Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 28 juillet 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B..., au motif qu'elle constituait une menace grave pour l'ordre public. Le juge a considéré que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante ne démontrant pas que la perte du revenu de solidarité active constituait une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. En outre, aucun des moyens soulevés, notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, n'a été jugé de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Bahic, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle ;
d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 28 juillet 2025 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour ;
d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de 7 jours ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 à verser à Me Bahic au titre du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique en cas d’obtention de l’aide juridictionnelle ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
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la condition d’urgence posée à l’article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que le refus de renouvellement de son titre de séjour porte une atteinte grave et immédiate à sa situation en la plaçant en situation irrégulière, situation qui ne lui permet plus de percevoir le revenu de solidarité active, sa seule source de revenus ;
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il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, pour les raisons suivantes :
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elle est entachée d’incompétence ;
- elle est entachée d’un vice de procédure en l’absence de convocation devant la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d’erreurs de fait et d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à la menace à l’ordre public ;
- elle est entachée d’un défaut de base légale dès lors qu’elle vise les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile alors qu’elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 de ce même code ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est ainsi entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par le cabinet Actis avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
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la requête est tardive et, par suite, irrecevable dès lors que la décision dont il est demandé la suspension lui a été notifiée le 2 août 2025 et qu’elle n’a présenté sa requête en annulation que le 3 septembre 2025, postérieurement au délai de recours ; la requête en référé est ainsi irrecevable dès lors qu’elle est fondée sur une requête au fond elle-même irrecevable ;
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la condition d’urgence posée à l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie ;
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aucun des moyens soulevés n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu :
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la requête n° 2512572 tendant à l’annulation de la décision dont la suspension de l’exécution est demandée ;
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les autres pièces du dossier.
Vu :
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la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Duhamel, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l’heure de l’audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 18 septembre 2025 à 14h en présence de Mme Sistac, greffière d’audience, ont été entendus :
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le rapport de M. Duhamel,
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les observations de Me Bahic, représentant Mme B..., qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et a fait valoir en outre que la requête est recevable dès lors que la demande d’aide juridictionnelle qu’elle a formulée le 7 août 2025 a prolongé le délai de recours contentieux ; que l’urgence est parfaitement justifiée ; que la notification de convocation devant la commission du titre de séjour est irrégulière ; qu’il n’y a aucune actualité de la menace à l’ordre public qu’elle pourrait représenter ; qu’un certain nombre de condamnations lui sont attribuées à tort ; et que les conséquences de la décision attaquée sont disproportionnées sur la vie privée et familiale de la requérante qui vit en France depuis 35 ans,
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et les observations de Me El Assaad, représentant le préfet du Val-de-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense.
La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience à 14h34, en application de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 28 juillet 2025, le préfet du Val-de-Marne a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B... et l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours au motif qu’elle constituait une menace grave pour l’ordre public et qu’elle ne faisait pas état de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels lui permettant de prétendre à la délivrance d’un titre de séjour. La requérante demande au juge des référés de suspendre l’exécution de cet arrêté en tant qu’il porte sur le refus de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes du premier alinéa de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. »
En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de prononcer l’admission provisoire de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».
Il résulte de l’instruction que, d’une part, pour caractériser la menace à l’ordre public que représente Mme B..., le préfet du Val-de-Marne s’est fondé sur seize condamnations pour des faits de vols commis entre 1986 et 2017 ayant pour certaines données lieu à des peines d’emprisonnement et une signalisation dans une affaire de vol en 2024, condamnations dont elle conteste pour huit d’entre elles la réalité, que d’autre part, la décision en litige fait suite à l’avis défavorable du 15 mai 2025 de la commission du titre de séjour à la délivrance d’un titre de séjour devant laquelle la requérante est réputée avoir été convoquée le 7 mai 2025, et qu’enfin, elle justifie de la présence en France de ses deux enfants majeurs de nationalité française et de deux petits enfants.
En l’état de l’instruction, aucun des moyens invoqués tels qu’ils sont analysés dans les visas de la présente ordonnance n’est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Val-de-Marne et sur la condition d’urgence, les conclusions aux fins de suspension de l’exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de Mme B..., y compris ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er :
Mme A... B... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 :
Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... est rejeté.
Article 3 :
La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et à Me Bahic.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 15 octobre 2025.
Le juge des référés,
Signé : B. DUHAMEL
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,