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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2601950

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2601950

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2601950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGIRARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la demande de suspension d'une mesure d'isolement prononcée contre un détenu. Le juge des référés a estimé que la condition d'urgence, requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, n'était pas caractérisée, malgré les allégations du requérant concernant l'impact sur sa santé. La décision s'appuie également sur les dispositions du code pénitentiaire régissant le placement à l'isolement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 février 2026, complétée le 17 février 2026, M. A... B..., représenté par Me Girard, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de la mesure d’isolement prononcée par décision du chef d’établissement du Centre pénitentiaire du Sud Francilien du 8 décembre 2025 et son retour en régime de détention ordinaire ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique qu’il est incarcéré au centre pénitentiaire du Sud Francilien (Seine-et-Marne) pour purger plusieurs peines correctionnelles, qu’il a été placé à l’isolement le 12 septembre 2025 à la suite d’un compte-rendu d’incident, que les mêmes motifs ont été repris dans une décision du 8 décembre 2025 prolongeant sa mise à l’isolement pour trois mois.
Il soutient que la condition d’urgence est satisfaite car il a été placé à l’isolement depuis le mois de septembre 2025, et, sur le doute sérieux, que cette décision n’est pas motivée, et qu’elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, ainsi que d’une erreur d’appréciation sur les conséquences de la mesure sur sa santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2026, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d’urgence n’étant pas satisfaite eu égard au profil pénal de l’intéressé.

Par un mémoire en réplique enregistré le 17 février 2026, M. A... B..., représenté par Me Girard, demande également au juge des référés d’ordonner au chef d’établissement du centre pénitentiaire du Sud Francilien de prendre sans délai toutes les mesures nécessaires pour faire cesser les fouilles à nue systématiquement faites après les parloirs mais également toutes celles faites en dehors des retours de parloir.

