Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 février 2026, le groupement d’intérêt économique « Legal2digital », représenté par Me Spinosi, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d’annuler la procédure de passation n° DGFIP-DNID-JAL-2025 de l’accord-cadre mono-attributaire de prestations de services relatives à des publicités légales en matière de successions vacantes et en déshérence par le biais d’un portail unique, dématérialisé et sécurisé menée par la direction nationale d’interventions domaniales ;
2°) d’enjoindre à la Direction nationale d’interventions domaniales de se conformer à ses obligations de publicité et de mise en concurrence en réduisant sensiblement la pondération du critère prix dans le règlement de la consultation ;
3°) d’enjoindre, à titre subsidiaire, à la direction nationale d’interventions domaniales de se conformer à ses obligations de publicité et de mise en concurrence en modifiant la formule de notation du critère financier afin que celle-ci ne puisse ni récompenser une offre présentée à un prix inférieur au tarif réglementé, ni pénaliser une offre respectant ce tarif ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4.000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique qu’il s’est porté candidat à une procédure de consultation relative à des publicités légales en matière de successions vacantes et en déshérence par le biais d’un portail unique, dématérialisé et sécurisé, qu’il était déjà en charge de cette activité dans certains départements, qu’elle a proposé une augmentation de son tarif à 48 euros par annonce au lieu de 43 auparavant, inférieur à la simulation de tarification des annoncées proposée par l’administration qui était de 64 euros et qu’il a été informé, le 30 janvier 2026, du rejet de son offre, étant arrivée deuxième et le marché étant attribué à la société « Medialex ».
Il soutient que, dès lors que les prestations mises en concurrence étaient soumises à un tarif réglementé, la pondération du critère du prix à 35 % était manifestement excessive et dépourvue de toute pertinence, et que la formule de notation était irrégulière car elle incitait les candidats à proposer des prix différents du tarif réglementaire, pénalisant le candidat respectant celui-ci, et enfin de l’offre de la société « Medialex » était anormalement basse et irrégulière puisque son tarif était largement inférieur au tarif réglementé et ne respectait pas la loi du 4 janvier 1955.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2026, la direction générale des finances publiques (Direction nationale des interventions domaniales), représentée par Mes Cabanes et Michelin, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du groupement requérant d’une somme de 5.000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2026, la société « Medialex », représentée par Me Labayle-Pabet, conclut au rejet et à la mise à la charge du groupement requérant d’une somme de 5.000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en réplique enregistré le 24 février 2026, le groupement d’intérêt économique « Legal2digital », représenté par Me Spinosi, conclut aux mêmes fins.
Vu
la décision attaquée ;
les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique,
- la loi n° 55-4 du 4 janvier 1955 concernant les annonces judiciaires et légales ;
- l’arrêté du 19 novembre 2021 relatif à la tarification et aux modalités de publication des annonces judiciaires et légales, modifié en dernier lieu par l’arrêté du 19 novembre 2025 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir présenté son rapport au cours de l’audience du 25 février 2026, en présence de Mme Sarton, greffière d’audience, et entendu :
- les observations de Me Didi représentant le groupement d’intérêt économique « Legal2digital », qui rappelle que les prestations en cause ont un prix régulé par une loi de 1955, qui maintient que la pondération du critère du prix était exagérée car il n’est pas pertinent, que la circonstance que serait pratiquée une tarification par caractère est sans incidence, que la cahier des clauses techniques particulières ne permettait pas de fusionner des annonces, qu’il n’y avait donc aucune différence de prix possible entre les candidats, que l’offre de la société « Medialex » était irrégulière car elle s’écartait de ce cahier en proposant des variantes alors que les annonces n’étaient pas fusionnables,, qu’il y avait donc un sous-critère qui n’avait pas été porté à la connaissance des candidats puisqu’il était possible de s’écarter du règlement de la consultation et que l’offre de société attributaire était anormalement basse puisqu’elle a abouti à un prix de 35 euros au lieu du tarif de 64.
