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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2000210

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2000210

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2000210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAFA JUDICIA CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires enregistrés le 10 janvier 2020, le 05 février 2020 et le 22 juin 2022, la société Bertrandt, représentée par Me Loga et Me Kirschleger, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France du 27 juin 2019, et les décisions du ministre du travail du 13 novembre 2019 et du 12 novembre 2020 lui infligeant la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail ;

2°) à titre subsidiaire, de réformer ces décisions et de réduire le taux de la pénalité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du ministre du travail du 12 novembre 2020 n'a pas été régulièrement notifiée à l'entreprise et à défaut d'avoir acquis un caractère définitif, le retrait des précédentes décisions du ministre des 27 juin et 13 novembre 2019 ne prive pas d'objet son recours formé contre ces décisions ;

- la décision du 27 juin 2019 a été signée par une autorité incompétente ;

- elle comporte des mentions erronées qui n'ont pas été corrigées dans les décisions suivantes ;

- la sanction litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de l'ensemble des actions qu'elle a menées en faveur de l'égalité professionnelle ainsi que des difficultés économiques auxquelles l'entreprise a été confrontée en raison de la crise du secteur automobile et de la crise sanitaire ; à tout le moins que le taux de la pénalité qui lui a été infligée est excessif.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2021, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la société requérante tendant à l'annulation des décisions des 27 juin et 13 novembre 2019, dès lors que ces décisions ont été retirées. Il soutient par ailleurs que les moyens de la requête dirigés contre la décision du 12 novembre 2020, infligeant à l'entreprise une pénalité à un taux de 0,6 %, ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique,

- les observations de Me Kirschleger, représentant la société Bertrandt.

Considérant ce qui suit :

1. La société Bertrandt, spécialisée dans le secteur de l'ingénierie automobile, s'est vu notifier, le 1er juillet 2019, une décision du 27 juin 2019 par laquelle la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) d'Île-de-France lui a infligé une pénalité en application de l'article L. 2242-8 du code du travail au taux de 1 %, au motif qu'elle n'avait ni déposé, ni transmis à l'inspection du travail, un accord collectif ou, à défaut, un plan d'action relatif à l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. A la suite du recours hiérarchique formé contre cette décision, le ministre du travail a décidé, le 13 novembre 2019, d'abaisser le taux de la pénalité à 0, 8 %, puis, par une décision du 12 novembre 2020, ce taux a finalement été porté à un taux 0,6 % seulement. Par la présente requête, la société Bertrandt sollicite l'annulation des décisions du 27 juin 2019, du 13 novembre 2019 et du 12 novembre 2020.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions du 27 juin et 13 novembre 2019 :

2. Il ressort des pièces du dossier que les décisions du 27 juin et du 13 novembre 2019 ont été, avant toute exécution, réformées par la décision du 12 novembre 2020, qui s'est substituée à ces précédentes décisions en réduisant le montant de la pénalité prononcée à l'encontre de la société requérante. Dès lors que cette société n'entend pas contester la réduction de la pénalité prononcée en sa faveur, les conclusions dirigées contre les décisions du 27 juin et 13 novembre 2019 ont perdu leur objet. La société Bertrandt doit, en revanche, être regardée comme contestant la pénalité laissée à sa charge par la décision du ministre du travail du 12 novembre 2020.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 12 novembre 2020 :

3. Aux termes de l'article L. 2242-1 du code du travail : " Dans les entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d'organisations représentatives, l'employeur engage au moins une fois tous les quatre ans : / () 2° Une négociation sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, portant notamment sur les mesures visant à supprimer les écarts de rémunération, et la qualité de vie au travail. ". Aux termes de l'article L. 2242-8 du même code : " Les entreprises d'au moins cinquante salariés sont soumises à une pénalité à la charge de l'employeur en l'absence d'accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1 ou, à défaut d'accord, par un plan d'action mentionné à l'article L. 2242-3. Les modalités de suivi de la réalisation des objectifs et des mesures de l'accord et du plan d'action sont fixées par décret. Dans les entreprises d'au moins 300 salariés, ce défaut d'accord est attesté par un procès-verbal de désaccord. () .".