Vu :
- la décision contestée,
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 6 février 2026 sous le n° 2601957, M. B... a demandé l’annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l’audience du 18 février 2026 tenue en présence de Mme Dusautois, greffière d’audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Girard, représentant M. B..., absent, qui maintient que la condition d’urgence est satisfaite en raison des conséquences de l’isolement sur son état de santé, que la décision en cause n’y fait pas mention alors qu’il est diabétique, que l’isolement porte atteinte à son état psychique en raison des fouilles systématiques à nu et que la mesure d’isolement est inutile.
Le garde des sceaux, ministre de la justice, n’était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :
M. B..., est incarcéré depuis le 18 avril 2014 et au centre pénitentiaire du Sud Francilien (Seine-et-Marne) depuis le 18 décembre 2024 pour purger trois peines correctionnelles, la première, de 10 ans d’emprisonnement selon un arrêt de la cour d’appel de Bordeaux en date du 29 novembre 2018 pour des faits de trafic de stupéfiants en récidive, pour des faits commis le 18 novembre 2008, la seconde, à 3 ans d’emprisonnement prononcée par la cour d’appel d’Amiens le 15 mars 2017 pour des faits de recel et d’association de malfaiteurs, arrêt devenu définitif après rejet du pourvoi par la chambre criminelle de la Cour de Cassation en date du 20 avril 2018 et pour des faits en date du 25 janvier 2008, et la troisième à 10 ans d’emprisonnement pour des faits d’évasion, recel et violences sur personne dépositaire de l’autorité publique en bande organisée, dégradation de biens par un moyen dangereux en récidive, après rejet du pourvoi par arrêt de la chambre criminelle de la Cour de Cassation en date du 11 avril 2018 de sorte que l’arrêt de la Cour d’Appel de Douai prononcé le 14 février 2017 est devenu définitif et ce pour des faits en date du 18 novembre 2008. Sa date de sortie prévisionnelle a été fixée au 12 janvier 2030. Il a été placé à l’isolement à la date du 12 septembre 2025 par suite d’un compte-rendu d’incident en date du 11 septembre 2025 pour lequel une sanction disciplinaire a été prononcée le 13 novembre 2025, à savoir la découverte dans sa cellule, le 11 septembre 2025, de plusieurs matériels électroniques interdits en détention. Cette motivation a été reprise par le chef d’établissement du centre pénitentiaire du Sud Francilien par une décision du 8 décembre 2025. Par une requête enregistrée le 6 février 2026, M. B... a demandé l’annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 dudit code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire. ».
Aux termes d’autre part de l’article L. 213-8 du code pénitentiaire : « Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. Le placement à l'isolement n'affecte pas l'exercice des droits prévus par les dispositions de l'article L. 6, sous réserve des aménagements qu'impose la sécurité. Lorsqu'une personne détenue est placée à l'isolement, elle peut saisir le juge des référés en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ». Aux termes de l’article R. 213-18 du même code : « La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. La personne détenue placée à l'isolement est seule en cellule. Elle conserve ses droits à l'information, aux visites, à la correspondance écrite et téléphonique, à l'exercice du culte et à l'utilisation de son compte nominatif. Elle ne peut participer aux promenades et activités collectives auxquelles peuvent prétendre les personnes détenues soumises au régime de détention ordinaire, sauf autorisation, pour une activité spécifique, donnée par le chef de l'établissement pénitentiaire. Toutefois, le chef de l'établissement pénitentiaire organise, dans toute la mesure du possible et en fonction de la personnalité de la personne détenue, des activités communes aux personnes détenues placées à l'isolement. La personne détenue placée à l'isolement bénéficie d'au moins une heure quotidienne de promenade à l'air libre ». Aux termes de l’article R. 218-20 du même code : « Les cellules du quartier d'isolement ont un ameublement identique à celui des cellules de détention ordinaire. Les personnes détenues accèdent aux installations sportives et aux cours de promenade propres au quartier d'isolement. Les personnes détenues ne participent pas aux offices célébrés en détention, sauf autorisation individuelle accordée par le chef de l'établissement pénitentiaire. En accord avec les représentants des différents cultes, des offices particuliers peuvent être mis en place. Les dispositions du règlement intérieur, défini aux articles L. 112-4 et R. 112-22, relatives à l'isolement, sont affichées dans le quartier d'isolement. Chaque personne détenue placée au quartier d'isolement en reçoit une copie ». Aux termes de l’article R. 213-21 du même code : « Lorsqu'une décision d'isolement d'office initiale ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. (…) / Le chef de l'établissement, après avoir recueilli préalablement à sa proposition de prolongation l'avis écrit du médecin intervenant à l'établissement, transmet le dossier de la procédure accompagné de ses observations au directeur interrégional des services pénitentiaires lorsque la décision relève de la compétence de celui-ci ou du garde des sceaux, ministre de la justice. / La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue par le chef de l'établissement ». Aux termes de son article R. 213-25 : « Lorsqu'une personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le garde des sceaux, ministre de la justice, peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. / La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires saisi par le chef de l'établissement pénitentiaire selon les modalités prévues par les dispositions de l'article R. 213-21. (…) ».
Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d’office à l’isolement une personne détenue, ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l’article L. 213-8 du code pénitentiaire, portent en principe une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d’urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s’il estime remplie l’autre condition posée par cet article. Toutefois, si l’autorité administrative justifie de circonstances particulières faisant apparaître qu’un intérêt public s’attache à l’exécution sans délai de cette mesure, compte tenu en particulier des risques pour la sécurité de l’établissement et des personnes, y compris extérieures à celui-ci, appréciés notamment au regard des motifs d’incarcération de l’intéressé, des éléments figurant dans son dossier individuel ou de son comportement en détention, la condition d’urgence ne peut être regardée comme satisfaite.
En l’espèce, le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir le profil pénal de M. B..., qui a définitivement été condamné, le 11 avril 2018, par la Cour de cassation à une peine de de dix ans d’emprisonnement délictuel pour des faits d’évasion en bande organisée, en récidive, de recel en bande organisée de bien provenant d’un délit, en récidive, de dégradation ou détérioration du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes, en récidive, le 20 avril 2018, par la Cour de cassation à une peine de trois ans d’emprisonnement délictuel pour des faits de recel de bien provenant d’un vol aggravé par deux circonstances et de participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni de dix ans d’emprisonnement, et, le 29 novembre 2018, par la cour d’appel de Bordeaux à une peine de dix ans d’emprisonnement délictuel pour des faits de complicité de transport non autorisé de stupéfiants, en récidive, de complicité d’offre ou cession non autorisée de stupéfiants, en récidive, de complicité d’importation non autorisée de stupéfiants – trafic, en récidive, de participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni de dix ans d’emprisonnement, en récidive, de complicité de détention de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiant) sans document justificatif régulier : fait réputé importation en contrebande et de complicité de transport de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiant) sans document justificatif régulier : fait réputé importation en contrebande. Il a également été condamné, le 30 novembre 2023, par le tribunal de première instance francophone de Bruxelles à une peine de sept ans d’emprisonnement en raison du « caractère organisé » de sa tentative d’évasion et de sa prise d’otage du 13 avril 2014 au sein de la prison de Saint-Gilles en Belgique Il est maintenu au répertoire des détenus particulièrement signalés par une décision en date du 1er août 2025 au regard notamment de « son appartenance à la criminalité organisée internationale », de « son évasion réussie le 18 novembre 2008 à l’occasion d’une extraction judiciaire et avec l’appui d’un commando lourdement armé », de « son projet déjoué de s’évader de la prison de Saint-Gilles en Belgique avec l’appui d’un commando armé le 13 avril 2014 », de ce qu’il est « susceptible à nouveau de mobiliser des moyens et des soutiens extérieurs humains, logistiques ou financiers dans le but de se soustraire à la garde de la justice », de la procédure extraditionnelle dont il fait actuellement l’objet et de « sa capacité à communiquer avec l’extérieur de manière irrégulière, hors du contrôle de l’administration, comme en atteste la saisie d’un téléphone portable et d’objets communiquant les 20 septembre 2024 et 12 mai 2025. Il a enfin fait l’objet de nombreuses sanctions disciplinaires, notamment en raison de son comportement particulièrement agressif et violent, et plus précisément le 14 août 2025, à dix jours de confinement en cellule après avoir été retrouvé en possession d’une carte mère d’ordinateur, d’une clé « USB » et d’une clé « 5G » comportant une carte « nano SIM » et le 13 novembre 2025, soit quelques jours avant la décision en litige, il s’est vu infliger une sanction de huit jours de cellule disciplinaire en raison de la découverte dans sa cellule d’un téléphone portable haut de gamme, d’un chargeur de téléphone, d’une clé « wifi » et d’une oreillette « Bluetooth ». Lors de l’audience disciplinaire, le requérant a d’ailleurs confirmé être le propriétaire de ce téléphone et a déclaré s’en être servi.
Par suite, eu égard à son profil pénal, qui nécessite une gestion individualisée qui ne peut être réalisée qu’au quartier isolement, les nécessités du maintien de l’ordre dans l’établissement doivent être regardées comme s’opposant à ce que la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative soit considérée comme remplie.
Au surplus, et en tout état de cause, et en l’état de l’instruction, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision attaquée, de l’erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et de l’erreur manifeste d’appréciation eu égard aux conséquences de son placement à l’isolement sur son état de santé, ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, y compris celle mettant en œuvre les fouilles à nu après chaque parloir .
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la requête de M. A... B... ne pourra qu’être rejetée, dans l’ensemble de ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Le juge des référés,


Signé : M. AymardLa greffière,


Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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