- les observations de Me. Michelin représentant la direction générale des finances publiques (Direction nationale des interventions domaniales), qui rappelle que la société requérante est l’attributaire du marché depuis 2012, qu’elle était d’ailleurs la seule candidate lors du dernier marché,, qu’elle avait proposé de baisser le nombre de caractères tout en augmentant ses prix, qui maintient que, dans le cadre du contrôle de proportionnalité du critère du prix, celui-ci n’était pas irrégulier, que le tarif est réglementé au caractère et qu’il est donc possible d’en réduire le nombre au sein d’une annonce, que le groupement requérant ne peut soutenir que le prix serait de 64 euros par annonce et proposer lui-même 48 euros, alors que la moyenne du marché précédent était de 43 euros, à comparer alors l’offre de 35 euros de la société attributaire qui n’est donc pas très différente, que la fusion des annonces était aussi possible dans certains cas, de même qu’une optimisation des caractères par les candidats, qu’il n’y a avait donc aucun critère occulte mais une adaptation possible par les candidats et que, si elle a engagé une procédure de détection d’une offre anormalement base, c’est uniquement pour avoir des explications complètes ;
- les observations de Me Stolar représentant la société « Medialex » qui rappelle que la société requérante est confrontée à un contexte concurrentiel nouveau pour elle, qui maintient qu’elle a fait une application rigoureuse de ce qui était contenu dans le cahier des charges pour la confection de ses prix,, que celui-ci s’est avéré très compétitif, que l’accord-cadre couvre deux types de prestations, les annonces légales et l’assistance, et qu’elle a été mesure de proposer des pris très compétitifs en utilisant son expérience des marchés similaires et qui constate enfin que al formule de notation du prix est classique, que le classement avancé par la commune n’était qu’une simulation et non une analyse complète des offres ;
- les observations de Me Didi représentant le groupement d’intérêt économique « Legal2digital », qui maintient que la question est la pertinence de la pondération du critère du prix dans un marché qui n’est pas ultra-compétitif et que cette part devait être réduite et qu’il était nécessaire de faire des adaptations sur les prestations pour pouvoir réduire le prix proposé.
Considérant ce qui suit :
Par un avis d’appel à la concurrence envoyé à la publication le 10 octobre 2025, la direction générale des finances publiques (direction nationale d’interventions domaniales)a lancé une procédure de passation, sous la forme d’un appel d’offres ouvert, à fin d’attribution d’un accord-cadre à bons de commande ayant pour objet des prestations de mise en « publicités légales (insertions dans les journaux d’annonces légales ou services de presse en ligne) en matière de successions vacantes et de successions en déshérence par le biais d’un portail unique, dématérialisé et sécurisé ». L’objet du marché portait sur la « mise en publicité obligatoire des successions déclarées vacantes et en déshérence sous la forme d’avis insérés dans un journal d’annonces légales (JAL) diffusé dans le ressort du Tribunal judiciaire dont la compétence est déterminée par le lieu du dernier domicile du défunt ou dans un service de presse en ligne (SPEL) par le biais d’un portail unique, dématérialisé et sécurisé permettant également d’obtenir et d’extraire des données statistiques (reporting), d’offrir sur une durée déterminée un service de consultation des différentes publicités effectuées (gestion des archives) et de garantir une assistance aux utilisateurs ». L’article 2.1.2 du règlement de la consultation a par ailleurs précisé que « le présent appel d’offres ouvert a pour objet de permettre à la DNID, aux 17 pôles de gestion de patrimoines supra-départementaux et aux 5 services locaux du domaine en outre-mer d’effectuer ces publicités légales dans un journal d’annonces légales (JAL) ou un service de presse en ligne (SPEL) ». La consultation a été décomposée en six lots géographiques avec une date limite de dépôt des offres a 30 novembre 2025. Les critères étaient au nombre de trois, soit le prix pondéré à 35 %, la qualité technique pondérée à 60 %, avec six sous-critères (la qualité de l’organisation et de la méthodologie proposée : disponibilité du portail, procédure d'assistance et de gestion des incidents, qualité du « reporting » proposé, caractère évolutif de la solution applicative proposée, les moyens dédiés à la sécurité et à la fiabilité de l’accès proposé, les modalités de conservation, de restitution et de transfert des éléments archivés, la procédure d'assistance, gestion des incidents et des mots de passe (création, modification, réinitialisation)), les premier et troisième étant pondéré à 10 % et les autres à 20 %, et la protection de l’environnement, pondéré à 5 %. Deux candidats ont déposé une offre, soit en l’espèce