4. Par ailleurs, il est prévu par l'article R. 2242-5 de ce code que : " L'agent de contrôle de l'inspection du travail, mentionné à l'article L. 8112-1, met en demeure l'employeur de remédier à la situation dans un délai d'exécution fixé en fonction de la nature du manquement et de la situation relevée dans l'entreprise et qui ne peut être inférieur à un mois, lorsqu'il constate : 1° Soit que l'entreprise n'est pas couverte par l'accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes conclu à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1 ou, à défaut, par le plan d'action prévu à l'article L. 2242-3 () ". Aux termes de l'article R. 2242-5 : " A l'issue du délai prévu à l'article R. 2242-3, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi décide s'il y a lieu d'appliquer la pénalité mentionnée au premier alinéa de l'article L. 2242-8 et en fixe le taux. ". Enfin, l'article R. 2242-6 dispose que : " Il est tenu compte, pour fixer le taux de la pénalité, des motifs de défaillance dont l'employeur a justifié, des mesures prises par l'entreprise en matière d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et de la bonne foi de l'employeur. / Au titre des motifs de défaillance, sont pris en compte pour diminuer le taux tous motifs indépendants de la volonté de l'employeur susceptibles de justifier le non-respect des obligations mentionnées aux deux premiers alinéas l'article L. 2242-8, et notamment : / 1° La survenance de difficultés économiques de l'entreprise ; / 2° Les restructurations ou fusions en cours ; / 3° L'existence d'une procédure collective en cours ; / 4° Le franchissement du seuil d'effectifs prévu aux articles L. 1142-8, L. 1142-9 et L. 2242-8 au cours des douze mois précédant celui de l'envoi de la mise en demeure mentionnée à l'article R. 2242-3 ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions du 2° de l'article L. 2242-1 du même code, de statuer sur le bien-fondé de la décision contestée et de réduire, le cas échéant, le montant de la pénalité infligée, en tenant compte des mesures prises par l'entreprise en matière d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, des motifs de défaillance justifiés par l'employeur et de la bonne foi de l'employeur.

6. En l'espèce, d'une part, par une lettre du 29 octobre 2018, notifiée le 30 octobre suivant, l'inspectrice du travail, constatant l'absence dans l'entreprise d'accord ou de plan d'action relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, a mis en demeure la société Bertrandt de négocier un accord ou, à défaut d'accord, d'élaborer un plan d'action unilatéral conformément aux obligations légales résultant des articles L. 2242-1 et L. 2242-8 du code du travail. Alors que cette mise en demeure expirait le 30 avril 2019, la société requérante n'a présenté un plan d'action aux services de l'inspection du travail que le 31 octobre 2019. A défaut d'avoir remédier au manquement qui lui était reproché dans le délai imparti par la mise en demeure, l'administration était fondée à infliger à la société Bertrandt la pénalité prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail.

7. D'autre part, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que, pour ramener à 0,6 % du montant de la masse salariale de l'entreprise le taux de la pénalité qui avait été initialement fixé à 1%, l'autorité administrative a pris en compte la présentation par la société Bertrandt en juillet 2019 d'un projet de plan, qui avait été élaboré au cours du mois janvier précédent, ainsi que les difficultés économiques rencontrées par celle-ci au même titre que les autres entreprises du secteur automobile. Si la société requérante fait également valoir qu'elle a connu une croissance extrêmement rapide de ses effectifs ainsi qu'une évolution de ses instances représentatives du personnel en raison de la mise en place d'une union économique et sociale avec une autre entreprise du groupe, ces circonstances ne sont pas de nature à justifier une réduction supplémentaire du taux de la pénalité au regard de celle déjà consentie par le ministre du travail, en tenant compte de ses actions accomplies en faveur de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ainsi que de ses difficultés. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation ni la réformation de la décision du 13 novembre 2019 par laquelle le ministre du travail a maintenu à sa charge une pénalité à un taux de 0,6 % sur le montant des gains et rémunérations versés durant la période pendant laquelle elle n'a pas respecté les exigences prescrites par l'article L. 2242-8 du code du travail.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Bertrandt doit être rejetée, y compris en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions des 27 juin et 13 novembre 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Bertrandt est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Bertrandt et au ministre du travail.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

F. A Le président,

signé

Ph. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre du travail en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2000210

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