule relance tardive. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu’il soit besoin d’examiner le bien-fondé de la demande.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Marmin, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, dans un délai de trois semaines à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer, à l'occasion de ce rendez-vous, sous réserve de la complétude de son dossier, un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- elle est entrée en France le 10 février 2012 et y réside depuis lors ; elle a adressé une demande de rendez-vous en préfecture du Val-de-Marne le 23 mai 2023 pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour, et n'a toujours aucun retour ;

- la condition d'urgence est remplie eu égard au délai déraisonnable de plus de dix-huit mois qui s'est écoulé depuis sa demande de rendez-vous ; elle se trouve maintenue en situation irrégulière et sous la menace quotidienne d'un contrôle de police et d'une mesure d'éloignement, ce qui porte atteinte à sa liberté d'aller et venir, alors qu'elle est en droit de voir sa demande de titre de séjour examinée ;

- la mesure sollicitée est utile puisqu'elle est la seule solution pour sortir de l'impasse administrative dans laquelle est placée ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative puisque ni le dépôt d'une demande de titre de séjour ni la délivrance d'un récépissé ne préjugent de la décision qui sera prise sur sa demande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. En l'espèce, il ressort des écritures et des pièces jointes à la requête que Mme A a déposé une demande de rendez-vous en préfecture en vue de solliciter son admission exceptionnelle au séjour le 23 mai 2024. En admettant même que cette demande ait été faite à l'adresse mail et selon les modalités prescrites par la préfecture, elle est intervenue seulement onze années après l'entrée en France alléguée de la requérante, sans que cette dernière ne justifie qu'elle ait été précédée de précédentes démarches engagées en vue de la régularisation de la situation administrative de l'intéressée. Mme A ne justifie en outre que d'une seule tentative de relance, effectuée le 29 novembre 2024, soit dix-huit mois plus tard, qui au surplus n'apparaît pas non plus avoir été engagée conformément aux prescriptions préfectorales. Enfin, il résulte des pièces jointes à la requête que Mme A travaille et dispose d'un logement et l'intéressée n'apporte aucune autre précision l'incidence immédiate que le dysfonctionnement qu'elle allègue pourrait avoir sur sa situation concrète. Au regard de l'ensemble de ces éléments, Mme A ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence et il y a en conséquence lieu de rejeter pour ce motif les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qu'elle présente.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que Mme A présente sur leur fondement à l'encontre de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Melun, le 11 décembre 2024.

La juge des référés,

Signé : C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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