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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2414847

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414847

mercredi 21 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B E, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet du Val-de-Marne du 19 novembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté suffisamment précis. Il a estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de l'entrée irrégulière et récente de l'intéressé, de sa situation familiale et de son implication dans des faits de stupéfiants. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, fondée sur les articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, M. B E, représenté par Me Hagege, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne ou au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de forme ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît enfin les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Prissette,

- et les observations de Me Rahmouni, représentant le préfet du Val-de-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant tunisien, est entré sur le territoire français le 26 novembre 2019 selon ses déclarations. Par un arrêté du 19 novembre 2024, le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024/03900 du 18 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 209 du même jour, le préfet du Val-de-Marne a donné à M. A D, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation de signature aux fins de signer, notamment, les décisions d'obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".

4. La décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, après avoir rappelé que M. E était entré irrégulièrement en France et qu'il s'y était maintenu depuis lors sans être titulaire d'un titre de séjour, le préfet du Val-de-Marne a relevé que l'intéressé était célibataire, sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux n'étaient pas intenses et stables, notamment eu égard à sa date d'entrée en France en novembre 2019, et a mentionné qu'il avait été interpellé le 18 novembre 2024 pour des faits d'acquisition, détention, transport, usage, offre ou cession de produits stupéfiants et contrefaçon de billets de banque ayant cours légal en France. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France au mois de novembre 2019 et qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du

4 décembre 2019 au 7 février 2020, jour de sa majorité. S'il se prévaut de ce qu'il résidait sur le territoire français depuis près de cinq ans à la date de la décision attaquée, il ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille. En outre, s'il a déclaré lors de son audition par les services de police le 18 novembre 2024 avoir des attaches familiales en France et être hébergé par le mari de sa tante, il ne produit aucune pièce permettant d'établir la réalité de ses liens familiaux sur le territoire français, pas plus qu'il n'établit être dépourvu, ainsi qu'il l'allègue, d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'intéressé, qui ne peut être regardé comme démontrant la stabilité et l'intensité de son insertion professionnelle par la seule production de onze bulletins de salaire sur la période courant de janvier 2021 à avril 2024, ne conteste pas avoir été interpellé le 18 novembre 2024 par les services de police pour des faits d'acquisition, détention, transport, usage, offre ou cession de produits stupéfiants et contrefaçon de billets de banque ayant cours légal en France. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France, la décision obligeant M. E à quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, et alors que le requérant, ne se prévaut d'aucune circonstance particulière relative à sa situation personnelle, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré de l'illégalité par voie de conséquence de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

12. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit qui en constituent le fondement en visant, notamment, les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet du Val-de-Marne a relevé que M. E ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière et s'est référé " aux circonstances propres au cas d'espèce " en renvoyant ainsi aux éléments de l'arrêté rappelé au point 4 du présent jugement pour la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite, la décision interdisant à M. E de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans est suffisamment motivée.

13. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision contestée que le préfet du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de

M. E.

14. En quatrième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 et de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis cinq ans à la date de cette décision, qu'il y dispose d'attaches et y a noué des relations amicales et professionnelles, qu'il dispose d'un compte bancaire, parle le français et ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il est constant qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. En outre, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. E n'établit ni de la réalité de ses attaches sur le territoire français, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. De plus, si l'intéressé se prévaut de son insertion professionnelle, il justifie par la production de bulletins de salaire avoir travaillé onze mois seulement entre les mois de janvier 2021 et d'avril 2024. Enfin, si le requérant soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne conteste pas la réalité des faits d'acquisition, détention, transport, usage, offre ou cession de produits stupéfiants et contrefaçon de billets de banque ayant cours légal en France pour lesquels il a été interpellé le 18 novembre 2024 par les services de police. Dans ces conditions, M. E, qui au demeurant n'a pas contesté la légalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, ne justifie d'aucune circonstance particulière. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans, le préfet du Val-de-Marne aurait méconnu les dispositions citées au point 10 du présent jugement.

15. En cinquième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7.

16. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E présentées à fin d'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. E demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, ministre d'Etat.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Combier, conseiller,

Mme Prissette, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2025.

La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,1

N° 210199940

1

N° 230232121

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