les deux principaux acteurs français du secteur. Par un courrier en date du 30 janvier 2026, le groupement d’intérêt économique « Legal2digital » a été informé du rejet de ses offres sur les six lots ainsi que des motifs de ce rejet et des avantages et caractéristiques des offres retenues, la société attributaire des six lots étant la société « Medialex » de Rennes (Ille-et-Vilaine) qui a obtenu à chaque fois des notes globales supérieures. Par une requête enregistrée le 11 février 2026, le groupement d’intérêt économique « Legal2digital » a demandé au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, d’annuler cette procédure de passation d’un marché public et d’enjoindre à la direction nationale d’interventions domaniales de se conformer à ses obligations de publicité et de mise en concurrence en réduisant sensiblement la pondération du critère prix dans le règlement de la consultation et en modifiant la formule de notation du critère financier afin que celle-ci ne puisse ni récompenser une offre présentée à un prix inférieur au tarif réglementé, ni pénaliser une offre respectant ce tarif.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative
Aux termes de l’article L. 551-1 du code de justice administrative : « Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu’il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l’exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d’exploitation, ou la délégation d’un service public ou la sélection d’un actionnaire opérateur économique d’une société d’économie mixte à opération unique (…)./ Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ».
Il résulte de ces dispositions qu’il appartient au juge administratif, saisi en application de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l’administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d’être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l’opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l’avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.
Aux termes de l’article L. 2152-7 du code de la commande publique : « Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base du critère du prix ou du coût. L'offre économiquement la plus avantageuse peut également être déterminée sur le fondement d'une pluralité de critères non discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. Les modalités d'application du présent alinéa sont prévues par voie réglementaire. Les offres sont appréciées lot par lot, sauf lorsque les entités adjudicatrices ont autorisé les opérateurs économiques à présenter des offres variables selon le nombre de lots susceptibles d'être obtenus en application du second alinéa de l'article L. 2151-1. (…) ». Aux termes de l’article R. 2152-7 du code de la commande publique : « Pour attribuer le marché au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, l'acheteur se fonde : 1° Soit sur un critère unique qui peut être : a) Le prix, à condition que le marché ait pour seul objet l'achat de services ou de fournitures standardisés dont la qualité est insusceptible de variation d'un opérateur économique à l'autre ; b) Le coût, déterminé selon une approche globale qui peut être fondée sur le coût du cycle de vie défini à l'article R. 2152-9 ; 2° Soit sur une pluralité de critères non-discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. Il peut s'agir des critères suivants : a) La qualité, y compris la valeur technique et les caractéristiques esthétiques ou fonctionnelles, l'accessibilité, l'apprentissage, la diversité, les conditions de production et de commercialisation, la garantie de la rémunération équitable des producteurs, le caractère innovant, les performances en matière de protection de l'environnement, de développement des approvisionnements directs de produits de l'agriculture, d'insertion professionnelle des publics en difficulté, la biodiversité, le bien-être animal ; b) Les délais d'exécution, les conditions de livraison, le service après-vente et l'assistance technique, la sécurité des approvisionnements, l'interopérabilité et les caractéristiques opérationnelles ; c) L'organisation, les qualifications et l'expérience du personnel assigné à l'exécution du marché lorsque la qualité du personnel assigné peut avoir une influence significative sur le niveau d'exécution du marché. D'autres critères peuvent être pris en compte s'ils sont justifiés par l'objet du marché ou ses conditions d'exécution. Les critères d'attribution retenus doivent pouvoir être appliqués tant aux variantes qu'aux offres de base ». Aux termes de l’article R. 2152-12 du même code : « Pour les marchés passés selon une procédure formalisée, les critères d'attribution font l'objet d'une pondération ou, lorsque la pondération n'est pas possible pour des raisons objectives, sont indiqués par ordre décroissant d'importance. La pondération peut être exprimée sous forme d'une fourchette avec un écart maximum approprié ».
