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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2414956

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414956

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414956
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme B, ressortissante algérienne, qui demandait qu'il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne d'instruire sa demande de renouvellement de certificat de résidence et de lui délivrer un récépissé. La requérante invoquait une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés d'aller et venir, de travailler et d'étudier en raison de la suspension de son contrat d'apprentissage et des risques pour sa scolarité. Le tribunal a constaté que la préfecture avait convoqué Mme B pour le 9 décembre 2024 afin de déposer sa demande et obtenir un récépissé, ce qui rendait sa demande sans objet à la date de l'audience. La solution retenue est un non-lieu à statuer, fondé sur les articles L. 521-2 et R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Feriani, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne d'instruire sa demande de renouvellement de certificat de résidence et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le défaut de renouvellement de son récépissé a entraîné la suspension de son contrat d'apprentissage au sein de la société Veolia Energies France alors que sa rémunération constitue un revenu substantiel de sa famille ;

- cette situation met en péril la poursuite de ses études en Master 1 " Physique fondamentale et applications - Ingénierie physique des énergies " auprès de l'université Paris Cité, dès lors que l'absence de validation de cette année la priverait de toute possibilité de retrouver une nouvelle place en Master ;

- elle remplit les conditions pour obtenir le renouvellement de son certificat de résidence ;

- sa situation est contraire au principe d'égalité des usagers devant le service public dès lors que sa mère et son frère, qui ont déposé leurs demandes à la même période, ont obtenu le renouvellement de leurs titres de séjour sans difficulté ;

- le comportement de la préfecture du Val-de-Marne porte une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés d'aller et venir, de travailler et d'étudier ainsi qu'à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2024, le préfet du Val-de-Marne, représenté par Me Termeau, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête, et à titre subsidiaire à son rejet.

Il fait valoir que Mme B a été convoquée le 9 décembre 2024 à 14h pour le dépôt de sa demande de titre de séjour et la délivrance d'un récépissé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 décembre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort,

- et les observations de Me Feriani, représentant Mme B, absente, qui soutient en outre que son inscription en Master 1 a été difficile à obtenir et qu'une seconde chance ne se représenterait pas, qu'elle a effectué plus de trois cents demandes de contrats d'apprentissage avant d'obtenir la signature de celui passé avec la société Veolia Energies France, qu'à ce jour ce contrat peut encore être repris malgré sa suspension récente et que l'objet de sa convocation le 9 décembre prochain ne correspond pas à sa situation, alors qu'elle a déjà une demande de certificat de résidence en cours d'instruction, relative à une demande de changement de statut vers celui de " vie privée et familiale " et non " étudiant ".

Le préfet du Val-de-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 19 juin 2000 à El Biar (Algérie), entrée en France au cours de l'année 2017, a bénéficié en dernier lieu d'un certificat de résidence mention " étudiant " délivré le 7 octobre 2023. Le 8 mai 2024, la requérante a saisi les services de la préfecture du Val-de-Marne d'une demande de rendez-vous pour le dépôt d'une demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut vers celui de " vie privée et familiale ", enregistrée le 30 mai suivant, et s'est vu remettre un récépissé valable jusqu'au 29 novembre 2024. Mme B demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne d'instruire sa demande et de lui délivrer un nouveau récépissé.

Sur le cadre juridique du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants: () 3o Une carte de séjour temporaire () ". Selon l'article R. 431-2 du même code : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Selon l'article R. 431-3 de ce code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture () ". Il ressort des listes fixées par les arrêtés pris pour l'application de ce dernier article que les demandes de certificats de résidence mention " vie privée et familiale ", présentées sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, doivent être effectuées à la préfecture territorialement compétente.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ".

4. Enfin, aux termes de l'article R. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

5. Si le préfet du Val-de-Marne fait valoir que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, Mme B a été convoquée pour se présenter le 9 décembre 2024 à 14h00 auprès de ses services, d'une part, l'invitation à déposer une demande de titre de séjour à cette occasion est dépourvue d'objet alors qu'une demande est en cours d'instruction, et d'autre part, la requérante demeure dépourvue de justificatif de la régularité de son séjour en France à la date de notification de la présente ordonnance. Il s'ensuit qu'une telle exception de non-lieu à statuer ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

7. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.

8. Il résulte de l'instruction que la demande de délivrance d'un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " présentée par Mme B le 30 mai 2024 a été enregistrée dans le délai de deux mois précédant l'expiration du certificat de résidence mention " étudiant " dont la requérante bénéficiait jusqu'au 6 octobre 2024. Il s'ensuit qu'en application des dispositions combinées des articles R. 431-5 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les services de la préfecture du Val-de-Marne étaient tenus de rendre Mme B destinataire d'un récépissé. Si le préfet du Val-de-Marne fait valoir en dernier lieu que la requérante est convoquée le 9 décembre 2024 pour le dépôt de sa demande de titre et la remise d'un récépissé, à la date de la présente ordonnance, Mme B reste dépourvue de tout justificatif de la régularité de son séjour alors qu'elle démontre que le contrat d'apprentissage signé le 1er octobre 2024 avec la société Veolia Energie France pour une période de deux ans a été suspendu le 2 décembre 2024, et que les revenus qu'elle tire de cette activité professionnelle représentent une part significative des ressources de sa famille. Par conséquent, en ne rendant pas la requérante destinataire d'un récépissé, les services de la préfecture du Val-de-Marne portent une atteinte grave et manifestement illégale au droit de Mme B de travailler, constitutif d'une liberté fondamentale.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de faire remettre à Mme B un récépissé ou tout autre justificatif de régularité de séjour l'autorisant à travailler en France, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requête.

Sur les frais de justice :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne de faire remettre à Mme B un récépissé ou tout autre justificatif de régularité de séjour l'autorisant à travailler en France, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 2 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.

La juge des référés,

C. LETORTLa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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