Texte intégral
Le juge des référésVu la procédure suivante
Par une requête enregistrée le 29 janvier 2026, M. C... A..., représenté par Me Marmin, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu’à ce qu’il soit statué sur sa légalité :
1°) de suspendre l’exécution de la décision en date du 30 mai 2025 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir en lui remettant, le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour autorisant à travailler - ce réexamen devra être effectif et une décision sera prise au terme du délai de deux mois impartis ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique que, de nationalité taïwanaise, il est entré en France en janvier 2022 avec un visa d’étudiant, qu’il a validé une formation en cuisine française, qu’il a eu des difficultés pour déposer son dossier de demande de titre de séjour portant la mention « salarié », que son employeur a déposé avec difficulté une demande d’autorisation de travail, qu’il a fini par voir un récépissé le 17 avril 2025, valable trois mois et son autorisation de travail a été délivrée le 23 juillet 2025 mais qu’il a été informé ensuite qu’une décision de refus de séjour avait été prise à son encontre le 30 mai 2025.
Il soutient que la condition d’urgence est satisfaite car il a trouvé un nouvel employeur, et sur le doute sérieux, que la décision en cause a été prise sans examen sérieux de sa situation car il a bien obtenu son autorisation de travail, qu’elle est ainsi entachée d’une erreur de droit ainsi que d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2026, le préfet du Val-de-Marne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en réplique en registré le 10 février 2026, M. A..., représenté par Me Marmin, conclut aux mêmes fins.
Vu :
- la décision contestée,
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2025 sous le n° 251822, M. A... a demandé l’annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l’audience du 11 février 2026, tenue en présence de Mme Dusautois, greffière d’audience, présenté son rapport, et entendu :
- les observations de Me Amellou, représentant M. A..., présent, qui rappelle qu’il avait demandé un changement de statut vers celui de salarié et que son employeur avait déposé une demande d’autorisation de travail, qu’il a perdu son emploi en raison du retard de l’administration et a en a obtenu une nouvelle et qui maintient que la décision en cause est entachée d’un défaut d’examen de sa situation, et que la notification de la décision du 30 mai 2025 n’a pas été faite régulièrement, la lettre comprenant une erreur de nom ;
- et les observations de Me Capuano, représentant le préfet du Val-de-Marne qui rappelle que l’autorisation de travail n’a jamais été communiquée à l’administration et qu’elle a été postérieure à la décision contestée.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant de République de Chine né le 22 août 1990 à Taiwan, entré en France le 25 janvier 2022 muni d’un visa d’étudiant délivré par les autorités consulaires françaises à Taipei, a obtenu un diplôme de cuisine française à l’Ecole Ferrandi à Paris (75006) en 2022. Il a sollicité du préfet du Val-de-Marne un changement de statut vers celui de salarié le 23 avril 2024 et a obtenu un premier récépissé de demande de titre de séjour, valable six mois. Le société « Leblon » de Paris (75010) a déposé à son profit une première demande d’autorisation de travail le 5 octobre 2024, puis une seconde le 30 mai 2025. Le récépissé de M. A... a été renouvelé le 17 avril 2025 pour trois mois. Par une décision du 30 mai 2025, réputée notifiée le 27 juin 2025, le préfet du Val-de-Marne a refusé de délivrer à M. A... le titre de séjour sollicité au motif qu’il n’avait pas été en mesure de présenter d’autorisation de travail. De fait, celle-ci n’a été délivrée que le 23 juillet 2025. Le contrat de M. A... avec la société « Leblon » a été rompu à la date du 9 novembre 2025. Par une requête enregistrée le 29 octobre 2025, M. A... avait demandé l’annulation de la décision du 30 mai 2025 et il sollicite du juge des référés, par une requête du 29 janvier 2026, la suspension de son exécution.
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
Aux termes de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. (…) ».
Aux termes de l’article L. 5221-5 du code du travail : « Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l’autorisation de travail mentionnée au 2° de l’article L. 5221-2. / (…) ».
En l’espèce il ressort des pièces du dossier que, à la date de la décision contestée, soit le 30 mai 2025, M. A... ne disposait pas d’une autorisation de travail, puisque celle-ci n’a été délivrée par les services du ministre de l’intérieur qu’un peu moins de deux mois plus tard. Par suite, c’est sans erreur de droit, ni erreur manifeste d’appréciation, que le préfet du Val-de-Marne a pu constater qu’il ne remplissait pas les conditions de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention salariée, la demande déposée le 5 octobre 2024 ayant fait l’objet d’une décision implicite de rejet à la date du 6 décembre 2024, et la deuxième demande ayant été déposée par la même entreprise le même jour que la décision en litige, entreprise avec laquelle au demeurant il ne travaille plus depuis le 3 novembre 2025.
Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... ne pourra qu’être rejetée, sans qu’il soit besoin de statuer sur l’urgence.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera communiquée au préfet du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
La greffière,
B... : M. Aymard
B... : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,