Il résulte de ces dispositions qu’il appartient au pouvoir adjudicateur de déterminer l’offre économiquement la plus avantageuse en se fondant sur des critères permettant d’apprécier la performance globale des offres au regard de ses besoins. Ces critères doivent être liés à l’objet du marché ou à ses conditions d’exécution, être définis avec suffisamment de précision pour ne pas laisser une marge de choix indéterminée et ne pas créer de rupture d’égalité entre les candidats. Le pouvoir adjudicateur détermine librement la pondération des critères de choix des offres. Toutefois, il ne peut légalement retenir une pondération, en particulier pour le critère du prix ou du coût, qui ne permettrait manifestement pas, eu égard aux caractéristiques du marché, de retenir l’offre économiquement la plus avantageuse.
Aux termes de l’article 3 de la loi n° 55-4 du 4 janvier 1955 susvisée : « Le tarif des annonces, forfaitaire ou calculé en fonction du nombre de caractères ou de lignes, est fixé chaque année, après avis des organisations professionnelles les plus représentatives des entreprises de presse, par arrêté conjoint des ministres chargés de la communication et de l'économie. Ce tarif, commun aux publications de presse et aux services de presse en ligne, qui peut varier selon les départements, tient compte notamment des coûts pertinents et tend progressivement à limiter la disparité des tarifs et intégrer les économies rendues possibles par la numérisation. Les ministres chargés de la communication et de l'économie, pour l'application du présent article, peuvent recueillir toute donnée utile auprès des entreprises éditrices de publications habilitées à publier des annonces judiciaires et légales ou des organisations professionnelles les représentant. L'arrêté ministériel précité peut prévoir un tarif réduit pour certaines catégories d'annonces, notamment pour celles faites par un annonceur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou pour les annonces publiées dans le cadre des procédures collectives. Dans ce dernier cas, la réduction du prix peut être au maximum de 50 % par rapport au prix de l'annonce calculé par application du tarif à la ligne ou par rapport au tarif forfaitaire, le cas échéant ». Aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 19 novembre 2021 susvisé : « Les annonces judiciaires et légales font l'objet d'une tarification au caractère. Le tarif d'une annonce est obtenu en multipliant le nombre total de caractères qu'elle comporte, espaces inclus et à l'exclusion de tout élément de présentation, par le tarif du caractère fixé à l'article 2. Le tarif ainsi obtenu est arrondi au centime d'euro le plus proche. L'adjonction dans une annonce d'éléments personnalisés d'identification ou de reconnaissance ne peut concerner que l'annonceur en tant que personne soumise à cette obligation de publicité. Ces éléments ne sont ajoutés qu'à la demande expresse de celui-ci ». Aux termes de l’article 2 du même arrêté : « Le tarif au caractère pour l'année 2026 est fixé comme suit : - dans les départements figurant à l'annexe I du présent arrêté, le tarif d'un caractère est de 0,189 euro hors taxe ; - dans les départements figurant à l'annexe II du présent arrêté, le tarif d'un caractère est de 0,195 euro hors taxe ; - dans les départements figurant à l'annexe III du présent arrêté, le tarif d'un caractère est de 0,206 euro hors taxe ; - dans les départements figurant à l'annexe IV du présent arrêté, le tarif d'un caractère est de 0,227 euro hors taxe ; - dans les départements figurant à l'annexe V du présent arrêté, le tarif d'un caractère est de 0,239 euro hors taxe ; - dans les départements figurant à l'annexe VI du présent arrêté, le tarif d'un caractère est de 0,185 euro hors taxe ; - dans les départements figurant à l'annexe VII du présent arrêté, le tarif d'un caractère est de 0,210 euro hors taxe. »
Le groupement requérant soutient que, dès lors que les prestations concernées par le marché en litige faisaient l’objet d’une tarification fixée par arrêté ministériel, la pondération retenue par l’administration du critère du prix, à hauteur de 35 %, était excessive, l’évaluation de la qualité des offres devant être faite sur d’autres critères que celui du prix
