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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2603768

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2603768

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2603768
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantEROL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé, rejette la demande de suspension du refus de titre de séjour et déclare irrecevables les conclusions visant à suspendre les mesures d'éloignement (OQTF, interdiction de retour). Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas établie pour le refus de titre et que le contentieux des mesures d'éloignement relève d'une procédure spécifique prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers, excluant l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Erol, avocat, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution des décisions du 24 octobre 2025 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé le droit au séjour, l’a obligé à quitter le territoire , a fixé l’Algérie comme pays de destination et lui a interdit tout retour sur le territoire français durant trois ans ;

2°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délirer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le tribunal administratif de Melun est compétent est son recours est recevable ;
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’elle est présumée, qu’aucune circonstance n’est de nature à renverser cette présomption, que son contrat de travail est suspendu, qu’il est seul à pouvoir travailler et subvenir aux besoins de sa famille du fait du congé de son épouse et qu’il est privé de ses droits sociaux ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour en litige, dès lors qu’il est insuffisamment motivé, que la décision est entachée d’erreur d’appréciation, dès qu’il ne constitue pas une menace pour l’ordre public, que la décision méconnaît l’article 6 de l’accord franco-algérien, ainsi que les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des mesures d’éloignement.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Vérisson, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.


Considérant ce qui suit :

M. A... B..., ressortissant algérien né le 28 janvier 1993 à Ouadhias (Algérie), a bénéficié en dernier lieu d’un certificat de résidence algérien portant la mention « salarié » valable jusqu’au 7 juin 2024. Par une décision du 24 octobre 2025, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, lui a notamment fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans.

En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.


Sur l’irrecevabilité des conclusions à fin de suspension dirigées contre les mesures d’éloignement :

Aux termes de l’article L. 614-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1 ».

Le contentieux relatif aux obligations de quitter le territoire français assorties d’un délai de départ volontaire, et aux décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français qui les accompagnent est régi par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile qui organisent une procédure particulière de contestation se traduisant notamment par le caractère non exécutoire de ces mesures pendant le délai de recours et par l’effet suspensif attaché à la demande formée devant le tribunal administratif jusqu’à ce que le président du tribunal ou son délégué ait statué. Par ces dispositions, le législateur a entendu déterminer l’ensemble des règles de procédure contentieuse régissant la contestation devant la juridiction administrative des décisions faisant obligation à un étranger de quitter le territoire français et des décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français qui les accompagnent qui ne sont, par suite, pas justiciables de la procédure instituée par l’article L. 521-1 du code de justice administrative devant le juge des référés du tribunal administratif.

Si M. B... demande au juge des référés de suspendre les décisions du 24 octobre 2025 portant obligation de quitter le territoire français, fixant l’Algérie comme pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que de telles conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu’être rejetées.


Sur les conclusions à fin de suspension du refus de titre de séjour :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

En premier lieu, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

Aux termes de l’article L. 411-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « A l'expiration de la durée de validité de son document de séjour, l'étranger doit quitter la France, à moins qu'il n'en obtienne le renouvellement ou qu'il ne lui en soit délivré un autre (…) ». L’article R. 431-5 du même code précise que : « Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire (…) ». Il résulte de ces dispositions que lorsqu’un étranger présente, après l’expiration du délai de renouvellement du titre qu’il détenait précédemment, une nouvelle demande de titre de séjour, celle-ci doit être regardée comme une première demande.

Si M. B... soutient que la condition d’urgence est présumée, il résulte de l’instruction que l’intéressé n’a demandé le renouvellement de son précédent titre de séjour, valable jusqu’au 7 juin 2024, que le 19 septembre 2025, soit manifestement au-delà du délai défini par les dispositions citées au point précédent. En outre, si M. B... soutient que son contrat de travail est suspendu, qu’il est seul à pouvoir travailler et subvenir aux besoins de sa famille du fait du congé de son épouse et qu’il est privée de ses droits sociaux, il n’établit pas, par les éléments qu’il produit, la réalité de ses allégations. Dans ces conditions, l’intéressé n’établit pas que l’exécution de la décision contestée porterait atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à sa situation ou à ses intérêts. Par suite, la condition d’urgence, au sens des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut manifestement être regardée comme remplie.

En deuxième lieu, les moyens invoqués par M. B... à l’appui de sa demande de suspension ne paraissent manifestement pas, en l’état de l’instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... doit en tout état de cause être rejetée selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions.


Sur l’application des dispositions de l’article R. 741-12 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article R. 741-12 du code de justice administrative : « Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ».

Par une précédente ordonnance n° 2600760 du 4 mars 2026, le juge des référés a rejeté comme manifestement irrecevables les précédentes conclusions présentées pour M. B... par son conseil et tendant à l’annulation de l’arrêté du 24 octobre 2025. Eu égard à la teneur de la requête désormais soumise au juge des référés et bien qu’il convient, dans les circonstances particulières de l’espèce, de ne pas en faire application dans la présente instance, il y a toutefois lieu de rappeler à M. B... et à son conseil qu’en vertu de l’article R. 741-12 du code de justice administrative, le juge peut infliger à l’auteur d’une requête qu’il estime abusive une amende dont le montant peut atteindre 10 000 euros.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Fait à Melun, le 3 avril 2026.

Le juge des référés,



Signé : D. VÉRISSON

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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