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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2414832

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414832

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantTOURKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités suisses ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi que l'imprimé lui permettant de saisir l'office français de protection des réfugiés et apatrides.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné Mme Seignat, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Seignat ;

- et les observations de Me Tourki, représentant M. B, absent, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et soutient en outre que l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sri lankais né le 27 décembre 1997, est entré irrégulièrement en France le 31 juillet 2024. Il a déposé une demande d'asile et s'est vu remettre l'attestation correspondante le 17 octobre 2024. A l'issue de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de cette demande d'asile, par arrêté du 5 novembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé le transfert de l'intéressé aux autorités suisses. M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Cette faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par le règlement est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

3. Si M. B soutient qu'en cas de transfert vers la Suisse, il sera renvoyé au Sri Lanka, où il avance être exposé à des traitements inhumains ou dégradants, l'arrêté de transfert attaqué n'a toutefois ni pour objet, ni pour effet de le renvoyer au Sri Lanka. Par ailleurs, la Suisse est un Etat partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit être présumé, en l'absence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile dans ce pays, que la demande d'asile de M. B sera traitée par les autorités suisses dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Si l'intéressé se prévaut de l'existence d'une obligation de quitter le territoire suisse, sans en apporter la preuve au demeurant, il n'est pas établi qu'il ne serait pas en mesure de faire valoir auprès des autorités suisses tout élément nouveau relatif à l'évolution de sa situation personnelle, ni que les autorités suisses n'évalueraient pas d'office les risques réels de mauvais traitements auxquels il serait exposé en cas de renvoi au Sri Lanka. En tout état de cause, M. B n'apporte aucun élément probant permettant d'établir qu'il risquerait de subir personnellement, en Suisse en qualité de demandeur d'asile, ou dans l'éventualité d'un retour dans son pays d'origine, des traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations susmentionnées. Enfin, si l'intéressé se prévaut de la présence de sa fiancée en France, chez qui il déclare vivre, il se borne à produire son titre de séjour. Ainsi, M. B, qui résidait en France depuis deux mois seulement à la date de l'arrêté attaqué ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que le préfet de Seine-et-Marne décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des articles 3 et 17 du règlement du 26 juin 2013. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, le préfet de Seine-et-Marne n'a méconnu ni les dispositions des articles 3 et 17 du règlement du 26 juin 2013 précité, ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Si M. B, entré récemment en France le 31 juillet 2024, déclare vivre avec sa fiancée, compatriote sri lankaise en situation régulière sur le territoire français, il se borne, tel qu'il a été dit précédemment, à produire le titre de séjour de cette dernière. S'il est constant qu'une attestation de vie commune a été établie et présentée à l'appui de la demande d'asile, cette pièce n'est pas versée au dossier. En outre, M. B ne justifie ni de liens personnels, ni d'une quelconque insertion professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

La magistrate,

Signé : D. SEIGNATLa greffière,

Signé : S. AIT MOUSSA

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AIT MOUSSA

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