Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 et 30 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Hakes, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 3 février 2026 par laquelle la directrice des ressources humaines du centre hospitalier sud Seine-et-Marne a décidé de son changement d’affectation ;
2°) d’enjoindre au directeur du Centre hospitalier sud Seine-et-Marne de procéder à sa réaffectation ses précédentes fonctions ;
3°) de mettre à la charge du Centre hospitalier sud Seine-et-Marne la somme de
2 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que le changement d’affectation litigieux entraîne une baisse de 30% de sa rémunération, qu’il compromet son projet d’achat immobilier, et aura également pour effet de compromettre un retour dans une équipe pluridisciplinaire ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors que celle-ci, prise en considération de sa personne, n’a pas été précédée de la communication de son dossier administratif, que les dernières plaintes et lettres de menace ne lui ont pas été communiquées, que la décision n’est pas motivée, qu’il fait l’objet de harcèlement au sens des articles L. 133-2 et L. 135-4 du code général de la fonction publique, que la décision est entachée d’erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 134-6 du code général de la fonction publique.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2026, le Centre hospitalier du sud
Seine-et-Marne représenté par Me Eyrignoux, doit être regardé comme concluant au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 soit mise à la charge de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que la décision litigieuse constitue une mesure d’ordre intérieur, qu’elle n’entraîne aucun effet sur sa situation statutaire, ni sur les droits et prérogatives attachées à son statut, que le changement d’affectation litigieux a pour effet de le rapprocher de son domicile, qu’il est de l’intérêt du service de maintenir l’exécution de l’affectation en cause ;
- la condition d’urgence posée à l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie, dès lors qu’il y a urgence à maintenir la mesure en litige au regard de la nature et de l’ampleur des menaces de mort dont fait l’objet M. B..., que la mesure en litige s’inscrit dans le cadre des obligations de protection pesant sur l’employeur public et que le requérant avait
lui-même demandé une mobilité consécutivement aux menaces de mort qui le visent ;
- aucun des moyens invoqués n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l’exercice 1905 ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Vérisson, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 30 mars 2026, tenue en présence de Mme Dusautois, greffière d’audience :
- le rapport de M. Vérisson ;
- les observations de Me Hakes, représentant M. B..., qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- et les observations de Me Ferrier substituant Me Eyrignoux, représentant le Centre hospitalier du sud Seine-et-Marne, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire, par les mêmes moyens.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., infirmiers en soins généraux relevant du Centre hospitalier sud
Seine-et-Marne, était affecté au service de court séjour gériatrique de l’hôpital de Nemours, dans le département de Seine-et-Marne. A compter du 19 décembre 2023, le centre hospitalier a été destinataire de lettres de menaces anonymes visant implicitement M. B.... A partir du
22 septembre 2025, l’établissement a été destinataire de lettres de menaces de mort visant dorénavant explicitement M. B.... Le 1er octobre 2025, l’employeur public a reçu l’agent et lui a proposé un changement d’affectation temporaire. Après avoir reçu d’autres menaces de mort visant M. B..., la directrice des ressources humaines du centre hospitalier a, par la décision en litige du 5 février 2026, affecté l’agent sur des fonctions identiques au sein de l’établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Montereau-Fault-Yonne.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la
décision (…) ».
En ce qui concerne l’existence d’un moyen propre à faire naître un doute sérieux :
Les moyens invoqués par M. B... à l’appui de sa demande de suspension ne paraissent pas, en l’état de l’instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Par suite, il y a lieu, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, de rejeter les conclusions aux fins de suspension de la requête, ainsi que celles présentées à fin d’injonction.
Sur les frais de l’instance :
Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».
Les dispositions précitées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le Centre hospitalier sud Seine-et-Marne, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B... une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. B... une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le Centre hospitalier sud Seine-et-Marne et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : M. B... versera au Centre hospitalier sud Seine-et-Marne une somme de
1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au Centre hospitalier sud Seine-et-Marne.
Fait à Melun, le 2 avril 2026.
Le juge des référés,
Signé : D. VÉRISSON
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,