Or, d’une part, il ressort des dispositions rappelées au point précédent que la tarification en cause est une tarification au caractère et non à l’annonce, laissant ainsi une marge au prestataire pour adapter la longueur de celle-ci, d’autre part que le critère du prix comportait deux « unités d’œuvre », soit la « publication d’un fichier hebdomadaire d’avis (230 avis à publier en moyenne) Droits à publier par annonce (annonces fusionnées et non fusionnées) * Préparation de la publication des avis de successions vacantes et en déshérence : - intégration et accusé de réception électronique du fichier dématérialisé - retraitement du fichier dématérialisé des données à publier, - confection du texte des annonces à publier dans un journal d'annonces légales, ou dans un service de presse en ligne (SPEL), du ressort du lieu d'ouverture de la succession, à partir des modèles standardisés fournis par le pouvoir adjudicateur * Insertion du texte des annonces à publier sous dix jours ouvrables suivant la réception du fichier dématérialisé dans un journal d'annonces légales, ou dans un service de presse en ligne (SPEL) », et la « mise à disposition d’un outil de restitution d’informations visant à garantir par le biais d'un site internet dédié et sécurisé : - le suivi des commandes avec extractabilité des données statistiques et téléchargements de documents (reporting) pour la réalisation de statistiques sur le nombre et la structure des publicités légales - l’archivage pendant 10 ans des annonces relatives à l’intégralité des publicités effectuées et de toutes autres informations renseignées par le service des Domaines et nécessaires à la publication des publicités (attestation de parution dématérialisée de publicité légale…) Assistance à l’utilisateur pour résoudre des cas d’incidents, anomalies, erreurs, obtention de mots de passe (assistance technique) ou de difficultés à utiliser l’outil (assistance fonctionnelle) accompagnée de la fourniture d’un guide utilisateur complet rédigé en langue française et ses mises à jour détaillant l’ensemble des fonctionnalités de l’outil de restitution, les procédures et les canaux d’assistance applicable », dont seule la première faisait l’objet d’un tarif réglementé au caractère mais non à l’annonce, et laissant aux candidats une grande liberté de fixation de leurs prix sur la seconde, et enfin, et en tout état de cause, dès lors que ce tarif réglementé avait vocation à s’appliquer à l’ensemble des candidats, la pondération en cause, à la supposer excessive, n’était pas susceptible à la fois de léser le groupement requérant et de ne pas permettre, par elle-même, au pouvoir adjudicateur de retenir l’offre économiquement la plus avantageuse.
Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère excessif de la pondération du critère du prix du marché en cause ne pourra qu’être écarté, de même que celui, soulevé par voie de conséquence, de l’irrégularité de la méthode de notation en ce qu’elle aurait incité les candidats à proposer des prix inférieurs au tarif réglementaire, dès lors que cette « incitation » manque en fait eu égard à ce qui a été mentionné au point précédent tant sur la question de la tarification au caractère prévue par la réglementation, que sur celle des marges laissées aux candidats pour fixer leurs propositions de prix.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 2152-1 du code de la commande publique : « L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ». Aux termes de l’article L. 2152-2 du même code : « Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale ». Aux termes de l’article L. 2152-5 du même code : « Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché. ». Aux termes de l’article R. 2152-3 du même code : « L'acheteur exige que le soumissionnaire justifie le prix ou les coûts proposés dans son offre lorsque celle-ci semble anormalement basse eu égard aux travaux, fournitures ou services, y compris pour la part du marché qu'il envisage de sous-traiter. Peuvent être prises en considération des justifications tenant notamment aux aspects suivants : 1° Le mode de fabrication des produits, les modalités de la prestation des services, le procédé de construction ; 2° Les solutions techniques adoptées ou les conditions exceptionnellement favorables dont dispose le soumissionnaire pour fournir les produits ou les services ou pour exécuter les travaux ; 3° L'originalité de l'offre ; 4° La règlementation applicable en matière environnementale, sociale et du travail en vigueur sur le lieu d'exécution des prestations ; 5° L'obtention éventuelle d'une aide d'Etat par le soumissionnaire ».
