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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2500236

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2500236

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2500236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Stephan, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle :

1°) d'ordonner la suspension de l'arrêté en date du 9 octobre 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il indique que, de nationalité sénégalaise, il est entré en France le 31 décembre 2023 avec un visa de long séjour portant la mention " passeport-talent chercheur " afin d'effectuer des travaux de recherche à l'université de Rennes, qu'il a trouvé en parallèle un emploi pour financer ses travaux, qu'il a donc sollicité un changement de statut vers celui de salarié et son employeur a sollicité une autorisation de travail qui a été clôturée au motif qu'il n'en avait pas besoin, à raison de la nature de son visa, qu'il a demandé un changement de statut en préfecture de Seine-et-Marne le 6 juillet 2024 et que, par une décision du 19 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car son contrat de travail a été suspendu le 21 novembre 2024 et, sur le doute sérieux, que la décision en cause est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de fait, car il n'a pas besoin d'autorisation de travail, ainsi que d'une erreur de droit car elle n'a pas visé la convention franco-sénégalaise, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation au regard également de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegardes droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2025, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite eu égard à la demande de changement de statut présentée par l'intéressé.

Vu :

- la décision attaquée,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes (ensemble une annexe), signée à Dakar le 1er août 1995, approuvée par la loi n° 97-744 du 2 juillet 1997 et publiée par le décret n° 2002-337 du 5 mars 2002 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires (ensemble trois annexes et une déclaration), signé à Dakar le 23 septembre 2006 et avenant à cet accord (ensemble deux annexes), signé à Dakar le 25 février 2008, approuvé par la loi n° 2009-585 du 25 mai 1989 et publié par le décret n° 2009-1073 du 26 août 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2024 sous le numéro 2414403, M. A a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 7 janvier 2025, tenue en présence de Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Stephan, représentant M. A, requérant, absent, qui rappelle qu'il est entré avec un visa de chercheur, que sa précédente demande d'autorisation de travail a été clôturée car il n'avait pas besoin d'autorisation de travail, que son contrat de travail a été suspendu et qu'il n' a plus de revenus, qui maintient que la convention franco-sénégalaise n'a pas été appliquée et qui indique enfin qu'il a obtenu une autorisation de travail.

Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 1er janvier 1992 à Cas-Cas (Région de Saint-Louis), est entré en France le 31 décembre 2023 muni d'un visa de long séjour portant la mention " passeport-talent chercheur " délivré par les autorités consulaires françaises à Dakar et valable jusqu'au 19 octobre 2024. Il bénéficiait d'une attestation d'accueil de l'université de Rennes (Ille-et-Vilaine) en vue d'y effectuer des activités de recherche en vue de la rédaction d'une thèse de doctorat sur " la gestion de fait devant les juridictions financières dans l'espace de l'Union économique et monétaire ouest-africaine ". M. A a conclu le 1er avril 2024 un contrat de travail à durée indéterminée avec la société " Elior Services " en vue d'exercer une activité de chef d'équipe dans un de ses établissements à Serris (Seine-et-Marne). La demande d'autorisation de travail déposée par cette société a été classée sans suite par les services de ministère de l'intérieur au motif qu'elle n'était pas nécessaire eu égard au visa dont M. A disposait. Le 6 juillet 2024, M. A a déposé en préfecture de Seine-et-Marne une demande de changement de statut vers celui de salarié. Par une décision du 9 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande au motif notamment qu'il ne produisait pas d'autorisation de travail. Le 18 octobre 2024, la société " Elior Services " a déposé une telle demande et celle-ci lui a été accordée le 4 novembre 2024. Par une requête enregistrée le 20 novembre 2024, M. A a demandé au présent tribunal l'annulation de la décision du 9 octobre 2024. Son contrat de travail a été suspendu le 21 novembre 2024. Par une requête enregistrée le 8 janvier 2025, il sollicite du juge des référés la suspension de l'exécution de la décision du 9 octobre 2024 en tant qu'elle lui a refusé la délivrance du titre de séjour demandé.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

6. En premier lieu, les stipulations de la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes ainsi que celles de l'accord du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires, telles que modifiées par un avenant signé le 25 février 2008, s'appliquent aux ressortissants sénégalais. Aux termes de l'article 13 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes du 1er août 1995 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ". L'article 5 de la même convention stipule que : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre Etat une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet Etat, justifier de la possession : () 2. D'un contrat de travail visé par le Ministère du Travail dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil. ". Enfin, le sous-paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord du 23 septembre 2006 entre la France et le Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires stipule que : " La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", d'une durée de douze mois renouvelable, ou celle portant la mention "travailleur temporaire" sont délivrées, sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, au ressortissant sénégalais titulaire d'un contrat de travail visé par l'Autorité française compétente, pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV. ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ".

7. En l'espèce, à la date de la décision attaquée, M. A ne disposait pas de l'autorisation de travail préalable exigée par ces dispositions précitées, celle-ci n'ayant été sollicitée par son employeur que le 18 octobre 2024, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que le refus d'admission au séjour en litige méconnaîtrait ces dernières, la circonstance que le ministre de l'intérieur lui en ait délivré une le 4 novembre 2024 étant sans incidence, cette délivrance étant intervenue postérieurement à la décision attaquée.

8. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation, d'une erreur de fait ou d'une erreur de droit, dès lors qu'il ne remplissait pas les conditions nécessaires pour se voir délivrer, le 9 octobre 2024, la carte de séjour sollicitée.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

10. Si l'intéressé soutient que la décision en cause méconnaitrait ces stipulations, il est constant qu'il est célibataire et sans enfant sur le territoire national où il ne réside que depuis un peu plus d'un an.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'en l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A n'est de nature, en l'état de l'instruction, de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, et que, par suite, sa requête présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne pourra qu'être rejetée, dans l'ensemble de ses conclusions, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Stephan et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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