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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2504465

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2504465

vendredi 25 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2504465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantKADIMA KANDE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. A, ressortissant sénégalais, contestant l'arrêté du préfet de police de Paris du 26 mars 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de 12 mois. Le juge a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation et de procédure, ainsi que la méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. La solution retenue est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2025, M. A demande au Tribunal d'annuler les décisions contenues dans l'arrêté du 26 mars 2025 par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, ensemble l'arrêté du même jour par lequel cette autorité l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de 12 mois.

Il soutient que l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé, entaché d'incompétence, d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, d'un vice de procédure, d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et a été pris en méconnaissance du droit d'être entendu et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Dellevedove pour exercer les fonctions prévues par les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dellevedove ;

- les observations de Me Kadima Kandé, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, qui demande au Tribunal de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et d'enjoindre à l'autorité administrative de procéder au réexamen de sa situation et qui soutient, en outre, que la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise en méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- et les observations de Me Rahmouni, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et qui fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 10 octobre 1982, a déclaré être entré en France en 2019 et s'y être maintenu depuis. Il a été interpellé le 25 mars 2025 pour des faits de trafic de produits stupéfiants, placé en garde à vue ce même jour puis incarcéré au Centre pénitentiaire de Fresnes. Par l'arrêté susvisé du 26 mars 2025, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé son pays de destination. Par l'arrêté susvisé du même jour, cette autorité administrative l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de 12 mois.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté du 31 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de police a donné à M. C D, adjoint au chef de la division des reconduites à la frontière, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les arrêtés contestés susvisés comportent les énoncés des motifs de fait et de droit qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées. Dès lors, contrairement à ce que soutient M. A, ces décisions sont suffisamment motivées. En outre, il ne ressort ni des termes de ces arrêtés, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Cependant, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision en litige que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

6. Il résulte du procès-verbal de l'audition de M. A, établi le 25 mars 2025 à 16 heures 55 par les forces de police lors de sa garde à vue, que l'intéressé a été entendu en présence de son conseil sur sa situation familiale et professionnelle et l'irrégularité de sa situation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que le requérant aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cet arrêté. Dans ces conditions, d'une part, M. A ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré du vice de procédure en ce M. A n'aurait pas reçu de " brochures d'information ", qui n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, M. A ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des conditions de notification des arrêtés litigieux, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité. Si le requérant soutient qu'il n'a pas été informé des principaux éléments des arrêtés attaqués et que le délai de recours est de sept jours et qu'il n'a pas été informé dans une langue qu'il comprend qu'il peut demander au président du Tribunal administratif l'assistance d'un interprète ainsi que d'un conseil, en tout état de cause, ces circonstances, à les supposer établies, sont sans incidence sur la légalité des décisions attaquées dès lors que ces informations doivent figurer dans l'exemplaire de notification des décisions en cause ou être communiquées concomitamment ou postérieurement, alors, d'ailleurs, que, en l'espèce, la notification des arrêtés litigieux n'a nécessité l'assistance d'aucun interprète.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si M. A fait valoir la longévité de son séjour en France depuis six ans, il n'établit pas la continuité de sa résidence en France depuis l'année 2018. Si le requérant se réfère à la vie familiale qu'il mène en France avec sa compagne, de nationalité portugaise, et leurs deux enfants, l'un né au Portugal le 20 septembre 2021 et entré en France avec sa mère et l'autre né en France le 5 juin 2024, sa vie maritale sur le sol français est récente et il n'avance aucun élément de nature à démontrer que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer hors de France et notamment au Portugal en raison notamment de la nationalité portugaise de sa compagne et où son cadet pourrait être soigné pour son syndrome de West. S'il fait valoir les divers emplois qu'il a occupés, il ne fait pas preuve d'une intégration particulière dans la société française au regard notamment des infractions graves constatées lors de l'interpellation susmentionnée. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et eu égard aux effets de la mesure d'obligation de quitter le territoire litigieuse, l'arrêté querellé n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, la décision attaquée prise à l'encontre de M. A n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les mêmes circonstances ne sont pas davantage de nature à faire regarder la décision contestée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant ;

12. M. A fait valoir que le centre des attaches familiales et sociales de ses deux enfants se trouve en France. Toutefois, si cette famille a décidé de s'établir en France, l'expression de ce choix personnel ne peut suffire à établir que l'autorité administrative aurait méconnu l'intérêt supérieur des enfants dès lors notamment que la décision litigieuse n'implique nullement la séparation des enfants de leurs parents dans la mesure où rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France en raison notamment de la nationalité portugaise de sa compagne. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment des considérations qui précèdent au point 10, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision litigieuse le préfet de police n'aurait pas pris en compte l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance stipulations précitées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2025 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé son pays de destination, ni l'annulation de la décision du même jour par laquelle cette autorité l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de 12 mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2025.

Le magistrat désigné,

Signé : E. Dellevedove

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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