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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2501996

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2501996

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2501996
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A, ressortissante camerounaise, qui demandait la délivrance d'une carte de séjour "vie privée et familiale" en tant que mère d'un enfant français. Le juge a estimé que le silence gardé par le préfet du Val-de-Marne pendant quatre mois sur sa demande de changement de statut avait fait naître une décision implicite de rejet, conformément aux articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a considéré que cette situation ne constituait pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, et a rappelé qu'il ne lui appartenait pas d'enjoindre la délivrance d'un titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 et 14 février 2025, Mme B A, représentée par Me Feriani, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 100 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que le silence de la préfecture du Val-de-Marne sur sa demande de changement de statut a entraîné la rupture de son contrat de travail au sein de l'université Paris-Est Créteil le 24 juillet 2024 ;

- la caisse d'allocations familiales a mis fin au versement des prestations sociales dont elle bénéficie en qualité de mère d'un enfant français, la privant ainsi de toutes ressources alors qu'elle est de nouveau enceinte ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a produit l'ensemble des justificatifs attestant qu'elle remplit les conditions pour la délivrance du titre de séjour sollicité ;

- une telle situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et de travailler, à son droit de mener une vie privée et familiale normale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de son enfant ;

- si la communication de sa requête a eu pour conséquence sa convocation auprès des services de la préfecture, le 4 mars 2025, elle maintient l'ensemble de ses demandes.

La requête a été communiquée le 13 février 2025 au préfet du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 14 février 2025 à 14h00, Mme Letort a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

3. Mme A, ressortissante camerounaise née le 18 février 1990 à Bafia (Cameroun), entrée en France le 19 novembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant ", a bénéficié en dernier lieu de la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention, valable jusqu'au 14 novembre 2024. Le 21 mars 2023, la requérante a présenté une demande de changement de statut en qualité de mère d'un enfant français, à laquelle il n'a pas été répondu. Mme A demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", ou à défaut un récépissé l'autorisant à travailler.

4. Toutefois, d'une part, eu égard au caractère provisoire qui s'attache aux mesures qu'il prononce, il n'appartient pas au juge des référés d'enjoindre à la délivrance d'un titre de séjour. D'autre part, si le préfet du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense et n'était pas représenté à l'audience, n'apporte aucune précision sur les raisons pour lesquelles la demande de changement de statut présentée par Mme A, en cours de validité de son titre de séjour, n'a pas connu de suite, il ressort des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que cette demande doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, née du silence gardé pendant quatre mois par les services préfectoraux, circonstance faisant obstacle à la délivrance d'un récépissé dont l'objet est d'autoriser son détenteur à séjourner sur le territoire français, le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Dès lors, en ne donnant pas de suite à la demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de mère d'un enfant français, présentée le 21 mars 2023 par la requérante, le préfet du Val-de-Marne n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Enfin, dans un mémoire en réplique, Mme A a précisé qu'en conséquence de l'enregistrement de la présente requête, les services de la préfecture du Val-de-Marne l'ont convoquée le 4 mars 2025.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. LETORTLa greffière,

Signé : C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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