vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2000240 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | RAVASSARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 janvier 2020 et 8 avril 2020, Mme A C, représentée par Me de Boissieu, demande au tribunal :
1°) d'annuler le permis de construire n° PC 091 249 18 1 0030 tacitement délivré le 24 décembre 2018 par le maire de Forges-les-Bains à M. D C, en vue de la démolition partielle d'un bâtiment, la construction de trois garages accolés aux bâtiments principaux, la modification d'une façade et la construction d'un fronton surmonté d'une tourelle, sur un terrain, cadastré section D n° 472, 1012 et 1029 à 1035 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Forges-les-Bains une somme de 2 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le pétitionnaire n'avait pas qualité pour solliciter le permis de construire en litige dans la mesure où il ne détient pas l'usufruit d'une partie substantielle des biens impactés par les travaux faisant l'objet de la demande ;
- l'autorisation délivrée constitue une voie de fait dès lors qu'elle permet la démolition partielle d'un bien dont elle détient l'usufruit et qu'elle la prive ainsi d'une partie des droits réels qu'elle détient sur ce bien ;
- le permis de construire litigieux prévoit la construction de trois garages qui permettront l'exercice de l'activité commerciale de son petit-fils, qui est domiciliée à cette adresse et autorise ainsi un changement de destination des bâtiments qui méconnaît le règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;
- le permis de construire délivré ne tient pas compte des nuisances sonores, ni des risques de pollution sonore, chimique et visuelle liés à l'activité de garage automobile ;
- il porte atteinte aux conditions d'utilisation et de jouissance des biens dont elle détient l'usufruit et entraine une baisse de leur valeur vénale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2020, M. D C conclut au rejet de la requête.
Il doit être regardé comme se prévalant de l'irrecevabilité de la requête, au motif que le permis de construire a fait l'objet d'un affichage à compter du 24 décembre 2018.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 mars 2020 et 19 juillet 2022, la commune de Forges-les-Bains, représentée par Me Ravassard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme C d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, d'une part, en raison de sa tardiveté et, d'autre part, en l'absence d'intérêt à agir de Mme C ;
- aucun des moyens soulevés dans la requête n'est, en tout état de cause, fondé.
Par un mémoire enregistré le 17 juin 2022, Mme C a maintenu sa requête, en application de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 4 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 septembre 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public ;
- et les observations de Me de Boissieu, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C a sollicité, le 6 août 2018, la délivrance d'un permis de construire en vue de la démolition partielle d'un bâtiment, la modification d'une façade, la construction d'un fronton surmonté d'une tourelle, de trois garages et l'aménagement d'un parking extérieur, sur un terrain cadastré section D n° 472, 1012 et 1029 à 1035, situé à Forges-les-Bains. En l'absence de réponse apportée à cette demande dans le délai de deux mois prévu à l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, M. C s'est trouvé titulaire d'un permis de construire tacite dont l'existence a été constatée par un certificat délivré le 21 janvier 2019. Par la présente requête, Mme A C demande au tribunal d'annuler cette autorisation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ". En vertu du dernier alinéa de l'article R. 431-5 du même code, la demande de permis de construire comporte l'attestation du demandeur qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis.
3. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Toutefois, lorsque l'autorité saisie de la demande vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de cette attestation ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser pour ce motif le permis sollicité.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a attesté, à l'occasion de sa demande de permis de construire, avoir qualité pour demander l'autorisation litigieuse. Il ressort, en outre, des propres écritures de la requérante et de l'acte de partage et de donation en date du 27 décembre 2011 versé au dossier que M. C détient la nue-propriété d'une partie de l'ensemble immobilier en cause et la pleine propriété de l'autre fraction de celui-ci et qu'il avait donc qualité pour solliciter le permis de construire litigieux. Les autorisations d'utilisation du sol étant accordées sous réserve du droit des tiers, la circonstance que M. C n'aurait pas recueilli l'accord de l'usufruitière d'une partie de l'ensemble immobilier en cause est, par elle-même, dépourvue d'incidence sur la qualité de celui-ci à déposer une demande d'autorisation d'urbanisme ainsi que sur la légalité de l'autorisation délivrée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 2 doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ". Il en résulte que Mme C ne peut utilement invoquer, pour contester la légalité du permis de construire en litige, les atteintes que cette autorisation porterait aux conditions d'utilisation et de jouissance des biens dont elle est usufruitière. Ainsi, la circonstance que le permis de construire délivré à M. C priverait ses biens d'ensoleillement et entrainerait une perte de leur valeur vénale est sans incidence sur la légalité de cette autorisation.
