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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2414817

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414817

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMIRGODIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2024, M. A, se disant Amin Haroon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé son maintien en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre l'autorité administrative à procéder sans délai et sous astreinte à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile et de lui fournir les droits prévus par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et un lieu susceptible de l'accueillir ainsi qu'une allocation journalière.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît le respect du principe du contradictoire ;

- il méconnaît le droit au recours effectif ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Meyrignac, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 921-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de la date de l'audience.

L'audience s'est tenue par un moyen de communication audiovisuelle garantissant la confidentialité et la qualité de la transmission, dans les conditions déterminées par l'article

L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les procès-verbaux prévus par le troisième alinéa de ces dispositions ayant été dûment établis.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les observations de Me Saoudi, représentant M. A, se disant Haroon, assisté de M. B interprète en langue pachtou, qui maintient ses conclusions et moyens et soutient qu'il dispose d'un domicile fixe en France comme le démontre l'attestation d'hébergement d'un colocataire, que la motivation est erronée dès lors qu'il a déposé une demande d'asile à son entrée sur le territoire français et une demande de réexamen rejetée en avril 2023 et que l'absence de prise en compte de ces élément justifie la violation du respect du principe du contradictoire.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, se disant Haroon et ressortissant afghan né en 1994, est entré en France en 2019 pour y solliciter l'asile qui lui a été refusé par une décision n° 19051504 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 11 juin 2021, alors que sa demande de réexamen a été jugée irrecevable le 3 février 2023. Il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français et a été placé en rétention administrative par des arrêtés du préfet de la

Seine-Saint-Denis en date respectivement du 28 décembre 2023 et 20 novembre 2024. Il a présenté une demande d'asile après son placement en rétention. Par arrêté du 27 novembre 2024, cette même autorité lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile et l'a maintenu en rétention administrative. Par la requête précitée, l'intéressé demande l'annulation de cet arrêté. Par décision du 6 décembre 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande d'asile.

2. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, cheffe du bureau de l'éloignement, laquelle était compétente pour signer " les décisions de maintien en rétention à la suite du dépôt d'une demande d'asile ", en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Seine-Saint-Denis aux termes de l'arrêté n° 2024-4261 en date du 25 novembre 2024 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne les circonstances de fait particulières au requérant et précise ainsi suffisamment les éléments de droit et de fait sur lesquels il est fondé. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aucune disposition ni aucun principe n'oblige le préfet de la

Seine-Saint-Denis à entendre le demandeur d'asile sur sa demande suivant une procédure contradictoire préalablement à l'édiction d'une décision de maintien en rétention, dans l'attente que l'OFPRA se prononce sur sa situation, dès lors qu'il n'est pas compétent pour statuer sur la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire sollicitée que seule l'OFPRA peut lui accorder. Il en résulte que le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux en ce qu'il n'aurait pas été entendu s'agissant de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine ne peut qu'être écarté. En tout état de cause, le requérant, a été mis à même de faire part de ses observations auprès de l'administration préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux. Enfin, le requérant ne justifie pas d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration.

6. En quatrième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris sa décision au vu des circonstances que l'intéressé a fait l'objet d'un placement en rétention le 20 novembre 2024 et a déposé postérieurement une demande d'asile. Le préfet a en effet estimé que la demande avait été présentée dans le seul but de faire échec à cette mesure d'éloignement, ce qui fondait le maintien en rétention. Le requérant conteste ce point en faisant valoir qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont la demande d'asile initiale et la demande de réexamen ont été rejetées par la CNDA, n'a présenté une nouvelle demande d'asile qu'après son arrivée au centre de rétention administrative, afin d'échapper à la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile est informé, sans délai, de la procédure de demande d'asile, de ses droits et de ses obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ces obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. Cette information lui est communiquée dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

8. Si M. A, se disant Haroon, soutient que l'arrêté contesté ne lui permet pas de déposer un recours effectif devant la CNDA contre la décision de rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 754-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque les conditions du maintien en rétention sont réunies, la demande d'asile est examinée selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du même code. La circonstance qu'en pareil cas le recours exercé devant la CNDA à l'encontre de la décision de l'OFPRA, lorsqu'il rejette la demande d'asile présentée devant lui, ne présente pas un caractère suspensif, ne porte pas en elle-même atteinte au droit au recours des demandeurs d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif doit en tout état de cause être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis au demandeur d'asile un document d'information sur la procédure de demande d'asile, sur ses droits et sur les obligations qu'il doit respecter au cours de la procédure, sur les conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et sur les moyens dont il dispose pour l'aider à introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ce document l'informe également sur ses droits et sur les obligations au regard des conditions d'accueil, ainsi que sur les organisations qui assurent une assistance aux demandeurs d'asile. Cette information se fait dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

10. Il ressort des pièces du dossier que si M. A, se disant Haroon, a signé sans réserve le 24 novembre 2024 un document faisant état de la notification de ses droits en rétention et lui indiquant notamment qu'il dispose d'un délai de cinq jours à compter de la présente notification pour demander l'asile, a déposé une demande d'asile au-delà de ce délai. Si le requérant soutient que le guide du demandeur d'asile prévu à l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui aurait pas été remis, ni ces dispositions, ni les dispositions précitées de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient expressément la remise de ce document aux étrangers sollicitant l'asile après leur placement en rétention. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A, se disant Haroon, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, se disant Amin Haroon, et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : P. MeyrignacLa greffière,

Signé : M-D. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

MD Adelon

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