mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2501342 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 janvier 2025, Madame B A, représentée par Me El Amine, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de la convoquer à un rendez-vous, dans un délai de dix jours, afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement-changement de statut, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer tout document l'autorisant à séjourner sur le territoire français le temps de l'instruction de sa demande, et l'autorisant à travailler à titre accessoire, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1.500 euros à payer à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, celle-ci renonçant dans ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle indique que, de nationalité chinoise, elle est entrée en France le 26 janvier 2011 munie d'un visa d'étudiant, qu'elle a bénéficié de cartes de séjour en cette qualité jusqu'au 9 décembre 2023, qu'elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour le 24 janvier 2024 et a été destinataire, le 25 juin 2024 d'une attestation de décision favorable lui indiquant qu'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 10 décembre 2023 au 9 janvier 2025 lui serait remise, ce qui n'a jamais été le cas, qu'elle ne peut donc plus justifier de la régularité de son séjour ni demande le renouvellement de son titre de séjour.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle ne peut déposer de demande de renouvellement de son titre de séjour et ne peut plus travailler et que la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à aller et de venir puisqu'elle ne peut plus justifier de la régularité de son séjour, et au travail.
La requête a été communiquée le 31 janvier 2025 au préfet du Val-de-Marne qui n'a présenté aucun mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 3 février 2025, tenue en présence de Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Agus, représentant Madame A, requérante, présente, qui rappelle qu'elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour, qu'elle a eu une attestation de décision favorable mais que son titre de séjour ne lui a jamais té remis, qu'elle n'a donc aucun titre de séjour et qui demande qu'elle soit convoquée en préfecture pour déposer une demande de renouvellement de ce titre de séjour sous dix jours et sous astreinte ;
- les observations de Me Kao, représentant le préfet du Val-de-Marne.
Considérant ce qui suit :
1. Madame B A, ressortissante chinoise né le 14 juin 1985 dans la province du Guangdong, entrée en France le 26 janvier 2011 munie d'un visa d'étudiant délivré par les autorités consulaires françaises à Canton, a été titulaire de titres de séjour en cette qualité dont le dernier, délivré par la préfète du Val-de-Marne, était valable jusqu'au 9 décembre 2023. Elle en a demandé le renouvellement sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France et la préfète du Val-de-Marne, le 25 juin 2024, a mis à sa disposition une attestation de décision favorable lui indiquant qu'une carte de séjour pluriannuelle, valable jusqu'au 9 janvier 2025, était mise en fabrication et lui serait délivrée. Cette remise n'a jamais eu lieu et Madame A s'est trouvé dans l'impossibilité de solliciter le renouvellement de son droit au séjour, la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France refusant tout dépôt en l'absence de mention de la remise de la carte de séjour précédente. Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024, Madame A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de la convoquer à un rendez-vous, dans un délai de dix jours, afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour et de lui délivrer tout document l'autorisant à séjourner sur le territoire français le temps de l'instruction de sa demande, et l'autorisant à travailler à titre accessoire, sous astreinte.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 20 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne le 25 juin 2024, a mis à la disposition de Madame A, sur son compte ouvert sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, une " attestation de document favorable ", document qui, en application du dernier alinéa de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a permis de la régularité de son séjour. Toutefois, ce document n'a jamais été remis à l'intéressée avant son échéance, intervenue le 9 janvier 2025, la mettant ainsi dans l'impossibilité matérielle d'en solliciter le renouvellement ou de demander un changement de statut, la plateforme refusant tout dépôt de demande de renouvellement dès lors que la date de remise de l'ancien titre de séjour n'y est pas mentionnée.
6. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui remettre cette carte de séjour, et, par voie de conséquence, en ne lui permettant pas d'en solliciter le renouvellement alors qu'elle séjourne en France régulièrement depuis plus de douze ans, ayant été titulaire de six cartes de séjour temporaires ou pluriannuelles pendant cette période, la plaçant ainsi en situation d'irrégularité sur le territoire français et lui interdisant l'exercice de toute activité professionnelle, le préfet du Val-de-Marne, qui n'a présenté aucun mémoire en défense et qui ne soulève donc aucune difficulté particulière empêchant la remise à l'intéressée de son titre de séjour, même périmé, a porté à son droit à aller et de venir une atteinte grave et manifestement illégale et à son droit au travail, la condition d'urgence étant satisfaite à raison même de ce défaut de remise de ce titre de séjour.
7. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de convoquer Madame A dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours, aux fins de lui remettre son titre de séjour, ou tout autre document en tenant lieu et lui garantissant les mêmes droits, de lui permettre, en préfecture, d'en demander le renouvellement ou de solliciter un changement de statut, et enfin de lui délivrer un document provisoire de séjour valable le temps de l'instruction de cette demande.
Sur les frais irrépétibles :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
9. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet du Val-de-Marne) une somme de 1.500 euros qui sera versée à Me El Amine, conseil de Madame A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée cette somme lui sera versée directement.
O R D O N N E :
Article 1er : Madame A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne de convoquer Madame A dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours, aux fins d'une part de lui remettre son titre de séjour mentionné sur l'attestation de décision favorable du 25 juin 2024, ou tout autre document en tenant lieu et lui garantissant les mêmes droits, d'autre part de lui permettre, en préfecture, d'en demander le renouvellement ou de solliciter un changement de statut, et enfin de lui délivrer un document provisoire de séjour correspondant à sa demande valable le temps de l'instruction de cette demande.
Article 3 : L'Etat (préfet du Val-de-Marne) versera une somme de 1.500 euros à Me El Amine, conseil de Madame A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée cette somme lui sera versée directement
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame B A, à Me El Amine et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. AymardLa greffière,
Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
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Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
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