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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2415576

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2415576

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2415576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantLA CIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 et 26 décembre 2024, M. E B, représenté par Me Garcia, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 14 décembre 2024 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de

quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- le préfet a méconnu le principe du contradictoire et du droit de la défense ;

- la mise en œuvre du droit d'être entendu est entaché par sa déloyauté ;

- les décisions méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît la directive 2008/115/CE du 17 décembre 2008 ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 décembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 17 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Meyrignac, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 921-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de la date de l'audience.

L'audience s'est tenue par un moyen de communication audiovisuelle garantissant la confidentialité et la qualité de la transmission, dans les conditions déterminées par l'article L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les procès-verbaux prévus par le troisième alinéa de ces dispositions ayant été dûment établis.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les observations de Me Saoudi, représentant M. B, assisté de M. A, interprète, qui maintient ses conclusions et moyens.

Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né en 2004, a fait l'objet, le 4 décembre 2024, d'un refus d'entrée sur le territoire français avant d'être placé en zone d'attente. Il a, par la suite, été placé en garde à vue après avoir refusé de monter dans un avion en direction de son pays d'origine. Par des arrêtés du 14 décembre suivant, le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la requête précitée, l'intéressé demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. C D, attaché d'administration de l'Etat, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté n° 2024-01677 du 18 novembre 2024 du préfet de police, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contenues dans l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions contestées qui comportent l'énoncé des considérations de fait, notamment relatives à la situation de l'intéressé, et de droit sur lesquelles elles sont fondées, sont suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation de M. B, au regard des éléments dont il avait connaissance.

5. En quatrième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, M. B n'établit pas qu'il aurait été privé du droit d'être entendu alors que l'administration produit un procès-verbal d'audition du 14 décembre 2024 dont il ne résulte pas que l'agent qui a mené cette audition aurait fait preuve d'une quelconque déloyauté à son encontre, ni ne précise les motifs qui auraient pu influer sur le sens des décisions contestées qu'il n'aurait pas pu invoquer. Dès lors, les moyens tirés de l'atteinte au principe du contradictoire et du droit de la défense, ainsi que le moyen tiré de la déloyauté dans la mise en œuvre de ces droits ne peuvent qu'être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si le requérant invoque la méconnaissance de ces stipulations, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant, qu'il n'établit pas disposer sur le territoire français d'attache familiale ou personnelle, qu'il a vécu en Guinée jusqu'à l'âge de vingt ans et qu'il n'est présent sur le territoire français depuis moins de quinze jours à la date des décisions contestées. Ainsi et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, les décisions contestées n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Ces décisions n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elles ne sont pas entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle du requérant.

9. En sixième lieu, si M. B invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'erreur manifeste d'appréciation de la décision fixant le pays de destination, il n'assortit pas ces moyens des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé.

10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

11. Le requérant invoque la méconnaissance de ces dispositions en ce qu'il n'est pas entré irrégulièrement sur le territoire français. Toutefois, les locaux de la police judiciaire dans lesquels M. B a été placé en garde à vue sont situés hors de la zone d'attente de l'aéroport Paris-C de Gaulle. Il ressort des mentions du procès-verbal du 14 décembre 2024 par lequel les services de la police aux frontières ont notifié au requérant le début de sa garde à vue que celle-ci s'est déroulée dans des locaux situés 6 rue des Bruyères à Roissy-en-France. Il ressort de l'arrêté n° 2023-01363 du 8 novembre 2023 portant création des zones d'attente des aéroports de Paris-C de Gaulle et du Bourget que ces locaux ne sont pas situés dans la zone d'attente de l'aéroport Paris-C de Gaulle. Dans ces conditions, du fait de son placement en garde à vue dans des locaux situés en dehors de la zone d'attente de l'aéroport Paris-C de Gaulle, M. B doit être regardé comme étant entré sur le territoire français à la date à laquelle le préfet de police de Paris a édicté le 14 décembre 2024 la décision portant obligation de quitter le territoire français, notifié le même jour. Par suite, le moyen précité ne peut qu'être écarté.

12. En huitième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de son recours dirigé contre des actes administratifs non réglementaires, des dispositions de la directive 2008/115/CE qui a fait l'objet des mesures de transposition nécessaires par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité.

13. En neuvième lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour doit être écartée.

14. En dixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

16. Dans la mesure où les termes de cette décision établissent que la situation du requérant a été appréciée au regard des liens privés et familiaux dont il dispose en France, de sa durée de présence, de ce qu'il n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement préalable et de ce que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public, le préfet de police a suffisamment motivé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

17. En onzième lieu, si M. B invoque une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, il ne justifie ni l'atteinte à sa vie privée et familiale dont il se prévaut, ni l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions contenues dans les arrêtés du préfet de police en date du 14 décembre 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, ainsi que celles au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : P. MeyrignacLa greffière,

Signé : M-D. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

M-D. Adelon

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