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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2506451

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2506451

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2506451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTHISSE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé, a rejeté la demande d'un ressortissant chinois visant à enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui communiquer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour. Le juge a considéré qu'aucun texte n'impose à l'administration un délai déterminé pour recevoir un étranger, mais qu'elle doit le faire dans un délai raisonnable après avoir fixé un rendez-vous. La décision s'appuie sur les articles L. 521-3 du code de justice administrative et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la procédure de demande de titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2025, M. B... A..., représenté par Me Thisse, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
de prendre toutes mesures qu’il estimera utiles afin de faire cesser l’inégal accès au service public d’accueil des étrangers souhaitant déposer une demande d’admission exceptionnelle au séjour, la rupture de la continuité du service public, la discrimination et les atteintes à la dignité humaine et aux droits élémentaires des étrangers souhaitant déposer une première demande de carte de séjour ;
d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui communiquer une date de rendez-vous afin qu’il puisse déposer une demande d’admission exceptionnelle au séjour dans un délai d’un mois ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. »
M. A..., ressortissant chinois né le 19 août 1985 et entré en France le 19 janvier 2010 sous couvert d’un visa de long séjour portant la mention « étudiant », qui a été titulaire, en dernier lieu, d’une carte de séjour temporaire portant la même mention, valable du 13 octobre 2014 au 12 octobre 2015, entend obtenir la première délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Sa requête doit être regardée comme tendant, à titre principal, à ce qu’il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de lui communiquer une date de rendez-vous en préfecture pour le dépôt d’une demande à cette fin.
Aux termes de l’article L. 431-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire. » Aux termes de l’article L. 431-3 du même code : « La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. » Aux termes du premier alinéa de l’article R. 431-3 du même code : « La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. » Aux termes de l’article R. 431-10 du même code : « L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants [sic] de son état civil ; / 2° Les documents justifiants [sic] de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants [sic] de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents […] ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 431-12 du même code : « L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise […] ». Les articles R. 431-14 et R. 431-15 du même code déterminent enfin les cas dans lesquels ce récépissé autorise en outre son titulaire à exercer une activité professionnelle.
Aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l’autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu’a sur la situation de l’étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande, et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.
Lorsque, suivant les modalités définies par le préfet, en sa qualité de chef de service, pour assurer le bon fonctionnement de l’administration placée sous son autorité, le rendez-vous ne peut être obtenu qu’en présentant une demande en ce sens, soit par voie postale, soit par voie électronique, notamment au moyen du site internet de la préfecture ou d’un téléservice tel que celui dénommé « demarches-simplifiees.fr », il résulte de ce qui vient d’être dit que, si l’étranger établit qu’il n’a pu l’obtenir malgré plusieurs relances n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du défaut de fixation d’un rendez-vous sur la situation concrète de l’intéressé. La condition d’urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement un rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.
Pour satisfaire à l’obligation qui lui incombe, en vertu des dispositions du premier alinéa de l’article R. 522-1 du code de justice administrative, de justifier de l’urgence qu’il y aurait à prescrire la mesure d’injonction qu’il sollicite dans la présente instance, M. A..., qui, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus au point 2, ne se trouve pas, en l’espèce, dans le cas où il pourrait bénéficier de la présomption mentionnée au point précédent, se borne à faire valoir, outre des considérations générales relatives aux atteintes portées, du fait de l’organisation et du fonctionnement du service public de l’accueil des étrangers de la préfecture du Val-de-Marne, au respect de la dignité de la personne humaine, au principe de non-discrimination à raison de la nationalité, au principe d’égalité de traitement des usagers du service public, au principe de continuité du service public et, enfin, aux droits élémentaires des étrangers en situation irrégulière, que l’impossibilité dans laquelle il se trouve, malgré ses tentatives réitérées en ce sens, de pouvoir déposer une demande de titre de séjour participe à son maintien dans un état de faiblesse et de vulnérabilité, qu’il est plongé dans une situation précaire anormalement longue, qu’il est désormais en mesure de régulariser sa situation administrative et qu’il dispose d’une possibilité d’embauche sérieuse au sein d’une association présente à l’UNESCO. Il n’invoque ainsi précisément aucune circonstance particulière caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement un rendez-vous. Par suite, la condition d’urgence posée à l’article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie en l’état de l’instruction.
Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :
La requête de M. A... est rejetée.




Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Val-de-Marne.


Fait à Melun, le 3 avril 2026.
Le juge des référés,
Signé : P. ZANELLA
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,


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