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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2415494

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2415494

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2415494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSAOUDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2024, M. E D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2024 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de le libérer immédiatement ;

3°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui délivrer sans délai une attestation de demande d'asile " procédure normale " au titre de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'une procédure irrégulière tirée de la contrariété des dispositions de l'article R. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles de l'article 6 de la directive 2013/32/UE tel qu'interprété par les arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne des 30 novembre 2009, PPU, C-357/09 et 30 mai 2013, Arslan, C-534/11 ;

- il est illégal du fait de la non-conformité des articles R. 754-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au paragraphe 3 de l'article 6 de la directive 2013/32/UE ;

- il est illégal du fait de la contrariété des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux paragraphes 2 et 4 de l'article 8 de la directive 2013/32/UE ;

- il est illégal en raison de l'absence de définition dans la loi du risque non négligeable de fuite.

La requête a été transmise au préfet de police qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Meyrignac, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 921-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de la date de l'audience.

L'audience s'est tenue par un moyen de communication audiovisuelle garantissant la confidentialité et la qualité de la transmission, dans les conditions déterminées par l'article

L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les procès-verbaux prévus par le troisième alinéa de ces dispositions ayant été dûment établis.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les observations de Me Saoudi, représentant M. D, assisté de

M. B, interprète en langue espagnole, qui maintient ses conclusions et moyens et qui indique que sa compagne et ses trois enfants vivent en Argentine, de sorte qu'il n'a plus de membres de sa famille au Chili et qu'il est venu en France pour renouveler son passeport.

Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant chilien né en 1984, est entré en France selon ses déclarations en juillet 2024. Il a été interpellé pour des faits de vol en réunion. Par arrêtés du préfet de police en date du 25 novembre 2024, il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français et a été placé en rétention administrative. Il a présenté une demande d'asile le 13 décembre suivant. Par arrêté du même jour, cette même autorité l'a maintenu en rétention administrative. Par la requête précitée, l'intéressé demande l'annulation de ce dernier arrêté. Par décision du 18 décembre 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a déclaré irrecevable, en vertu des dispositions de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande d'asile de l'intéressé dès lors qu'elle a été présentée plus de cinq jours après la notification des droits en matière de demande d'asile effectuée à son arrivée au centre de rétention.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-01677 du 18 novembre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de police a donné à M. A C, attaché principal de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des actes attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'une personne présente une demande de protection internationale à une autorité compétente en vertu du droit national pour enregistrer de telles demandes, l'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrables après la présentation de la demande. Si la demande de protection internationale est présentée à d'autres autorités qui sont susceptibles de recevoir de telles demandes, mais qui ne sont pas, en vertu du droit national, compétentes pour les enregistrer, les États membres veillent à ce que l'enregistrement ait lieu au plus tard six jours ouvrables après la présentation de la demande. Les États membres veillent à ce que ces autres autorités qui sont susceptibles de recevoir des demandes de protection internationale, par exemple les services de police, des gardes-frontières, les autorités chargées de l'immigration et les agents des centres de rétention, disposent des informations pertinentes et à ce que leur personnel reçoive le niveau de formation nécessaire à l'accomplissement de leurs tâches et responsabilités, ainsi que des instructions, pour qu'ils puissent fournir aux demandeurs des informations permettant de savoir où et comment la demande de protection internationale peut être introduite. 2. Les États membres veillent à ce que les personnes qui ont présenté une demande de protection internationale aient la possibilité concrète de l'introduire dans les meilleurs délais. Si les demandeurs n'introduisent pas leur demande, les États membres peuvent appliquer l'article 28 en conséquence. 3. Sans préjudice du paragraphe 2, les États membres peuvent exiger que les demandes de protection internationale soient introduites en personne et/ou en un lieu désigné. 4. Nonobstant le paragraphe 3, une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire est présenté par le demandeur ou, si le droit national le prévoit, un rapport officiel est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 susvisée : " 1. Les États membres ne peuvent placer une personne en rétention au seul motif qu'elle est un demandeur conformément à la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. 2. Lorsque cela s'avère nécessaire et sur la base d'une appréciation au cas par cas, les États membres peuvent placer un demandeur en rétention, si d'autres mesures moins coercitives ne peuvent être efficacement appliquées. 3. Un demandeur ne peut être placé en rétention que : () d) lorsque le demandeur est placé en rétention dans le cadre d'une procédure de retour au titre de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, pour préparer le retour et/ou procéder à l'éloignement, et lorsque l'État membre concerné peut justifier sur la base de critères objectifs, tels que le fait que le demandeur a déjà eu la possibilité d'accéder à la procédure d'asile, qu'il existe des motifs raisonnables de penser que le demandeur a présenté la demande de protection internationale à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour (). 4. Les motifs du placement en rétention sont définis par le droit national ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".

6. M. D se prévaut de la non-conformité des dispositions des articles R. 754-3 à R. 754-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'article 6 de la directive 2013/32/UE dès lors qu'elles prévoient de retarder le prononcé de la décision contestée après la remise du formulaire de demande d'asile c'est-à-dire l'introduction de la demande. Toutefois, ces dispositions, qui transposent la directive du 26 juin 2013 susvisée, ont pour objet de permettre à l'autorité administrative, une fois qu'elle est informée que l'étranger a remis une enveloppe cachetée que ce dernier indique comme contenant une demande d'asile lui permettant ainsi de s'assurer qu'une demande d'asile a effectivement été formée selon les propres dires de l'étranger, de prendre sa décision au regard des critères prévus par l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant lui-même ladite directive dans les conditions rappelées au point précédent. Dans ces conditions, le moyen tiré de la

non-conformité des articles R. 754-3 à R. 754-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux dispositions de l'article 6 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 susvisée ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, M. D se prévaut de la contrariété manifeste des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec le d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 précité au motif que les dispositions du droit national ne définissent pas les critères objectifs permettant le maintien en rétention. S'il incombe aux États membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par les dispositions du 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, le point b) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 susvisée prévoit qu'un demandeur d'asile ne peut être placé en rétention que " pour déterminer les éléments sur lesquels se fonde la demande de protection internationale qui ne pourraient pas être obtenus sans un placement en rétention, en particulier lorsqu'il y a risque de fuite du demandeur ". Ainsi que l'a d'ailleurs jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-601/15 PPU du 15 février 2016, l'article 8, paragraphe 3, premier alinéa, de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 énumère de manière exhaustive les différents motifs susceptibles de justifier un placement en rétention et chacun de ces motifs répond à un besoin spécifique tout en revêtant un caractère autonome. Au nombre de ces motifs, cette directive retient, s'agissant spécifiquement d'un ressortissant étranger placé en rétention à raison d'une mesure d'éloignement, celui tiré de ce que la demande d'asile est présentée à des fins dilatoires pour faire obstacle à l'exécution de cette mesure d'éloignement.

9. Or, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 754-3 que, hors le cas particulier où il a été placé en rétention en vue de l'exécution d'une décision de transfert vers l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile, il doit en principe être mis fin à la rétention administrative d'un étranger qui formule une demande d'asile. Toutefois, l'administration peut maintenir l'intéressé en rétention, par une décision écrite et motivée, dans le cas où elle estime que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Si le requérant soutient que les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec le b) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, ces dispositions ne sauraient être incompatibles avec des dispositions de la directive qu'elles n'ont pas pour objet de transposer. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D à l'encontre de l'arrêté du préfet de police en date du 13 décembre 2024 prononçant son maintien en rétention ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : P. MeyrignacLa greffière,

Signé : M-D. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

M-D. Adelon

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