Pour soutenir que l’offre de la société attributaire était anormalement basse et aurait du être écartée par le pouvoir adjudicateur, le groupement requérant que la proposition de la société attributaire, largement inférieur à son estimation du coût d’une annonce par application du tarif réglementé, ne pouvait permettre l’exécution normale du marché.
Or, et ainsi qu’il l’a été dit plus haut, nonobstant l’existence d’un tarif réglementé, les prestations objet du marché en cause laissaient une marge de manœuvre significative aux candidats pour fixer leurs prix compte tenu de la possibilité d’adaptation de la taille des annonces et de leur organisation ou de leurs modèles économiques. Par ailleurs, et à supposer qu’il aurait existé un « tarif réglementé à l’annonce » de 64 euros, ce qui n’est au demeurant pas établi, il est constant que l’offre du groupement requérant était elle-même très inférieure à cette somme et ne s’écartait que de moins de 30 % de celle de la société attributaire, la proposition de cette dernière n’étant au surplus inférieur que de moins de 20 % aux prix pratiqués par le groupement requérant lors de l’exécution du précédent marché.
Par suite, c’est sans erreur manifeste d’appréciation que la direction générale des finances publiques (Direction nationale des interventions domaniales), qui avait au demeurant mis en œuvre la procédure de vérification des offres anormalement basses de l’article R. 2152-3 du code de la commande publique, a estimé que l’offre de la société « Medialex » ne pouvait pas être qualifiée comme telle.
Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère anormalement bas de l’offre de la société « Medialex » ne pourra qu’être écarte comme manquant en fait.
En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les différents types d’avis cités en annexe 2 au cahier des clauses techniques particulières relevaient d’une forme figée et ne pouvaient pas être susceptibles de modifications ou d’améliorations par le prestataire dès lors que les informations légales qu’elles étaient tenues de mentionner y figuraient, l’article 3.1 de ce même cahier précisant par ailleurs que « ces modèles sont susceptibles d’être modifiés en fonction des évolutions législatives, réglementaires, ou sur simple demande du pouvoir adjudicateur » et que « la DNID souhaite la mise en place d'une solution qui puisse permettre, en toutes circonstances, aux services du Domaine d’envoyer en publication sur les sites des journaux d’annonces légales et les services de presse en ligne les annonces de successions vacantes et en déshérence ». Aucun élément de ce cahier n’excluait par ailleurs que les « modèles standardisés d'annonces légales effectuées par le service des Domaines » figurant dans cette annexe étaient intangibles dans leur forme.
Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l’office de la société « Medialex » aurait été irrégulière et aurait dû être écartée au motif qu’elle aurait prévu la possibilité de s’affranchir des modèles mentionnés dans le cahier des clauses techniques particulières et que le marché aurait été attribué sur la base d’une « variante » non prévue au marché ne pourra également qu’$être écarte comme manquant en fait.
Il résulte de ce qui précède que la requête du groupement d’intérêt économique « Legal2digital » ne pourra qu’être rejetée, la procédure d’attribution du marché en litige n’ayant fait l’objet d’aucun manquement aux règles de publicité et de mise en concurrence par la direction générale des finances publiques (Direction nationale des interventions domaniales).
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des motifs tirés des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».
La direction générale des finances publiques (Direction nationale des interventions domaniales), n’étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions présentées sur ce fondement par le groupement d’intérêt économique « Legal2digital » seront rejetées.
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du groupement d’intérêt économique « Legal2digital » les sommes réclamées par la société « Medialex » et la direction générale des finances publiques (Direction nationale des interventions domaniales) au titre des mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du groupement d’intérêt économique « Legal2digital » est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société « Medialex » et de la direction générale des finances publiques (Direction nationale des interventions domaniales) sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au groupement d’intérêt économique « Legal2digital », à la société « Medialex » et à la direction générale des finances publiques (Direction nationale des interventions domaniales).
Le juge des référés,
La greffière
M. A...
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,