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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2500473

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2500473

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2500473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantSCP DAGNEAU-BACHIMONT & DUQUESNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2025, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision du 2 janvier 2025 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la décision contestée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été informée des conséquences du refus de la proposition d'hébergement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné,

- les observations de Me Dagneau, représentant Mme C, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle conclut en outre à ce qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sans délai la situation de Mme C ; elle reprend les moyens soulevés dans les écritures, qu'elle développe, et soutient en outre que la décision contestée est entachée d'erreur de droit, le motif retenu ne pouvant fonder une décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- et les observations de Mme C, assistée de M. B, interprète en langue peulh, qui répond aux questions du tribunal ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée dans les conditions prévues par l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante sénégalaise née le 15 avril 1995 à Orkadiere (Sénégal), est entrée en France le 24 novembre 2023 pour y demander l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée le 22 décembre 2023. Par une décision du même jour, le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 2 janvier 2025, dont la requérante demande l'annulation, le directeur territorial de Créteil de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / () ". Et aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature. / () ".

3. La décision contestée est fondée sur le refus de la requérante, qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII le 22 décembre 2023, de la proposition d'hébergement qui lui a ensuite été faite le 10 décembre 2024. Toutefois, s'il ressort des dispositions citées au point précédent que le fait pour l'étranger de quitter la région d'orientation ou le lieu d'hébergement qu'il a acceptés peut, dans des cas exceptionnels, fonder une décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, tel n'est en revanche pas le cas lorsque l'étranger, comme en l'espèce, refuse une proposition de nouveau lieu d'hébergement après avoir accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 2 janvier 2025 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ".

6. Eu égard au motif qui en constitue le fondement, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil soit rétabli à Mme C à compter du 2 janvier 2025. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII d'y procéder dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 janvier 2025 par laquelle le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, de rétablir à Mme C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 2 janvier 2025.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2025.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAU

La greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2500473

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