6. En troisième lieu, il n'y a voie de fait de la part de l'administration, justifiant, par exception au principe de séparation des autorités administratives et judiciaires, la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire pour en ordonner la cessation ou la réparation, que dans la mesure où l'administration soit a procédé à l'exécution forcée, dans des conditions irrégulières, d'une décision, même régulière, portant atteinte à la liberté individuelle ou aboutissant à l'extinction d'un droit de propriété, soit a pris une décision qui a les mêmes effets d'atteinte à la liberté individuelle ou d'extinction d'un droit de propriété et qui est manifestement insusceptible d'être rattachée à un pouvoir appartenant à l'autorité administrative.
7. En l'espèce, la délivrance du permis de construire contesté relève des prérogatives de l'autorité administrative, en application des articles L. 422-1 et suivants du code de l'urbanisme, et en l'occurrence du maire de Forges-les-Bains. Elle ne constitue, par ailleurs, l'exécution forcée d'aucune décision. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de construire contesté serait constitutif d'une voie de fait doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article UB 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Forges-les-Bains applicable au litige : " Sont interdits : / Les nouvelles constructions destinées à l'industrie, à l'exploitation agricole ou forestière ou à la fonction d'entrepôt. / Le changements de destinations de locaux à des fins industrielles, agricoles ou d'entreposage. / Les changements de destination de locaux commerciaux existants. / Les installations et occupations suivantes : / les dépôts de toute nature pouvant générer des nuisances, risques ou gêne pour le voisinage, / les constructions nouvelles soumises à autorisation préalable au titre de la législation sur les installations classées, / les carrières et extractions de matériaux, / les installations de camping et les stationnements de caravanes, / les affouillements et exhaussements du sol, s'ils ne sont pas liés aux travaux de voirie ou aux équipements d'intérêt public, / les ouvrages techniques de grande hauteur, de type antennes relais de téléphonie. ". Aux termes de l'article UB 2 de ce même règlement : " Sont admis sous conditions : / - de ne pas générer de dangers, de nuisances, de gêne ou d'insalubrité pour le voisinage / Les constructions nouvelles : / () destinées () au commerce et à l'artisanat () ".
9. Mme C fait valoir que le permis de construire litigieux prévoit la construction de trois garages qui permettront l'exercice de l'activité commerciale de son petit-fils et autorise ainsi un changement de destination des bâtiments qui méconnait le règlement du plan local d'urbanisme de Forges-les-Bains. Toutefois, à supposer même que les travaux autorisés par le permis de construire litigieux soient destinés à permettre l'exercice d'une activité de garage automobile, les dispositions des articles UB 1 et UB 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Forges-les-Bains citées au point précédent ne s'y opposent pas, sous réserve " de ne pas générer de dangers, de nuisances, de gêne ou d'insalubrité pour le voisinage ". Or, Mme C se borne à faire état, sans plus de précisions, des nuisances sonores ainsi que des risques de pollution sonore, chimique et visuelle générés par une activité de garage automobile. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
10. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Forges-les-Bains, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de cette dernière, en application de ces mêmes dispositions, une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Forges-les-Bains.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera une somme de 1 500 euros à la commune de Forges-les-Bains, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à M. D C et à la commune de Forges-les-Bains.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rollet-Perraud, présidente,
Mme Milon, première conseillère,
Mme Amar-Cid, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
J. B
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud
La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026